Corbin Michel
Corbin Michel
Cet ouvrage propose une lecture exégétique de deux écrits tardifs de Grégoire de Nysse. Pour la première fois, les Homélies sur la prière dominicale et la Lettre sur la forme parfaite du chrétien sont mis en miroir. Ainsi que Grégoire l'expose dans les Homélies, la prière au Dieu et Père de Jésus est le lieu où nous vivons l'union de foi et d'amour avec Celui qui prie Dieu avec nous et nous exauce avec Dieu. Les paroles de la prière déploient l'accord de la grâce de Dieu et de la liberté de l'homme. Dans sa Lettre, Grégoire ordonne son propos autour d'une dénomination tripartite : « Image du Dieu invisible » (Col 1, 15), « notre grand Dieu et Sauveur Jésus Christ » (Tt 2, 13), « Dieu béni au-dessus de tout » (Rm 9, 5). Dans une phrase admirable, il donne la clé de sa pensée : « Celui qui est au-delà de toute connaissance et de tout entendement [...] est devenu lui-même, par amour des hommes et pour les rendre à leur tour images de Dieu, Image du Dieu invisible, de manière à prendre forme en eux, avec la forme qu'Il a revêtue, pour qu'à leur tour ils se transforment grâce à Lui selon cette empreinte de la beauté du Modèle, et deviennent ce qu'ils étaient à l'origine. » Autrement dit, c'est à la chair du Christ que les hommes sont unis et, comme cette chair est assumée par le Fils sur-existant de Dieu, c'est par et dans le Christ, Fils de Dieu et Fils de l'homme, que les hommes peuvent monter toujours plus haut vers le Père. Un siècle plus tard, Denys l'Aréopagite s'en souviendra dans ses Noms divins : la Lettre de Grégoire en est la source principale - ce qui n'avait pas encore été démontré.
Les dix-huit premiers versets de l'évangile de Jean relèventils d'une spéculation intemporelle se présentant sous une forme mythique, comme une histoire d'avant l'histoire, ou bien forment-ils le vrai " prologue " du récit qui les suit, étant eux-mêmes un " récit au carré " qui en dit autrement le centre, le Verbe de Dieu se faisant " chair " quand Il montre ses cinq plaies le soir de Pâques, et quand ses amis attestent qu'ils ont " contemplé sa gloire " (v. 14) ? La lecture croisée de quelques exégèses anciennes (Thomas d'Aquin, Jean Chrysostome, Augustin, Origène) et d'autant d'études modernes permet de trancher l'alternative en excluant toute mise entre parenthèses de l'Événement tel que ni plus digne de Dieu ni plus bénéfi que pour les hommes ne se puisse penser.
Seule la lecture suivie du Monologion et du Proslogion, que saint Anselme, enfant d'Aoste, moine du Bec, puis archevêque de Cantorbéry, écrivit en 1076 et 1078, permet d'invalider une bonne fois la lecture " ontologique " habituellement fait