Denis Collomp
Denis Collomp
Les chansons de geste nous présentent la chrétienté en état de tension. Le héros doit lutter contre les Sarrasins, soit pour repousser leurs invasions, soit pour conquérir de nouveaux territoires. Les deux camps s'opposent et semblent souvent inconciliables. Pourtant, si l'on se réfère à la réalité historique, Orient et Occident ne représentent pas, au Moyen Âge, deux univers séparés, étanches ou sans communication. On constate au contraire des jeux d'influences et des transferts réciproques entre deux mondes enchevêtrés. Pourquoi les oeuvres littéraires choisissent-elles une vision manichéenne ? Est-ce uniquement pour mettre en évidence des traits spécifiques de chaque parti ? N'est-il pas possible d'apercevoir, à travers les Sarrasins épiques, une sorte de miroir des chrétiens ?
Le héros des romans de Chrétien de Troyes est un 'chevalier', ce qui suppose, au Moyen Âge, toute une série de qualités d'ordre et moral et social, qui le différencient du reste et qui le situent à l'intérieur de l'élite de son monde. On pourrait même ajouter que le chevalier a un désir de transformation qui vise le perfectionnement personnel, et que ce désir le définit d'une certaine façon. Mais, avant toute chose, on est 'chevalier' quand 'on combat à cheval', et, sans aucun doute, l'essence du chevalier est intimement liée à sa monture. Le cheval définit le héros, non pas de façon statique - comme le définissent les vertus caractéristiques de sa classe - mais en `mouvement'. C'est, précisement, dans la `chevauchée' qu'ils forment un tout indissociable, de telle façon que l'idée de l'un sans l'autre reste inconcevable. Et l'on peut dire donc que c'est dans le départ 'à cheval' vers le monde inconnu - dans le mouvement - que le héros est un vrai chevalier, car, d'un côté, il chevauche sur l'animal qui lui prête son nom, et, de l'autre, il se dirige vers la perfection à laquelle il tend par nature.