Daniel Cefaï
Daniel Cefaï
L'analyse de l'action collective a été dominée, ces dernières décennies, par des modèles conçus en fonction d'un terme central : la mobilisation de ressources. Certes, la sociologie des « nouveaux mouvements sociaux » a proposé d'autres explications. Mais elle a montré ses limites pour rendre compte de plusieurs dimensions importantes de l'action collective : travail de la signification, constitution de causes publiques, diagnostic de situations, organisation durable de collectifs et motivation de l'engagement de leurs membres. L'« analyse de cadres » - l'expression renvoie à l'ouvrage d'Erving Goffman, Frame Analysis - représente une tentative récente pour combler ces lacunes. Focalisée sur la mise en forme culturelle de l'action collective, elle s'est intéressée aux processus de cadrage selon lesquels sont configurés des champs d'action et d'identité, définies des situations sociales, mobilisés des militants et des publics, suscités et maintenus des engagements. Ce volume présente et discute les outils de cette analyse ; il fait aussi apparaître de nouvelles limites. Une démarche plus pragmatiste, attentive aux « vocabulaires de motifs » et aux « grammaires de la vie publique », ne serait-elle pas mieux à même d'identifier et de comprendre les contraintes formelles de l'action collective?
L'analyse des problèmes sociaux est l'ordinaire des sciences sociales. Pour rendre compte de leur constitution, celles-ci ont souvent recours à un argument constructiviste. Les enquêtes présentées dans ce volume proposent une approche alternative, inspirée du pragmatisme de John Dewey. Les problèmes sociaux n'y sont pas envisagés comme de simples « constructions sociales et historiques ». Ils procèdent de dynamiques de problématisation et de publicisation. Leur émergence, leur configuration et leur stabilisation vont de pair avec celles de publics qui en font l'expérience. C'est pourquoi, dans cette approche, on parle plutôt de problèmes publics. La genèse de ces problèmes est explorée à travers une « micro-politique du trouble ». Celle-ci touche à leur dimension affective, imaginaire et sensible. Mais elle passe surtout par des activités d'enquête, qui politisent l'expérience. Dans une veine critique, les différents participants à ce volume s'interrogent également sur les empêchements, les interruptions ou les blocages de ces processus de politisation.