Benjamin Stora
Benjamin Stora
Deux siècles de domination, de luttes, d'exils... et des mémoires toujours irréconciliées Depuis plus de 60 ans, les relations entre la France et l'Algérie oscillent entre tensions diplomatiques, mémoires à vif et récits concurrents. Héritée de 132 ans de colonisation et d'une guerre d'indépendance sanglante, cette histoire commune reste un sujet brûlant des deux côtés de la Méditerranée. En 45 questions-réponses, Thomas Snégaroff et Benjamin Stora explorent les grandes étapes de la colonisation, les ressorts du nationalisme algérien, les fractures mémorielles et les conséquences profondes sur les sociétés contemporaines. Pourquoi cette guerre a-t-elle été si longue à nommer ? Quelle place occupent les mémoires dans le débat public ? Une réconciliation est-elle possible ? Un ouvrage clair et accessible, avec des cartes, des infographies et des textes de référence.
La colonisation est-elle le dernier grand tabou de l'histoire de France ? Doit-elle s'excuser ou réparer ce passé ? Peut-on réconcilier les mémoires de la colonisation, nécessairement plurielles, autour d'un récit commun ? Pour éclairer ces enjeux toujours brûlants, deux historiens de référence, Benjamin Stora et Pascal Blanchard interrogent tant la place de la colonisation dans la mémoire nationale que la nécessité de sa transmission.Parler de la période coloniale reste un exercice délicat, presque toujours un défi , car elle est source de passions et de fractures. Au milieu de débats trop souvent polarisés entre les décoloniaux les plus radicaux et les nostalgiques d'une « grandeur perdue » de la France, il est difficile de faire entendre une autre voix, soucieuse du temps long : celle des historiens.C'est dans cet espace de tension que les auteurs s'efforcent d'apporter un éclairage historique nuancé et rigoureux, propice à un dialogue apaisé. Leur ambition : contribuer à se réconcilier avec un passé qui continue de hanter la société française. Pascal Blanchard est historien, spécialiste du « fait colonial » et des immigrations. Il est l'auteur d'une soixantaine d'ouvrages, films documentaires et expositions, mais aussi du recueil « Portraits de France » pour la présidence de la République.Benjamin Stora est historien, spécialiste de l'histoire de l'Algérie, de l'histoire coloniale et des immigrations. Il est l'auteur d'une cinquantaine d'ouvrages, de films et documentaires, mais aussi du rapport sur « les mémoires de la colonisation et de la guerre d'Algérie ».
La guerre d'Algérie fut le grand épisode traumatique de l'histoire de la France des Trente Glorieuses. Et les blessures ouvertes alors ne sont pas encore refermées, comme en témoignent les polémiques mémorielles récurrentes qu'elle continue de soulever. Né à Constantine en Algérie, l'historien Benjamin Stora raconte ici cette guerre longtemps restée " sans nom ", ses épisodes majeurs (des massacres du Constantinois à la politique de la " terre brûlée " de l'OAS, en passant par le putsch des généraux et la répression des immigrés en métropole) et ses acteurs principaux, français comme algériens. Il restitue cette histoire dans toute sa complexité et rend compte des acquis et des débats de la recherche historique la plus récente, en racontant par exemple comment la guerre fut vécue du côté algérien. Enfin, il revient sur les séquelles politiques et mémorielles de cette guerre de huit ans des deux côtés de la Méditerranée. Benjamin Stora, professeur des universités, est l'auteur de nombreux ouvrages sur la guerre d'Algérie.
Plongez dans Histoire dessinée de la guerre d'Algérie, une bande dessinée unique où l'historien Benjamin Stora et le dessinateur Sébastien Vassant unissent leurs talents pour raconter ce conflit complexe.
