Noël Coulet
Noël Coulet
La Provence historique dont traite cet ouvrage, grossièrement comprise entre le cours du Rhône inférieur, le bassin de la Durance, le Var et la Méditerranée, est apparue comme comté de Provence au XIIe siècle. Elle a connu d'incessants changements d'appellation comme de frontières, mais a su rester une terre d'exception. Aujourd'hui, par rapport à la Provence historique du « Roy René », des Bourbons et des historiens, la Provence officielle de nos institutions, la région « PACA », est sensiblement plus étendue, et la Provence sentimentale des amateurs de Frédéric Mistral, plus réduite. Quant à la Provence du néorégionalisme, elle tend à se dissoudre dans un Midi occitan considérablement plus vaste...
Cet ouvrage analyse la formation des rites et traditions dans la Provence de la fin du Moyen Âge, puis leur évolution et parfois transformation en mythe. Ainsi l'entrée royale dont le rituel s'inspire de l'entrée de Jésus à Jérusalem le jour des Rameaux s'enrichit au xvie siècle d'un décor d'arcs de triomphe qui développent un discours historique à la gloire du souverain. Ainsi la procession de la Fête-Dieu d'Aix, cortège modeste et pieux à ses débuts au xive siècle, devient, à partir du xvie siècle une parade bruyante et colorée, rythmée par la représentation de tableaux vivants, les « jeux » attribués sans raison au roi René. Un second ensemble d'études s'organise autour des histoires anciennes de la Provence et la constitution de l'image de deux personnages devenus de véritables figures légendaires, la reine Jeanne et le roi René, donnant lieu à une tradition narrative qui parasite encore aujourd'hui l'histoire. Un dernier ensemble d'articles s'attache à quelques récits apocryphes incrustés dans la mémoire collective et que l'on voit périodiquement resurgir : la légende du juif blasphémateur écorché vif à l'entrée de la Juiverie d'Aix, la bénédiction des calissons d'Aix, récit apocryphe à la limite du canular, fabriqué au milieu du xxe siècle...
La communauté épique des chevaliers a ses exclus. Elle peut se définir par ceux qu'elle ignore s'ils n'ont pas reçu le "sacrement" de chevalerie qui fait d'eux des égaux. Ces étrangers, ce sont d'abord ceux qui ne sont pas chrétiens : les hordes de l'ennemi héréditaire, le Sarrasin. Ce sont aussi tous ceux qui ne combattent pas : ceux qui prient, moines ou prêtres ; ceux qui commercent ou travaillent de leurs mains : bourgeois et vilains.