Georges Devereux
Georges Devereux
Freud avait d'abord conçu la cure psychanalytique comme une entreprise de remémoration et de redécouverte : comme l'archéologue, le psychanalyste accéderait à une vérité historique, dont il exhumerait les traces enfouies pour restituer le passé. Mais quel passé ? Un long cheminement avait conduit Freud à admettre que, par le jeu du fantasme et de l'après-coup, la mémoire crée ses objets autant qu'elle les recrée. Le psychanalyste a perdu aujourd'hui l'illusion d'une restitution du passé ad integrum ; il s'agit d'une reconstruction, et peut-être de la construction, d'un passé personnel où le sujet puisse se reconnaître pleinement. Si toute l'histoire est construite, l'analogie s'impose avec ce qui guide la réflexion et le travail de l'historien moderne. L'écart entre les deux disciplines n'est pas moins évident quant à l'objet et quant aux méthodes. Si l'histoire est le produit de l'homme, l'homme est, dans son histoire personnelle, le produit de l'histoire. Comment s'articulent l'histoire collective et les histoires individuelles ? Le présent volume invite à un renouvellement de la réflexion sur ces thèmes fondamentaux.
Si l'inconscient est une donnée universelle, les maladies de l'âme sont différentes d'un peuple à l'autre. Pionnier de l'ethnopsychanalyse, Georges Devereux s'est attaché, tout au long de sa carrière de psychanalyste et d'anthropologue, à décrire les troubles psychiques propres à un sujet pris dans une culture particulière, ainsi que les classifications que cette culture invente pour expliquer les différentes pathologies. Cette Psychothérapie d'un Indien des Plaines (New York, 1951), son premier ouvrage, est d'abord l'histoire devenue classique d'un grand cas clinique où sont exposées, transcrites et analysées avec brio les quatre-vingt-cinq séances d'une cure par la parole menée avec Jimmy Picard, Indien de la tribu des Pieds Noirs, déraciné, alcoolique, névrosé. Né dans l'Empire austro-hongrois et lui-même déchiré entre plusieurs cultures, Devereux se rendit en 1947 à la clinique de Topeka, au Kansas, où s'étaient retrouvés avant lui de nombreux cliniciens de la vieille Europe chassés par le nazisme. C'est là qu'il devint le thérapeute, le confident et l'analyste de ces Indiens des Plaines dont la légende hollywoodienne faisait sans cesse revivre l'épopée guerrière.