Le rapport Stora : les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d'Algérie. En juillet 2020, Emmanuel Macron commandait à Benjamin Stora un rapport sur la mémoire de la colonisation et de la guerre d'Algérie, ainsi que sur les moyens de favoriser une réconciliation entre la France et l'Algérie. L'historien s'est attelé à la tâche non seulement à partir de l'immense historiographie existante, à laquelle il a lui-même grandement contribué, mais aussi en rencontrant des dizaines d'interlocuteurs de tous bords. Pour tenter de rendre compte de cet archipel de mémoires aujourd'hui communautarisées, il ne fallait en effet écarter aucune catégorie d'acteurs : des combattants indépendantistes aux « pieds-noirs », des soldats français aux « harkis », des juifs aux Européens « libéraux », communistes ou partisans de l'Algérie française... Cette enquête mémorielle est suivie d'un certain nombre de propositions audacieuses, qui touchent aussi bien à la symbolique qu'à l'accès aux archives historiques, afin de reconnaitre afin de mieux connaitre et reconnaitre ces « passions douloureuses ». Benjamin Stora a publié de très nombreux ouvrages sur la colonisation, la guerre d'Algérie, l'immigration maghrébine, dont plusieurs ont été rassemblés récemment dans la collection Bouquins (Une mémoire algérienne, 2020). Chez Albin Michel, il a co-dirigé avec Abdelwahab Meddeb en 2013 l'encyclopédie Histoire des relations entre juifs et musulmans, et publié avec Alexis Jenni en 2016 Les mémoires dangereuses.
De 1954 à 1962, quelque deux millions de Français ont fait la guerre aux Algériens. Soixante ans après, cette " guerre sans nom " reste une page blanche de l'histoire nationale. Et le refoulement de sa mémoire continue à ronger comme une gangrène les fondements mêmes de la société française. De l'autre côté de la Méditerranée, un refoulement symétrique mine la société algérienne : la négation par l'histoire officielle de pans entiers de la guerre de libération n'est pas pour rien dans la guerre civile qui a déchiré le pays à partir de 1992. Pour comprendre les causes de cette double occultation, Benjamin Stora tente dans cet essai d'éclairer ses mécanismes, en France comme en Algérie. Il démontre comment ceux-ci se sont mis en place dès la guerre elle-même : du côté français, c'est la négation de l'existence même de la guerre, le refus obstiné de reconnaître la réalité de la torture et des exécutions sommaires ; du côté algérien, c'est la violence de la guerre civile secrète qui opposa le FLN et le MNA, ou le massacre en masse des harkis à l'été 1962, perpétré par les ralliés de la vingt-cinquième heure. L'auteur montre également comment les mensonges de la période 1954-1962 seront à leur tour, dans les décennies suivantes, enfouis dans les mémoires par les amnisties ou les non-dits d'une histoire éclatée.
Depuis les premiers liens entre les tribus juives d’Arabie et le Prophète Muhammad jusqu’aux récents conflits du Proche-Orient, en passant par les civilisations de Bagdad et de Cordoue, sans oublier l’Empire ottoman, le monde perse et même l’espace européen, les relations tour à tour fécondes ou tumultueuses entre juifs et musulmans sont ici exposées et analysées en toute impartialité. Quelque cent vingt auteurs de tous les pays ont participé à cette encyclopédie unique en son genre, dans un esprit d’interdisciplinarité qui permet de rendre compte des multiples facettes du sujet. Les difficultés du temps présent se trouvent ainsi réinterprétées à la lumière d’une histoire resituée dans la longue durée. Un ouvrage de référence richement illustré, à la fois clair et accessible, qui constitue un outil précieux pour une meilleure compréhension entre les cultures.
