Albert Londres travaillait autrement. Il choisissait un sujet, prenait le temps, enquêtait seul. Des extraits de ses reportages, lus par André Dussolier, Le juif errant est arrivé, rappellent une écriture profondément humaine, attentive aux causes et aux effets.
Le Juif errant est arrivé
1929, de Londres à Jérusalem : Albert Londres part sur les traces des communautés juives, des ghettos d’Europe aux rêves de Palestine. Un reportage saisissant, entre misère et espérance, qui éclaire l’histoire avec une lucidité prophétique.
Celui qui a laissé son nom à un des plus grands prix internationaux de journalisme était reconnu pour ses travaux d'investigation fouillés. Au travers de l'écriture, Albert Londres observe et transmet, avec minutie. Au-delà de ces seules interrogations sur un monde en mutation, c'est un devoir.
Utilisant l'Histoire pour en expliquer l'actualité, l'homme, alors au sommet de sa gloire, décide d'entreprendre l'une de ses plus grandes enquêtes. Nous sommes en 1929, et c'est un sujet qu'il connaît mal : les juifs.
S'ensuit un périple à travers une Europe troublée. Voyage qui commence à Londres, se poursuit à Paris en passant par les ghettos de Pologne et de Transylvanie, avant de le conduire en Palestine.
Étonnamment, Albert Londres ne se rendra pas en Amérique, bien qu'il en parle à de nombreuses reprises.
Dix-huit ans avant la création de l'État hébreu, son optimisme sur le sort des communautés juives de Palestine se traduit par vingt-sept articles initialement publiés en 1929 dans « Le petit Parisien » et qui donneront matière à ce livre essentiel.
Tout au long de son enquête, Albert Londres relate ces extrêmes dont il est le témoin. En découvrant Tel-Aviv, il débarque à une période cruciale, où ce contraste le saisit. Loin de la misère des ghettos d'Europe centrale, la ville est ensoleillée. Les siècles d'oppression ne sont plus. Il y découvre des Juifs se comportant tels des citoyens d'un pays nouveau, dans une ville moderne et propre.
Mais le trouble demeure. Le gouvernement de Sa Majesté britannique a trop promis, préparant une collision qui surviendra bien vite. La Palestine aux Arabes et aux Juifs ne sera pas telle que tous la rêvaient et l'espéraient.
Par cette enquête exceptionnelle, Albert Londres n'hésite pas à avancer sur ces jugements, quitte à se tromper.
Tout au long de sa lecture, chacun demeure libre de se forger sa propre opinion, et c'est là l'une des grandes forces de celui qui fut un formidable journaliste, fondateur du grand reportage.
Ce livre est une part de notre histoire commune.
Il nous appartient d'en saisir l'essence et l'importance de ne pas oublier.
Dans une Europe face à ses démons, la préface de Michèle Kahn nous rappelle Oh ! que vous nous manquez, M. Londres !
GC
shield_question Foire aux questions
person_edit À propos de l'auteur
Né en 1884 à Vichy et disparu en 1932, Albert Londres est considéré comme le père du grand reportage moderne. Journaliste infatigable, il a marqué son époque par des enquêtes audacieuses sur les bagnes, les colonies, et les minorités opprimées. Son style incisif et son engagement pour la vérité ont fait de lui une figure majeure du journalisme français. Il a laissé son nom au prestigieux prix Albert-Londres, qui récompense chaque année les meilleurs reporters francophones.
newsmode Revue de presse
Ce témoignage est unique en son genre : étrangement, l’horreur de la Shoah a gommé en quelque sorte l’horreur de ce que subissaient les Juifs d’Europe centrale avant la Shoah. C’est là toute la valeur, immense, de ce livre. Albert Londres nous en fait un tableau digne des contes gothiques les plus effrayants.
Londres rend la complexité de notre monde. Il n’a pas peur de ses jugements, il n’a pas peur de se tromper, mais il laisse au lecteur la liberté de se faire sa propre opinion. Le juif errant est arrivé est un grand moment de journalisme.