Claude Janin
Claude Janin
Les liens entre réalité et traumatisme posent une question épistémologique essentielle, que cet ouvrage remet en perspective, et qui est à la base du désaccord entre Freud et Ferenczi. Comme l'a remarqué Balint : Le fait historique représenté par le désaccord entre Freud et Ferenczi fit, sur le monde analytique, l'effet d'un traumatisme (...). Le choc était extrêmement profond et douloureux. Tout se passe en effet comme si cette opposition Freud/Ferenczi autour de la question de l'origine - externe ou interne- du traumatisme, continuait à être active au sein de la communauté psychanalytique, au point d'interdire toute pensée de leur articulation, alors que les théories de Winnicott, la conception moderne de l'histoire, ou les travaux de S. Viderman, permettent justement une telle articulation ! Cet ouvrage, à travers les notions de noyau traumatique du Moi, de collapsus topique, d'animisme à deux, de noyau chaud et de noyau froid, issues de la conception freudienne de l'objet telle qu'elle apparaît dans Deuil et mélancolie ; introduit à une réévaluation des liens entre trauma réel et trauma psychique, et postule l'existence de traumatismes sans fin et de traumatismes avec fin, la capacité du sujet à constituer au sein de sa psyché une potentialité à subir psychiquement un traumatisme, se révélant, en fin de compte, anti-traumatique ; il donne au lecteur, au coeur même de la pratique psychanalytique, des exemples de ces types de traumatismes.
Freud avait d'abord conçu la cure psychanalytique comme une entreprise de remémoration et de redécouverte : comme l'archéologue, le psychanalyste accéderait à une vérité historique, dont il exhumerait les traces enfouies pour restituer le passé. Mais quel passé ? Un long cheminement avait conduit Freud à admettre que, par le jeu du fantasme et de l'après-coup, la mémoire crée ses objets autant qu'elle les recrée. Le psychanalyste a perdu aujourd'hui l'illusion d'une restitution du passé ad integrum ; il s'agit d'une reconstruction, et peut-être de la construction, d'un passé personnel où le sujet puisse se reconnaître pleinement. Si toute l'histoire est construite, l'analogie s'impose avec ce qui guide la réflexion et le travail de l'historien moderne. L'écart entre les deux disciplines n'est pas moins évident quant à l'objet et quant aux méthodes. Si l'histoire est le produit de l'homme, l'homme est, dans son histoire personnelle, le produit de l'histoire. Comment s'articulent l'histoire collective et les histoires individuelles ? Le présent volume invite à un renouvellement de la réflexion sur ces thèmes fondamentaux.
Le propos de cet ouvrage est de repérer les balises ayant jusqu'à nos jours, marqué ce chemin vers la compréhension du narcissisme, ouvert par Freud qui par la suite a délaissé le narcissisme vers 1920, au profit de la deuxième topique, le Moi en lien avec le Surmoi et le ça, non plus avec le système préconscient-conscient. Confronté aux problèmes posés par certains patients réfractaires à l'analyse et au transfert, Freud en vint à « inventer » la notion de narcissisme pour la délaisser par la suite avec l'introduction de la deuxième topique et de la nouvelle théorie des pulsions. La question du narcissisme a été depuis reprise par nombre de successeurs qui contribuèrent à l'approfondir. Cet ouvrage fait le point sur les différents aspects du narcissisme étudié par Freud, puis Lou Andreas-Salomé, Kohut, Grunberger, Pasche et Green.
Le refoulement est l'un des concepts au fondement de la psychanalyse. Ce volume tente de préciser les contours d'une notion pour laquelle les questions métapsychologiques sont nombreuses. Que dire par exemple de la relation entre pulsion et refoulement ? Que devient le refoulement dans la théorie freudienne après la mutation de 1920 et le relatif abandon de la perspective représentationnelle au profit de la réflexion sur les processus et le jeu des forces qui les engendre ? Quel statut épistémologique accorder au concept de refoulement primaire ? Ce sont quelques-unes des questions abordées dans cet ouvrage.
La psychanalyse, dès lors qu'elle s'est construite, d'abord à partir de la compréhension du symptôme hystérique, puis à travers l'interprétation de rêves, sur l'étude du conflit entre le désir inconscient et l'interdit, ne pouvait que rencontrer la question de la limite et de la transgression. Mais elle ne pouvait pas ne pas la rencontrer aussi au coeur même de son exercice : le transfert, rappelle J.-B. Pontalis, est un « agir », le transfert est une passion, au point que, comme Freud l'a souligné dans ses Observations sur l'amour de transfert, « la scène a entièrement changé, tout se passe comme si quelque comédie eût été soudainement interrompue par un événement réel, par exemple comme lorsque le feu éclate pendant une représentation théâtrale ».L'idée de transgression n'est toutefois pas à proprement parler un concept psychanalytique, puisqu'elle concerne la normalité et la normativité sociale ; elle n'intéresse la psychanalyse que dans la mesure où la différenciation du psychisme en instances donne à l'interdit un statut psychique, interne, lié au développement du Surmoi. La transgression ainsi comprise concerne toutes les dimensions de la vie humaine : création, sublimation, sexualité, que le sujet soit pris isolément ou dans le réseau de ses appartenances groupales et institutionnelles.
En mars 2008 a eu lieu au musée du Quai Branly un colloque réunissant anthropologues et psychanalystes autour du thème de l'animisme. L'originalité de ce colloque tient en partie à sa méthodologie : une discussion à partir du "matériau" de leurs pratiques respectives - clinique analytique pour les psychanalystes, matériel de terrain pour les anthropologues -, suscitant des interrogations de par des modes de pensée différents et des approches variées. Cette rencontre n'est pas la première mais ce sujet est encore peu abordé. "C'est sans doute autour de la définition de l'inconscient que passe la ligne de démarcation ente l'anthropologie de Lévi-Strauss et la psychanalyse, telle que nous la concevons", précise Claude Janin dans son introduction.