Arthur BERNARD
Arthur BERNARD
« Guillaume et Clarence quittèrent Florence... Ils roulaient sur l'autoroute, bande moyenne et frontière de bitume, jetée au travers d'un paysage rassemblé par les siècles. De temps à autre apparaissaient et disparaissaient des traces de temples, des colonnes devenues sauvages. Clarence, au volant, était de bonne humeur. - Vous ne vous en êtes pas aperçu, vieil homme, mais dans Florence j'ai conduit les yeux fermés chaque fois que nous croisions une église ou un palais. - Je vais dormir maintenant, répondit Guillaume. Le vent berce. Tu me réveilleras en entrant dans Rome. Il faudra bien que j'ouvre les yeux puisque tu les fermeras. »
«Ça va. On pourrait s'arrêter là. Tout y est. Ou bien continuer. Jusqu'à la fin. C'est quoi la fin? Ça ne nous regarde pas, au fond. Ça nous échappe. Jusqu'à aujourd'hui, j'ai continué. Ça ne veut pas dire que j'ai fini. Que je suis fini. On verra bien. On ne verra rien. Je ne verrai rien. Ça va. Qu'est-ce que ça cache ? Ce mensonge, rituel de silence sous le bavardage. Ça va !, qui est le titre d'un beau poème de Vladimir Maïakovski, exaltation de l'avenir, de la révolution. Loin de la politesse convenue dans l'expression, camouflant l'indifférence à autrui sous un rituel creux. Qu'est-ce qui m'a pris de faire ce livre ? Pensé à Flaubert, auquel je voue une admiration principale, dont pour une ligne «écrire un livre sur rien...» Moi, c'est un livre du ça va, qui est une forme de rien. » Arthur Bernard a publié, selon les circonstances éditoriales, sous différents noms des romans, et des ouvrages historiques et sociologiques (en particulier sur Paris). Il clôt ici une ardente conversation avec lui-même et les événements de sa vie sentimentale, sa vie tout court.
On arrive à Paris à vingt ans, sans penser qu'un jour, plus d'un demi-siècle après, on devra rendre le bonjour et adresser ses adieux. Nous y sommes, enfin le narrateur, lui y est. Il a fait son temps. Sous l'horloge sinistre de la Gare de Lyon, qui lui donna l'heure, les heures de la Ville, pour toujours et dès la première fois, reconnaissant tout ce qu'il voyait sans jamais avoir rien vu avant, grâce aux livres, aux films, leurs correspondances avec la réalité. Maintenant, il convient de saluer cet Hier, sans même avoir à le quitter. Celui qui narre aura vécu, regardé autant que lu, cohabité avec les mots, les images, les photographies, les films, dehors comme dedans, jour et nuit, à la Bibliothèque ou dans les salles obscures. C'est terminé. Clap de fin. Arthur Bernard a publié sous différents noms des romans et des ouvrages historiques et sociologiques (en particulier sur Paris). Champ Vallon a publié nombre d'entre eux.
Il y a Arthur Bernard, l'auteur, le narrateur qui court toujours derrière les autres noms. Il y a Arthur Ferdinand Bernard ou AFB, apprenti relieur de dix-huit ans à Montparnasse en 1890, également apprenti assassin puisqu'il ratera son crime et même son châtiment. Condamné à mort, il sera gracié et transporté à la Nouvelle-Calédonie. Le dossier sur lui aux Archives s'arrête en 1895. Alors on va lui inventer une suite. C'est là-bas qu'il deviendra vraiment relieur et notamment de L'Odyssée. Il construira aussi des cerfs-volants dont un oiseau géant capable de l'élever dans les airs, au-dessus de l'océan. Il ne reviendra jamais. Tout appartient à la poussière, cette insatiable. Elle dissout les morts et protège les livres que liront les vivants.Arthur Bernard a publié, entre autres romans, La Chute des graves (Minuit), Les parapets de l'Europe (Cent pages) et Gaby et son maître (Champ Vallon).
C'est l'histoire d'un jeune homme qui poursuit son éducation à Paris. Son métro, c'est Glacière, sur la 6, une ligne aérienne. Une fois par semaine environ, pendant près d'une année, il rencontre dans les escaliers de la station l'homme qu'il admire le plus au monde. En lui-même, il l'appelle son Maître, rapport aux mots, à la littérature qui ne sont pas, pour le disciple une mince affaire. C'est à ses yeux le plus grand écrivain du temps et il est bouleversé quand il le croise en personne. Pourtant il est incapable de lui adresser la moindre parole, ne serait-ce que pour lui demander l'heure. Allez, cet Irlandais, on peut bien le nommer. Son prénom, c'est Sam.Son nom entier, Samuel Beckett.