Greffe/Xavier
Greffe/Xavier
Le patrimoine a-t-il une valeur économique ? Est-il susceptible de créer des emplois et d'engendrer des revenus ? Constitue-t-il une ressource pour le développement ? Les économistes ne peuvent apporter que des réponses partielles et prudentes à de telles questions, et en aucun cas la logique économique ne saurait décider de l'intérêt d'un monument, de sa réutilisation ou même de sa destruction au profit d'autres édifices. Mais les monuments ont nécessairement une dimension économique et rien n'interdit de voir comment leur aménagement peut renforcer le bien-être d'une collectivité. Deux éléments éclairent alors cette analyse. L'offre et la demande n'ont pas le même objet : l'offre est souvent celle d'un support ; la demande est celle des services artistiques, cognitifs, économiques que l'on peut en retirer. Rien n'assure justement que les offreurs de patrimoine sauront transformer leur support en services. Comment catalyser une telle production ? Une lecture en terme d'offre et de demande est toutefois trop superficielle. Les monuments constituent un véritable écosystème qu'il convient d'entretenir alors même que certains agents peuvent avoir intérêt à sa dégradation.
Le chômage n'est plus considéré comme un problème mais comme une solution, la plus triste des solutions. La société s'est mithridatisée contre lui et tend à renvoyer les chômeurs à des jours meilleurs, comme si des sociétés duales avaient jamais favorisé la créativité et la coopération ! L'Europe du XXIe siècle ne sera-t-elle donc qu'une économie de comptoirs où de grands négociants viendront écouler leurs productions et s'approvisionner en produits de pacotille ? Le travailleur français du XXIe siècle redeviendra-t-il le journalier du XIXe siècle passant le plus clair de son temps à courir après ses moyens d'existence ? Les pays européens seront-ils voués à connaître « deux nations aux droits, ressources et devoirs différents » ? Personne ne veut de cette société. Si le contenu en emploi de la croissance diminue, il faut en élargir les bases, faire du développement. Accélérer la prise en charge de nouveaux besoins, constitue un élément de réponse. Mais l'émergence, le développement ou la non-disparition d'activités interviennent aujourd'hui dans des contextes renouvelés. Sous le double coup de l'innovation et de la concurrence, ces activités sont sans cesse conduites à se moderniser sans avoir toujours le temps d'amortir leurs investissements. Ceux qui entreprennent doivent trouver dans leur « milieu » les ressources stratégiques requises, au minimum les relais ou réseaux permettant d'y accéder. Les initiatives locales pour le développement entraînent ces dynamiques. Leurs principes sont clairs : solvabilisation de nouveaux besoins, insertion et qualification des ressources humaines, développement de la culture d'entreprise et du partenariat, utilisation pertinente de l'économie sociale. Elles vont de la pépinière d'entreprises à la technopole en passant par les écoles de production, les ateliers informatiques ou les sociétés locales de capital-risque. Elles concernent aussi bien le développement urbain que rural. La décentralisation devient ainsi le levier de nouvelles stratégies pour l'emploi. Là où elle est souvent vécue comme réforme administrative, elle enrichit son contenu. Approfondir la décentralisation nous conduit vers d'autres manières de décider et d'administrer, engage des transformations de la Société et de l'État leur permettant d'assumer les défis liés de l'ouverture et de l'innovation.
La décentralisation entreprise depuis le début des années quatre-vingt marquera de manière profonde la société française, quelle qu'en soit l'issue. Elle répond d'ailleurs aux souhaits d'acteurs sociaux ou d'observateurs pour qui elle supprimera les effets pervers de la centralisation, soutiendra les projets des partenaires du développement, régénérera certains aspects de la vie politique et améliorera les capacités d'information ou de décision à tous les niveaux. Au contraire des juristes ou des sociologues, les économistes n'ont guère participé à ce discours flatteur. Ils en souligneraient plutôt les défauts et les ambiguïtés : augmentation des coûts financiers, tendance à la dispersion des efforts, risques d'incohérence au moment où il convient de maintenir les équilibres macroéconomiques. ° Les transformations que la France a connues au cours des dix dernières années montrent pourtant que les enjeux de la décentralisation sont aussi économiques. Les nouvelles aspirations des ménages face à l'espace dont le mouvement « vivre, travailler et décider au pays » constitue le point culminant, le dynamisme des PME en matière de création d'emplois, la prise de responsabilité des collectivités locales dans l'animation économique, toutes ces nouvelles données créent des perspectives où les luttes contre le chômage, l'inflation et le déséquilibre extérieur peuvent aussi trouver leur compte. La décentralisation n'est plus seulement un moyen d'éliminer les dysfonctionnements, elle est le levier du développement local, elle inaugure des formes de dialogue social susceptibles de faire reculer le corporatisme, elle recentre les politiques publiques sur les activités productives là où on s'occupait quasi exclusivement d'équipements collectifs, Sans passer d'un extrême à l'autre et sans tomber dans l'apologie d'une économie de clocher, il convient donc d'analyser les enjeux économiques de la décentralisation. L'objet de ce livre est de retracer ces débats, de montrer comment sa mise en oeuvre passe par la redéfinition des compétences et l'instauration de la planification régionale ; de cerner les problèmes qu'elle rencontre : centralisation du système financier, écart entre les collectivités reconnues et des ensembles actifs tels les pays ou les bassins d'emploi, emprise de la demande d'État sur les comportements ; de tracer les perspectives qu'elle ouvre aux affaires économiques et sociales.