Bien que largement couverte, la guerre d'Algérie laisse la sensation, notamment pour la communauté pied-noire, d'une absence d'images pour la raconter. Mais qu'en est-il vraiment ? L'historien Benjamin Stora s'interroge sur la place de l'image sur la guerre d'Algérie et, par extension, sur le toujours difficile travail de mémoire de la France à son égard. Comment expliquer que la sensation d'absence d'images sur les " événements d'Algérie " ait longtemps dominé, harkis, immigrés ou appelés du contingent ? Est-ce que, très tôt, la France n'aurait pas voulu " regarder " cette page sanglante de son histoire ? Le paradoxe est qu'en réalité la guerre d'Algérie a été montrée de mille façons : images fixes des photographies, publiées dans des magazines tel Paris Match ; images de cinéma, issues de films qui n'ont pas tous laissé un souvenir mémorable ; images de documentaires, nombreux à partir des années 1990, provenant surtout des archives de l'Ina ou de l'armée française. Effet de génération ? Plus la longue histoire de la présence française en Algérie s'éloigne, plus elle semble enfin combler ses " lacunes mémorielles ". Et l'historien de s'interroger : le passage à l'image pour l'écriture de l'histoire est-il un moyen efficace d'approcher une vérité ? L'avalanche des images est-elle, au contraire, un frein pour la connaissance ? Une réflexion menée à la lumière du " travail de mémoire visuelle " entrepris par Benjamin Stora depuis plus de trente ans, au fil des films de fiction et documentaires auxquels il a contribué.
« Dans l'avion, au moment du décollage, j'observe les passagers. Certains pleurent. Les visages sont tristes, fatigués. Très vite, un grand silence s'installe. L'inquiétude, la violence de la situation écrasent tout désir de conversation. Plus personne n'ose parler. Puis, derrière les hublots, la nuit apparaît. Si soudainement que nous n'avons pu voir la terre algérienne s'éloigner. Cette terre déjà absente. Ainsi, je n'ai pas conservé dans ma mémoire la "dernière image" d'un pays disparu. Il fait nuit, encore, lorsque nous arrivons à Orly. Mon oncle Robert nous y attend. En guise d'accueil, une hôtesse de la Croix-Rouge offre à chacun de nous un bonbon. Nous étions en France et, à défaut de Ville Lumière, installé sur la banquette arrière, à travers la vitre de la voiture, je contemplais la noirceur du périphérique jusqu'à notre destination, Montreuil, en banlieue parisienne... » En une dizaine d'années, le jeune Benjamin Stora passe de l'enfance à l'âge adulte, de Constantine en guerre au Paris de Mai 68. Il raconte sa propre histoire, celle d'un exil et de l'apprentissage d'un homme qui va embrasser une nouvelle vie.
Ce texte est un débat entre deux historiens du 20e siècle qui interrogent les croisements et les décroisements des mémoires liées à l'immigration et à la colonisation. Une thématique qui ne cesse d'être d'actualité. En évaluant l'impact de l'approche postcoloniale sur les questions migratoires, il s'agit de questionner la place de la mémoire de la colonisation, et de la guerre d'Algérie en particulier, dans l'histoire générale de l'immigration en France. En quoi ces mémoires traduisent elles les fractures et les impensés de la société française ? Une rencontre entre le penseur des "Lieux de mémoire" et l'historien spécialiste de la mémoire liée à la guerre d'Algérie. Pierre Nora, historien, membre de l'Académie française Benjamin Stora, historien. Auteur récemment chez Bayard de Retours d'histoire
« Un passé peut en cacher un autre. On sait, et cela éclaire en partie mon parcours d'historien, que je suis né dans une famille juive d'Algérie. Sans nul doute, la blessure de l'exil, l'attachement à mon enfance, le traumatisme de la guerre vécue entre 1955 et 1962 ont-ils favorisé cette longue recherche sur l'histoire algérienne, commencée dans les années 1970. Mais il est une autre origine qui éclaire ce parcours, celle de mon engagement politique. Rares sont ceux qui savent à quel point le militantisme a occupé une vie antérieure, et ce texte va surprendre. » Benjamin Stora est beaucoup plus connu en effet pour ses nombreux travaux sur l'Algérie et le Maghreb que pour son itinéraire de militant trotskiste à l'OCI. Dans ce livre personnel, attachant et rigoureux, où il tient à la fois le rôle du témoin et celui de l'historien, il rompt un long silence. Révélant des faits ignorés, il brosse quelques portraits surprenants et restitue, sans illusions ni reniement, ce mélange de passion politique et d'aveuglement dogmatique, de générosité et d'intolérance, de dévouement et de violence qui a caractérisé cette aventure collective. Celle de militants fascinés par le passé, celui d'octobre 1917 en particulier, qui cherchaient leur avenir entre réforme et révolution.
