Didier Motchane
Didier Motchane
Cet atlantisme « à la charentaise », celui du président de la République, homme des coteaux modérés, de l'enracinement provincial qu'une autre logique aurait dû pousser vers une conception plus authentiquement républicaine du rôle et de la mission de la France, aura été le fil conducteur - le fil destructeur en vérité - de notre politique étrangère pendant la dernière décennie. Ainsi l'Élysée, oublieux du discours de Cancún, a-t-il été, dans ses rapports avec Washington, d'alignement en alignement, jusqu'à engager la France dans la guerre du Golfe, « cassure » irrémédiable aux conséquences plus durables qu'on ne le croit. La guerre du Golfe, on l'aura compris, avec ses mensonges et ses manipulations, est le prisme à travers lequel les faux-semblants et la vraie nature de cette politique se sont décomposés. Plus globalement, elle a porté à un degré inégalé les faiblesses et les retards de notre diplomatie incapable de prendre en compte les bouleversements internationaux et les intérêts de la France. De même que le débat sur les accords de Maastricht fait éclater peu à peu l'inconsistance de l'européisme, cette théologie du libéralisme à l'usage des socialistes fraîchement convertis, et l'absence d'un projet politique pour l'Europe à la mesure de la crise de ce siècle
Théoricien de la gauche et du socialisme, Didier Motchane expose dans cet abécédaire littéraire, incongru, capricieux, sa vision du monde. Parmi les cent mots choisis : « France : Le nom de la France est par tous les mots de sa langue ce qui fait ma patrie. Non pas la langue de mes pères, mais celle dans laquelle j'ai ouvert les yeux, la langue dans laquelle le monde m'a parlé. C'est la langue française qui montre le mieux, me dit-on, que la politique et la littérature, la Cité et le Verbe sont consubstantiels ; elle est en moi l'opération la plus pure de leur transsubstantiation. Bourgeois bohèmes : Bobos ! Marque brevetée d'une grande brocante culturelle des bourgeois bohèmes respirant l'air du temps par tous les pores de la peau, ce quolibet ne désigne pas une espèce nouvelle mais une certaine couche pelliculaire de la bourgeoisie contemporaine que son style et tout son mode de vivre tiennent en suspension à la surface de l'épaisseur sociale. Le conformisme des anticonformismes communément partagés leur garantit le confort du frisson virtuel. Chez les bourgeois bohèmes la liberté d'allure la plus soigneusement affectée fait l'uniforme. Ils portent fièrement leur Weltanschaung (vision du monde) roulée en boule derrière la tête, comme le chignon aristocratique qui signale leur appartenance à une race de demi-dieux. »
Et si l'agonie de la gauche en France s'expliquait par un défaut de pensée autant que de projet ? Et si, à l'épreuve du pouvoir et des bouleversements du monde, elle avait perdu ses repères ? Et si pour retrouver son logiciel, il lui fallait relire un de ses plus brillants penseurs et analystes ?Voici enfin réunis les écrits de Didier Motchane, cofondateur, en 1965, avec Jean-Pierre Chevènement, du courant de pensée le plus fécond du Parti socialiste, le Centre d'études, de recherches et d'éducation socialiste, plus connu sous le nom de CERES. Présentés sous forme chronologique et thématique, ces articles couvrent près d'un demi-siècle de vie politique : du programme commun au traité de Maastricht, des septennats de François Mitterrand aux guerres en Irak, de la chute du mur de Berlin à l'adoption de l'Euro.Ces textes, présentés par Jean-Paul Pagès, permettent de vérifier autant la pertinence des débats engagés que les exigences des combats menés par celui qui fut pendant quatre décennies le rédacteur en chef des diverses publications du CERES. Singulièrement lucides et étonnamment prémonitoires, ils constituent la meilleure illustration de ce qui fut pour Didier Motchane autant un vrai défi qu'une belle ambition.Un témoignage pour l'histoire. Un traité pour les jeunes générations.Didier Motchane (1931-2017), cofondateur du CERES, fondateur du Parti socialiste d'Épinay et parlementaire européen (1979-1989), a été le rédacteur en chef des revues successives du CERES.Jean-Paul Pagès, diplômé de Sciences-Po, a été membre du CERES, du Parti socialiste et du Mouvement des Citoyens.