Gérard Fayolle
Gérard Fayolle
François Mauriac, dont on connaît le profond attachement à sa propriété de Malagar, est l'un des premiers à rendre à sa région une identité délaissée depuis Aliénor d'Aquitaine. Parcourant les mémoires de Mauriac, Gérard Fayolle nous fait découvrir l'Aquitaine telle que l'a vue l'écrivain : en fait de région, il s'agit d'un puzzle géographique constitué, encore au début du XXe siècle, de sociétés rurales archaïques et isolées, rarement en contact les unes avec les autres mais qui pourtant possèdent de nombreux caractères communs. Comme Mauriac, Fayolle compare sans relâche les différentes communautés, les replace dans leur milieu, identifiant ainsi des traditions, des cultures, des pays. Sa longue vie durant, l'écrivain observe, parfois en véritable visionnaire, souvent avec nostalgie, l'évolution de sa région bien-aimée : le développement des transports, l'arrivée des touristes et l'exode rural vers Bordeaux... Lentement les terroirs se désenclavent, les « pays » sont reliés par des autoroutes. Amoureux de sa région, Mauriac n'hésite pas à dénoncer les périls que fait peser le monde moderne sur la nature, les paysages et les équilibres anciens. Gérard Fayolle nous invite à visiter une Aquitaine dotée d'une forte identité régionale que Mauriac a contribué à forger : à la lecture de son oeuvre, les habitants du Sud-Ouest éprouvent le sentiment d'appartenir à une même communauté. La création littéraire leur donne une âme commune.
Jacquou le Croquant, le personnage du roman d'Eugène Le Roy, n'a jamais existé. Mais il vit aujourd'hui comme symbole des révoltes paysannes. Au-delà de son rôle d'écrivain engagé, héritier de la Révolution, Eugène le Roy s'est attaché à peindre le Périgord rural du xixe siècle qui tarde à disparaître. Tandis que subsistent les traces d'une féodalité officiellement abolie et une religiosité encombrée de paganisme, métayers et fermiers souvent très pauvres s'acharnent à mettre en valeur de modestes lopins, cernés par les forêts que hantent les braconniers et les derniers loups. Le progrès technique est pourtant en marche et engendre maintes transformations : l'agriculture évolue grâce à des pionniers comme « le père Bugeaud » ; les bourgs, à l'étroit, éclatent en tout sens ; on assiste à une effervescence des idées avec Joseph Joubert, l'ami de Chateaubriand, ou Maine de Biran, le sous-préfet philosophe, précurseur de Bergson. Gérard Fayolle, à travers l'oeuvre d'Eugène Le Roy, fait revivre ce Périgord disparu et dresse le tableau d'une société en pleine mutation où se côtoient les marques du passé et les premiers signes du progrès.