Peut-on raconter autrement l'histoire de la guerre d'Algérie ? L'ambition de ce livre est de rapporter, en se fondant sur toutes les sources possibles et en particulier sur des documents inédits ou difficilement accessibles, un récit de cette guerre telle qu'elle a été vue, vécue et relatée par les Algériens, et en premier lieu par les combattants indépendantistes. Ce second volume, qui s'ouvre avec l'assassinat d'Abane Ramdane par les autres chefs du FLN, au lendemain de la bataille d'Alger, et va jusqu'à l'indépendance et les implacables luttes pour le pouvoir qu'elle entraîne, confirme que, sous ce regard neuf, la plupart des aspects du conflit prennent un tour totalement différent. Le temps de la politique et des négociations en vue de mettre un terme au conflit, quand l'aspect militaire du combat devient peu à peu moins essentiel, sera en effet aussi celui de profonds bouleversements, ignorés du côté français, au sein du FLN. Des bouleversements provoquant des affrontements dont les premiers bénéficiaires seront Ahmed Ben Bella et Houari Boumediene au cours de l'été 1962, mais dont les conséquences se font sentir jusqu'à aujourd'hui.
Peut-on raconter autrement l'histoire de la guerre d'Algérie ? L'ambition de ce livre est de rapporter, en se fondant sur toutes les sources possibles et en particulier sur des documents inédits ou difficilement accessibles, un récit de cette guerre telle qu'elle a été vue, vécue et relatée par les Algériens, et en premier lieu par les combattants indépendantistes. Ce second volume, qui s'ouvre avec l'assassinat d'Abane Ramdane par les autres chefs du FLN, au lendemain de la bataille d'Alger, et va jusqu'à l'indépendance et les implacables luttes pour le pouvoir qu'elle entraîne, confirme que, sous ce regard neuf, la plupart des aspects du conflit prennent un tour totalement différent. Le temps de la politique et des négociations en vue de mettre un terme au conflit, quand l'aspect militaire du combat devient peu à peu moins essentiel, sera en effet aussi celui de profonds bouleversements, ignorés du côté français, au sein du FLN. Des bouleversements provoquant des affrontements dont les premiers bénéficiaires seront Ahmed Ben Bella et Houari Boumediene au cours de l'été 1962, mais dont les conséquences se font sentir jusqu'à aujourd'hui.
Comment se construit l'imaginaire de la guerre, à travers, notamment, sa rerésentation au cinéma.
« Comment a-t-on pu atteindre un tel niveau de déliquescence, cinquante ans après, du "soleil" de 68 au crépuscule du PS ? » se demande Benjamin Stora. De cette question est né ce livre, écrit en témoin et historien. Stora appartient en effet à ce courant de l'après-68 qui, après s'être engagé dans l'extrême gauche trotskiste, est entré au Parti socialiste. Il revient sur cette histoire à travers la sienne : l'engagement révolutionnaire vécu comme une libération en arrivant d'Algérie, puis l'entrée au PS, en 1986, avec l'illusion d'y poursuivre les mêmes batailles politiques. Un drame familial l'éloignera finalement du militantisme. Benjamin Stora porte un regard lucide sur ce qu'il n'a pas toujours vu en temps et en heure : les erreurs ou les dérives de certains. Cet examen de parcours est ponctué de rencontres, avec Jospin, Cambadélis ou Mélenchon. Au-delà des souvenirs et des anecdotes surprenantes, ce livre offre une analyse éclairante sur la façon dont le Parti socialiste a d'abord « absorbé » les aspirations de 68 à changer la vie, avant de les étouffer. Pour finir lui-même à bout de souffle.
