Alexandre Marcinkowski a senti tout ce que cette mystification due à un charlatan anglais avait d’actuel. En la racontant avec verve, il nous montre à l’œuvre un mécanisme que l’information permanente, les journaux populaires et les réseaux sociaux promettent à un immense avenir.
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La Mystification lunaire
1835, New York : un journal annonce la découverte d’une vie extraterrestre sur la Lune par le célèbre John Herschel. Ce canular, premier du genre, va enflammer l’Europe et inspirer la science-fiction naissante.
Cette découverte scientifique, rapportée par le New York Sun, provoque un bouillonnement éditorial sans précédent à la faveur de l'essor de la presse à un cent. Les différents articles du Sun, puis la brochure qui relatent l'extraordinaire observation, concomitants de la parution du « Hans Phaall » de Poe, connaissent un immense succès populaire puis gagnent, peu après, le continent européen. Il s'agit là d'une des plus grandes supercheries scientifiques de l'Histoire, le premier « canular lunaire ».
Avec la traduction de ces Découvertes dans la Lune, faites au cap de Bonne-Espérance par Herschel fils, l'engouement français prend le relais. La réception dans la presse suscite maints débats quant à la véracité d'une telle découverte et l'idée d'une vie extraterrestre sur la Lune se diffuse dans toute la société. Arago, Balzac, ou Herschel lui-même, s'indignent, à grand renfort de démonstrations scientifiques ou ironiques, de cette supercherie. Sans succès. Trente ans après, Jules Verne y fera allusion dans De la Terre à la Lune.
Si le sujet n'a pas manqué d'intéresser les historiens et journalistes anglo-saxons, l'introduction du canular en France, en revanche, n'a fait l'objet d'aucun travail de recherche. Entremêlant l'histoire de la presse et l'histoire des sciences, Alexandre Marcinkowski explore la face cachée de cette mystification. Il en montre la formidable diffusion dans le champ culturel : outre son adaptation en picard, le canular fait l'objet de vaudevilles, de dessins, de mentions dans les romans ou les nouvelles de l'époque, et inspire les paroles de nombreuses chansons. Se trouve ainsi retracée, la petite et la grande histoire de la première fake news d'ampleur à l'échelle occidentale, bien avant l'adaptation radiophonique de La Guerre des Mondes par Orson Welles.
shield_question Foire aux questions
person_edit À propos de l'auteur
Chercheur indépendant, Alexandre Marcinkowski est spécialiste des rapports entre science et littérature de l’imaginaire. Il travaille notamment sur l’émergence de la science-fiction française au XIXe siècle. Son livre La Mystification lunaire offre une plongée documentée dans l’un des premiers grands canulars médiatiques de l’Histoire, mêlant histoire de la presse et des sciences.
newsmode Revue de presse
Le livre d’Alexandre Marcinkowski, richement documenté, est aussi magnifiquement illustré. Attentif au contexte médiatique du temps, en France comme aux États-Unis, il met en valeur l’invention du canular lunaire par Richard Adams Locke et la descendance imaginaire de l’histoire lunaire, qui participe pleinement d’une science-fiction alors naissante.
Ce clin d’œil à la crédulité collective nous renvoie directement à la notion moderne de « fake news ». La mystification lunaire d’Alexandre Marcinkowski reconstruit, grâce à un travail documentaire remarquable, l’histoire de ce moon-hoax qui suscita le malaise d’Edgar Poe en éclipsant Hans Pfaal, son canard littéraire publié en juin 1835.
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