Boris James
Boris James
Au mitan du XIIIe siècle, la dynastie ayyoubide quittait le pouvoir en Égypte et bientôt en Syrie. Le sultanat de Saladin avait été caractérisé par une forte présence kurde à la fois au sein des armées du royaume et dans les plus hautes fonctions civiles politiques et judiciaires. Sa chute, au profit d'un groupe de militaires turcs d'origine servile, les Mamelouks, entraîna la marginalisation progressive des émirs et des notables kurdes. L'influence des Kurdes au sein de l'État mamelouk naissant fut bien réelle mais, au fur et à mesure qu'elle s'éteignait, elle se muait en une faible capacité de nuisance menant à de vaines conjurations. Les Kurdes n'eurent plus qu'une place politique périphérique dans l'Égypte et la Syrie du début du XIVe siècle. Que devenait alors la asabiyya kurde (« l'esprit de corps ») qui avait soutenu la dynastie ayyoubide ? La phase historique qui s'ouvrait marquait les débuts d'une reconfiguration de la place des Kurdes au Levant ainsi qu'aux marges des empires, au Kurdistan. Cet ouvrage a pour objet l'étude du processus pluriel de construction d'un territoire des Kurdes, entre l'Anatolie et le plateau iranien. Des tribus belliqueuses ont ancré leur histoire dans les montagnes de ce lieu refuge. Elles y ont établi l'ordre intra- et intertribal, matrice de leur autonomie. Les grands États du Moyen-Orient (Mamelouks et Ilkhanides mongols), quant à eux, ont entériné cet édifice et contribué de manière décisive aux transformations spatiales, par le pouvoir de nommer les lieux et de coopter les hommes. La convergence paradoxale de leurs politiques impériales rivales s'impose comme le facteur crucial d'une autochtonisation des Kurdes.
La population kurde, en majorité musulmane, compte 30 à 40 millions de personnes réparties surtout entre la Turquie, l'Iran, l'Irak et la Syrie. À la fois repaire de populations indociles, mais aussi antre de tribus et d'émirs puissants, le Kurdistan n'a jamais été unifié sous une même autorité politique. Le démembrement de l'Empire ottoman, au début du XXe siècle, provoque la division de cet immense territoire. Aujourd'hui, on ne peut ignorer la « question kurde », l'omniprésence des revendications et la prégnance des conflits qui lui sont liés. Pourtant, la longue histoire du fait kurde dépasse cette actualité et témoigne d'une formidable diversité culturelle, sociale et politique. Boris James raconte l'histoire mouvementée de ce peuple, les enjeux auxquels il a dû et doit encore faire face et la façon dont il s'enracine dans une région géopolitiquement complexe. Et de s'interroger à son tour : quels sont les ressorts de l'unité et les facteurs de division de ce peuple ?
1960, Dartford, banlieue de Londres. Deux adolescents de 17 ans, passionnés de blues, se retrouvent sur le quai de la gare. Ils ne le savent pas encore à ce moment-là mais ils vont changer à jamais la face du rock `n' roll.
Quelles sont les origines mythiques du peuple kurde ? Y a-t-il eu par le passé un royaume kurde unifié ? Ont-ils participé au génocide des Arméniens ? Tous les Kurdes sont-ils musulmans ? Qui est le légendaire Mustafa Barzanî ? Qui sont les peshmergas ? À quoi la jeunesse kurde aspire-t-elle ? Que veut le PKK ? Israël est-il leur principal allié ? Quel rôle joue la diaspora kurde ? Contrairement aux peuples arabes ou des Balkans, les Kurdes n'ont jamais eu droit à leur État-nation. Depuis l'avènement de l'islam au viie siècle, le destin des Kurdes semble scellé dans un écartèlement perpétuel entre l'Irak, l'Iran, la Turquie et la Syrie. Pourtant, la revendication d'un État unifié, ou au moins d'une certaine forme d'autonomie là où ils habitent, n'a jamais cessé et s'est amplifiée depuis le démembrement de l'Empire ottoman. Minorisés, les Kurdes ont subi, entre autres, la répression dans le sang de leurs révoltes en Turquie dans les années 1920 ou le gazage par Saddam Hussein en Irak en 1988. Depuis l'invasion américaine de l'Irak en 2003, les révoltes des printemps arabes en 2011 et le développement du conflit syrien, la « question kurde » a pris une ampleur internationale.En 100 questions clés, voici décryptés les rendez-vous manqués avec l'Histoire, les fondements et les défis de taille qui attendent ce peuple, un siècle après la fin des empires moyen-orientaux.