Antoine Vergote
Antoine Vergote
Aujourd'hui, comme dans le passé, Jésus de Nazareth suscite l'admiration et l'attachement de beaucoup d'hommes, et inspire leur vie et leur action. Cependant, dans le même temps, beaucoup de chrétiens s'interrogent sur le sens de leur foi en lui, telle qu'elle s'exprime dans le Nouveau Testament et dans les grands conciles christologiques. Autour de la confession de foi « Jésus Christ, Fils de Dieu », cinq croyants (parmi lesquels un exégète, un psychologue de la religion, un philosophe, un théologien) proposent leur réflexion en vue de contribuer à cette réappropriation, pour notre temps, de la christologie, que la foi et le monde attendent et que la théologie, au premier chef, avec les sciences humaines, a pour mission d'assurer comme un apport provisoire au travail séculaire et toujours inachevé de l'intelligence de la foi.
Un immense besoin de spiritualité traverse le monde contemporain, asphyxié par la science, la technique, le matérialisme, la critique des métaphysiques et des religions, l'absence de raisons de vivre et de mourir, la crise des idéaux et des valeurs absolues. D'où, la vogue des spiritualités et des sagesses orientales, le développement des sectes, et bien d'autres signes d'une recherche souvent équivoque. D'où, aussi, le développement dans les Églises du renouveau charismatique et d'une pratique renouvelée de la prière. Souvent, cependant, cette aspiration semble se déployer sans contact véritable avec la réflexion théologique et la tradition spirituelle chrétienne, ni avec les apports récents des sciences humaines. Ce livre veut contribuer à établir cette communication, dans un esprit à la fois critique et constructif, en faisant appel à un observateur de la situation spirituelle de notre temps, à un spécialiste de la science du langage, à un philosophe, à un psychologue de la religion et à un théologien.
Toute la foi chrétienne n'a-t-elle pas affaire, tout comme la psychanalyse, avec ces réalités de l'existence que sont le désir, le corps, la mort, la faute, le père, la relation intersubjective, le paraître et l'interlocution en vérité ? Notre souci n'est pas de confronter deux doctrines, le christianisme et la psychanalyse. Une telle comparaison serait aussi fausse que le rapprochement entre la foi et la philosophie considérées comme deux domaines unanimes en eux-mêmes et extérieurs l'un à l'autre. Nous sommes allés droit aux signifiants qui appartiennent à la théologie comme à la psychanalyse et nous avons essayé de découvrir les articulations internes que la psychanalyse y fait apparaître. La psychanalyse donne à penser à la théologie parce que l'inconscient qu'elle explore est tout entier habité par la dramaturgie élémentaire de l'être humain. L'homme ne s'humanise que parce que règne en lui un ordre symbolique qui le façonne dans son psychisme même. S'il y a conscience, vérité, intersubjectivité, désir..., c'est pour autant qu'ils sont greffés en l'homme par des constellations culturelles qui lui donnent même d'y introduire son pouvoir de formations créatrices. Et c'est précisément cet ordre symbolique et humanisant qui pose le possible assentiment entre l'homme et Dieu. Tout le discours chrétien atteste que Dieu appartient lui aussi à cet ordre. Il peut dès lors se rendre présent à l'homme en tant que vérité qui donne sens, devenir pour l'homme sujet et objet de désir et se faire parole qui évoque. A. Vergot
Le « retour de Satan », observable aujourd'hui en des manifestations fort diverses, pourrait bien renvoyer à la redécouverte, bruyante ou quotidienne, à la suite d'évènements terrifiants ou d'une déréliction sans remède au plan de l'histoire d'un « abîme noir » en l'humain. Redécouverte qui se laisse appréhender comme un double brouillage d'identité : l'image de Dieu oscille entre un versant positif et un versant négatif et l'humain s'en trouve comme traversé d'une fêlure, voire dédoublé. Si la foi toute chrétienne tient, tout entière, à la reconnaissance d'un salut gratuitement donné dans l'Événement christique insondable comme tel, comment fait-elle droit à la dimension d'épreuve, de combat, mais aussi à l'impératif de solidarité sans lesquelles la réalité et l'annonce du salut seraient privées de signification et de résonance ? Tels sont la question et l'enjeu de la session théologique, tenue aux F.U.SL. en 1991. Le parcours proposé comporte deux étapes : des mises en situation historiques - restitution de synthèses doctrinales et de glissements historiographiques - et anthropologiques font écho et interrogent des apports exégétiques, éthiques et théologiques visant à préciser ce qui nous est suggéré, à travers les figures du démoniaque, de ce qu'il peut advenir de la liberté humaine lorsqu'elle se retourne vers « Celui qui a, par la Croix, vaincu le Prince de Monde ».