Didier Goupil
Didier Goupil
L'été, si on se laissait faire, on ne dormirait jamais. Nous étions jeunes... À l'instar de Paul Nizan dans Aden Arabie, les personnages de ce recueil tout à coup confrontés à la réalité du monde pourraient chacun à leur tour s'exclamer : Nous étions jeunes et nous ne laisserons personne dire que c'est le plus bel âge de la vie. Au-delà de la révélation de l'amour, de l'amitié, et des trahisons qui les accompagnent, c'est en effet à la découverte de soi-même que cet âge oblige. Alors, si elle n'en est peut-être pas toujours la plus réjouissante, la Jeunesse, d'où qu'on vienne, est sans conteste la plus troublante et la plus enthousiasmante période de nos intrigantes existences.
Dans le fond, il n'y a qu'une seule chose que je regrette : ne pas avoir brûlé le Louvre derrière nous. Le mot Bleu, on le sait, ne tache pas les doigts. C'est sans doute pour cela que les personnages des nouvelles de ce recueil, qu'ils soient de pure fiction, connus de tous tels Claude Monet et Chaïm Soutine, ou à même de le devenir demain comme Franciam Charlot et Roger Cosme Estève, ont recours à la peinture pour exprimer leur colère, soulager leur peine ou clamer leurs revendications. Mais face aux non-dits de la famille, au silence de la société et à l'indifférence des académies, tous finiront par délaisser les pinceaux et se mettront à peindre avec leurs mains, quand ce n'est pas avec leurs poings.
Samuel, un jeune violoniste, hante le Paris des années folles. Il a le swing dans le sang. Avec Anna, une pianiste, sa compagne, ils partent en tournée. C'est la gloire. Sa vie paraît toute tracée et comme réglée sur du papier à musique : elle aura la forme d'un violon et il la traversera en smoking. Mais c'était sans compter l'Histoire et ses fausses notes. Raflé durant l'Occupation, comme tant d'autres, c'est armé de son instrument et de son seul archet qu'il va devoir aller jusqu'au bout de l'enfer. De ce voyage naîtra une oeuvre l'oeuvre ultime, la plus intime qui puisse être : La lettre à Anna. Après tant de mots et d'images qui ont tenté d'évoquer l'inexprimable, le bref récit de Didier Goupil résonne comme un point d'orgue. À mesure, la blancheur envahit les pages, comme la neige et les cendres, là-bas, ont enseveli les morts. Didier Goupil est l'auteur de deux recueils de nouvelles et de trois romans (La Mie des livres, Femme du monde et Le jour de mon retour sur terre)