Lorsque la mère de Benjamin Stora est décédée en 2000, il a découvert, au fond du tiroir de sa table de nuit, les clés de leur appartement de Constantine, quitté en 1962. Ces clés retrouvées ouvrent aussi les portes de la mémoire. La guerre est un bruit de fond qui s'amplifie soudain. Quand, en août 1955, des soldats installent une mitrailleuse dans la chambre du petit Stora pour tirer sur des Algériens qui s'enfuient en contrebas, il a quatre ans et demi et ne comprend pas. Quelques années plus tard, quand ses parents parlent à voix basse, il entend les craintes et l'idée du départ. Mais ses souvenirs sont aussi joyeux, visuels, colorés, sensuels. Il raconte la douceur du hammam au milieu des femmes, les départs à la plage en été, le cinéma du quartier où passaient les westerns américains, la saveur des plats et le bonheur des fêtes. Ces scènes, ces images révèlent les relations entre les différentes communautés, à la fois proches et séparées. Entre l'arabe quotidien de la mère et le français du père, la blonde institutrice de l'école publique et les rabbins de l'école talmudique, la clameur des rues juives et l'attirante modernité du quartier européen, une histoire se lit dans l'épaisseur du vécu. Benjamin Stora a écrit là son livre le plus intime. À travers le regard d'un enfant devenu historien, il restitue avec émotion un monde perdu, celui des juifs d'Algérie, fous de la République et épris d'Orient.
Fidèle à une approche hybride, dans laquelle l'expérience personnelle et les observations enrichissent l'analyse historique, Benjamin Stora revient ici sur les séjours qu'il fit, de 1995 à 2002, successivement au Viêt Nam, en Algérie et au Maroc. Trois longs voyages dans ces pays devenus indépendants qui ont connu, chacun à sa manière, le système colonial français. Il raconte le silence le soir sur Hanoï comme un renvoi lointain au couvre-feu, les ùtraces de guerre dans les paysages et les ombres diffuses laissées par le passé. Il décrit l'Algérie de 1998, émergeant des horreurs de la guerre civile, les traumatismes, les oublis et la nouvelle génération qui s'ébroue. Il dépeint le Maroc au début du règne de Mohammed VI, un pays saturé d'histoire, qui bouge lentement et où une jeunesse, en mal d'avenir, regarde ailleurs. Passant de l'analyse comparative au diagnostic politique, de la rencontre avec quelques personnages clés à l'étude des images et des films, l'histoire écrite par Benjamin Stora est tout à la fois intellectuelle, sensible et visuelle. C'est une histoire vive qui puise à de multiples sources et éclaire, aussi, ce qui se passe dans notre propre pays. Un quatrième voyage, d'ailleurs, ramène l'historien en France où il constate, et regrette, que la question postcoloniale soit si largement ignorée. Ni le passé colonial, ni celui des minorités ne sont en effet intégrés dans le récit national républicain. Quant à la mémoire franco-algérienne, 50 ans après l'indépendance, elle demeure conflictuelle.
La révolution démocratique et sociale qui surgit aujourd'hui dans le monde arabe et, plus largement, dans le monde musulman, est à la fois une bonne nouvelle et un événement historique et international majeur. Ce « 89 » arabe, qui évoque tout autant le 1989 européen de la chute du mur de Berlin que le 1789 de la Révolution française, ébranle en profondeur les sociétés et touche également les pays européens, dont la France. L'analyser, l'expliquer, en évaluer la portée, est la raison d'être de ce dialogue entre un journaliste, Edwy Plenel, et un historien, Benjamin Stora. La confrontation entre les interrogations du présent, dont témoigne le premier, et la connaissance du passé, que détient le second, est particulièrement éclairante. Elle permet de saisir à la fois ce qu'il y a d'imprévisible, d'inventif, d'inédit dans le soulèvement des peuples et les faits oubliés ou les expériences meurtries dont il est pétri. Au-delà de leurs métiers et intérêts respectifs, une longue complicité amicale et intellectuelle rapproche les auteurs et anime leur conversation. Elle est liée à des parcours sinon communs, du moins voisins. Benjamin Stora est né en Algérie, qu'il a dû quitter en 1962, tandis que Edwy Plenel y a vécu après l'indépendance. Tous deux ont placé la question coloniale, l'actualité de son passé et la critique de ses héritages au coeur d'engagements de jeunesse qu'ils ne renient pas et qui ont en partie faits ce qu'ils sont devenus. Tous deux sont concernés, informés et leur souci de comprendre est aussi l'expression d'une vive empathie envers ces révolutions porteuses d'espérance.
