Delisse L F.
Delisse L F.
À la veillée, au campement, une jeune femme libre a accordé son violon, l'amzâd. La cour d'amour des jeunes gens touaregs, l'Ahâl, peut commencer, après ce chant : « Celui-ci, le violon à l'oeil sec, le Très-Haut lui donne protection ! Pour que, s'il chante, les hommes se taisent, en rattachant le voile sur leur visage. » On trouvera ici 164 poésies amoureuses des Touaregs, telles que je les ai recopiées entre 1955 et 1960 sur les volumes du Père de Foucauld conservés à la Bibliothèque de l'IFAN à Niamey. Et on ne pourra qu'être reconnaissant à cet immense devoir de mémoire accompli par l'ermite du Hoggar entre 1900 et 1917, auquel j'ai voulu donner suite.
Louis-François Delisse est né en 1931 à Roubaix. Afin d'éviter une mobilisation dans la guerre d'Algérie, il quitte la France en 1954 pour le Niger. Il y restera jusqu'en 1975. Publié par Guy Lévis Mano, remarqué notamment par René Char, Delisse écrit une poésie au lyrisme toujours extrêmement tendu, dont la brièveté s'accompagne d'une singulière intensité. Avec Le Logis des gémeaux se clôt la publication de ses oeuvres majeures. Ce recueil vient comme enchâsser (des débuts de 1947-1954 à la période post-africaine de 1970-2007) les autres grands livres que sont Aile, elle et Les Lépreux souriants. Il offre ainsi la vision d'une poésie tout du long inaugurale et crépusculaire, tout de suite géniale et aussitôt nostalgique, à l'image de l'oeuvre et de la vie d'un poète brûlé par l'essentiel.