Guillaume Mazeau
Guillaume Mazeau
Histrions de la cour des princes et éditorialistes de gouvernement clament que l'étude de l'histoire doit transmettre l'amour de la nation. Ils s'entendent sur tout pour fustiger les universitaires qui n'endossent pas cette mission. Mais si l'histoire ne doit pas, en effet, rester cantonnée dans les laboratoires et si les historiens doivent diffuser le fruit de leurs travaux, c'est parce qu'ils relèvent d'un service public. Et la recherche historique n'a jamais cessé d'être créative, inventive, parfois engagée. C'est en référence à cette tradition et ce potentiel que nous voulons réhabiliter le concept d'« émancipation ». Il faut regagner du terrain sur celles et ceux qui confondent histoire et propagande haineuse, histoire et hagiographie. Il est temps de replacer l'histoire dans la lutte contre les dominations et de se débarrasser du fatalisme qui nourrit le conservatisme réactionnaire. Dans cette perspective, l'histoire a son rôle à jouer. Parce qu'elle fissure les noyaux de certitude, à gauche comme à droite. Parce qu'elle rappelle que l'émancipation se nourrit des actions solidaires des hommes et des femmes du passé.
Aujourd'hui, l'histoire est partout. Divertissement, outil de connaissance, elle est aussi devenue un enjeu de pouvoir, inspirant instrumentalisations et appropriations. Dans ce nouvel opus de la collection " Le mot est faible ", il s'agit d'affirmer l'histoire comme une activité critique et partagée de la vie sociale, afin de lutter contre toutes les formes de dépossession.
Y a-t-il une relation entre la révolte des masses voulue par le marxisme et la subversion du sujet à laquelle conduit la psychanalyse ? Le marxisme et la psychanalyse sont avant tout des praxis qui pensent le sujet dans son lien avec le social. Les points de croisement, convergence et divergence, entre ces deux pensées majeures du XXe siècle sont analysés alors qu'on constate aujourd'hui dans le champ économique, politique, médical et social la mise en doute, volontaire ou involontaire, de l'existence du sujet.
Pierre angulaire des Mémoires, du journal ou du récit de voyage, le témoignage est sous l'Ancien Régime au fondement de la vérité historique; il est également la forme de la fiction lorsqu'elle cherche à se garantir par l'autorité d'un témoin. Aussi le témoignage est-il un élément du pacte de lecture de textes qui prétendent être crus. Le témoin cependant ne peut tout voir et cela lui prescrit une première frontière : celle du ouï-dire. Son caractère fragmentaire d'autre part, sa paucité, voire son absence pour une époque donnée forme une seconde frontière : celle de la tradition. Enfin, il jouxte la fiction dans les récits de voyages, les chroniques scandaleuses, les romans à la première personne, et voit par là son périmètre fondu dans l'imagination. Nous explorons ces frontières dans des contributions portant sur la littérature factuelle, les débats théoriques et diverses oeuvres de fiction.