L?immigration est devenue en France un objet essentiel de controverse politique. Cet ouvrage, dirigé par Benjamin Stora et Émile Temime, rassemble les contributions de quatorze des meilleurs spécialistes des questions migratoires. Il présente l?état de la recherche aujourd?hui, selon trois grandes parties : les politiques de l?immigration, les problèmes économiques et sociaux rencontrés par les immigrés et enfin les représentations de l?immigration. La succession des statuts, lois et décrets définissant la place des étrangers n?a cessé de scander les politiques suivies, ne permettant pas toujours d?accueillir dignement les immigrés. La place croissante des femmes dans l?immigration, l?accélération des migrations du travail, la mondialisation du marché ont profondément transformé, en France comme en Europe, les flux et les modalités des mouvements migratoires. En ce début du XXIe siècle, les notions comme « intégration » ou « assimilation » sont remises en question. Ces débats révèlent les tensions entre modèle républicain français et dérives communautaires, réelles ou supposées.
L'idée de ce livre est née un matin de novembre 2004, quand Benjamin Stora, accompagné de son fils, s'est rendu pour la première fois à Khenchela, petite ville de l'est algérien d'où vient sa famille paternelle. Voyageant entre mémoire et histoire, quête personnelle et enquête historique, sources privées et archives inexplorées, il reconstitue les trois exils qui ont marqué le destin des Juifs d'Algérie. En moins d'un siècle en effet, ils sont sortis par trois fois de ce qui était jusque-là leur univers familier. Il se sont éloignés de la vie juive en terre d'islam quand le décret Crémieux de 1870, faisant d'eux des citoyens français, les a mis sur la voie de l'assimilation. Ils ont été rejetés hors de la communauté française de 1940 à 1943 avec les lois de Vichy. Et ils ont quitté les rives algériennes avec l'exode de 1962. A travers cet essai historique sensible et rigoureux, enrichi de documents inédits, on découvre l'originalité de ce judaïsme algérien à la fois passionnément attaché à la République française et profondément pétri de traditions religieuses, mais aussi la complexité et les ambiguïtés des relations entre Juifs et Musulmans.
Loin de leur pays natal transformé en ghetto colonial, c'est la liberté qu'ils venaient chercher en France. L'Algérie, ils la rêvaient indépendante. Mais c'est dans les cafés-hôtels de l'exil qu'ils allaient créer les premières organisations nationalistes des années trente. Vint la guerre clandestine du FLN en France, combat contre les autorités françaises mais aussi lutte secrète et féroce pour le contrôle de la communauté immigrée qu'encadrait encore le Mouvement national algérien de Messali Hadj. 1962, l'indépendance. Ecartés par le FLN, les dirigeants de sa fédération de France goûtent le fruit amer des espoirs déçus. Libre, l'Algérie devait nourrir tous ses fils et mettre fin à leur exil. Mais le destin en décide autrement: au lieu de disparaître, l'immigration s'installe. Ils venaient d'Algérie, ils resteront en France. Les jeunes Maghrébins des années quatre-vingt s'interrogent: comment s'intégrer dans la société française sans renier leurs racines? Parce qu'il fait revivre l'histoire si mal connue de la communauté algérienne en France, parce qu'il rappelle que son passé ne la rend guère sensible aux sirènes de l'intégrisme islamique, ce livre se veut une réponse à ceux qui cherchent à situer la " crise des banlieues " et les événements actuels d'Algérie dans leur vraie dimension. Auteur de plusieurs ouvrages sur le nationalisme algérien et la guerre d'Algérie, Benjamin Stora a notamment conçu Les Années algériennes, la série d'émissions diffusées en octobre 1991 par Antenne 2.
