Grégory Quenet
Grégory Quenet
Pourquoi toute l'histoire de l'écologie est-elle marquée par de fortes mobilisations et des succès suivis de déceptions et de reculs brutaux ? Comme si, de toutes les grandes idéologies du XXe siècle, elle était la seule à être incapable de prendre le pouvoir, même dans un XXIe siècle qui semble lui donner raison. Plutôt que de retracer une histoire des idées ou des courants écologiques - au risque d'une énumération décourageante -, Grégory Quenet propose ici de saisir les fondements de la pensée écologique. Partant, il donne à voir les ambivalences et les paradoxes qui animent cette dernière. On découvre alors que l'écologie se distingue moins par son objet que par une tension, une dynamique. L'écologie est la seule idéologie à ne pas avoir fondé de projet de réalisation dans l'histoire, préférant un modèle spatial - le paradis perdu - à protéger, à réinstituer. Ainsi cerne-t-on au plus près ce qui l'empêche de progresser dans le temps, ce qui en elle doit être refondé.
Ce livre se propose d'introduire dans le débat intellectuel français l'un des champs de recherche les plus novateurs de ces dernières années : l'histoire environnementale, dont la portée dépasse largement les frontières de la discipline historique, pour s'adresser à l'ensemble des sciences sociales et humaines, mais aussi des sciences de la nature, des sciences de la vie et des sciences exactes. Les défis environnementaux qui engagent le futur de nos sociétés ont contribué à décloisonner cette discipline, dont les approches ne sont plus aujourd'hui l'apanage des seuls historiens mais des questions partagées par tous : comment en sommes-nous arrivés là et de quelle manière les différentes sociétés humaines sont-elles caractérisées
Comment s'est construit, au fil du XXesiècle et jusqu'à nos jours, le gouvernement de "la" nature en Asie, en Afrique et au Moyen-Orient ? De la création des premières réserves de chasse dans les colonies africaines au nom de la protection de la faune aux modèles actuels de conservation communautaire privilégiés par les organisations internationales, cette ambitieuse recherche croisant histoire, géographie, science politique et écologie, revient sur les négociations et luttes provoquées par le "colonialisme vert". Qu'il s'agisse de la gestion impériale des forêts à Singapour ou au Liban, de l'introduction de nouvelles espèces dans l'Afrique coloniale française ou de la promotion de la "récolte" de la grande faune, des conflits contemporains autour du tigre, de l'éléphant et du crocodile marin en Inde, ces études font ressortir l'entremêlement des temps coloniaux et post-coloniaux. Avant comme après les indépendances, protéger la nature, c'est exercer le pouvoir. Et hier comme aujourd'hui, la conservation globale de la nature aux Suds évolue au rythme d'une contradiction permanente entre prédation et protection.
Considéré comme l'une des plus belles réalisations de l'art français, lieu du pouvoir qui dit le pouvoir, objet savamment décortiqué, Versailles est devenu la France : l'histoire incorporée en un palais et ses jardins. En vérité, une partie du lieu, animal, organique, vivant, a définitivement disparu après 1789. C'est cette autre histoire que raconte ce livre original, qui sape l'histoire officielle du rapport entre pouvoir et nature en France.
"Exister, pour une société humaine, ne signifie-t-il pas modifier son environnement ? Aménager, transformer, laisser des traces ? Le rapport de l'humanité à la nature est l'objet de dynamiques immémoriales de conquêtes et de frugalité, mais la prise de conscience de la fragilité du vivant auquel l'humanité appartient, et qui accompagne l'apparition de l'écologie comme objet de réflexion et d'étude, est très récente. Comprendre les enjeux qui sous-tendent, selon les cultures et les époques, les approches de l'écologie et de l'environnementalisme, permet de mieux nous armer pour répondre aux nouveaux paradigmes et défis auxquels le monde doit désormais faire face." Claude Colombini Frémeaux & Patrick Frémeaux Les Presses Universitaires de France et Frémeaux & Associés proposent cette histoire philosophique de la pensée écologique, analysée et expliquée par Grégory Quenet, professeur en histoire de l'environnement à l'Université Paris Saclay UVSQ, membre honoraire de l'Institut Universitaire de France et titulaire de la Chaire Laudato Si' du Collège des Bernardins. Partie 1 - L'ÉCOLOGIE DANS L'HISTOIRE LONGUE : Quel mot pour l'écologie ? o Variations culturelles de l'approche de la nature o Articuler les valeurs à l'international o Le mythe écologique et les sociétés premières o L'exemple du bison o Discontinuités entre Nature et Culture. Partie 2 - L'ÉCOLOGIE DANS L'HISTOIRE COURTE : 1860, les dynamiques écologiques o Premier environnementalisme et « wilderness » o L'avènement de l'Anthropocène o Années 1970 : entrée de nouveaux acteurs o Années 1980 et « développement durable » o Les années 2000. Partie 3 - UNE HISTOIRE DES QUESTIONS ET DES ENJEUX ÉCOLOGIQUES : Les figures ambiguës : paysage, patrimoine, ville o L'illusion du naturel : l'exemple camarguais o La question du genre o Appropriation et marchandisation o L'enjeu des ressources o Liberté, droit individuel et abondance o L'écologie, une histoire constante de choix.