Dans cet ouvrage poignant et personnel, Benjamin Stora traverse l'histoire de l'Algérie en mêlant grande Histoire et mémoire intime : récit d'enfance à Constantine, exil familial en 1962, et longue quête d'une vérité partagée sur la colonisation et la guerre d'indépendance. À la fois témoin et historien, il éclaire les conflits de mémoire - pieds-noirs, harkis, immigrés, Juifs d'Algérie - et montre comment ces blessures façonnent encore les sociétés algérienne et française. Le ton alterne témoignage autobiographique, enquête historique rigoureuse et plaidoyer pour la réconciliation par la connaissance. Ouvrage d'un « acteur-chercheur », il s'adresse autant au grand public qu'aux spécialistes : une invitation à comprendre l'Algérie à travers une trajectoire de vie qui parle aux deux rives de la Méditerranée. En abordant les identités hybrides, les parcours d'assimilation et les quêtes de soi, son récit prend une dimension à la fois intime et universelle. Claude Colombini Frémeaux Frémeaux & Associés et la Grande Mosquée de Paris s'associent afin de faire connaître l'histoire, la philosophie, les cultures et les savoirs du monde musulman. Partie 1 : Constantine berbère, ottomane, continentale, judéo-musulmane o Les premiers temps de la guerre o L'impensé de l'Indépendance o L'assimilation française o Études et militantisme o Soutien intellectuel et militant au MNA ou au FNL o Histoire délaissée de l'Algérie... Partie 2 : A la recherche de l'identité de la nation algérienne o La décennie sanglante o Les femmes prennent la plume o Focale vietnamienne, analogies et inspirations o Algérie-Maroc, contrastes et proximité o Sociétés coloniales et rivalités : la question du Sahara occidental... Partie 3 : Guerre des images et censures o Travaux documentaires et guerre de mémoire o Poids des héritages et identités hybrides o Critique et réception du rapport o La triade de l'histoire, de la mémoire et de la politique o Un immense chantier mémoriel à mettre en oeuvre...
Peut-on raconter autrement l'histoire de la guerre d'Algérie ? L'ambition de ce livre : rapporter, à partir de toutes les sources possibles, un récit, lisible par tous, de cette guerre telle qu'elle a été vue, vécue et relatée par les Algériens, et en premier lieu par les militants et combattants indépendantistes. Comme l'aurait fait, en historien, un hypothétique envoyé spécial français de l'autre côté de la "ligne de front" pendant le conflit. Ce changement de perspective permet de jeter un regard neuf sur ce qu'on appelle généralement, du côté algérien, la guerre d'indépendance, la guerre de libération nationale ou la Révolution. Qu'il s'agisse des dates essentielles, du nombre des victimes, du déroulement des batailles, du comportement des populations civiles, des rapports entre Européens et Algériens, de l'utilisation de la violence ou de la torture, des objectifs de la lutte ou, bien sûr, des "héros", tous les aspects du conflit, et notamment les plus tragiques, prennent un jour totalement différent, et très instructif, dès qu'on le considère à partir de ce seul point de vue. Ce qui permet aussi d'éclairer d'un jour nouveau le destin contemporain de l'Algérie.
Avec le passage des générations, les enfants d'immigrés s'intègrent pleinement à la société française. Et pourtant, des pans entiers de cette dernière continuent à rejeter les étrangers et les Français d'origine étrangère, comme en témoigne notamment l'audience durable du discours xénophobe des partis de MM. Le Pen et Mégret. Les explications ne manquent pas : chômage, « fracture sociale », discrédit de la classe politique, crainte d'une Europe « supranationale »... Mais dans les autres pays européens, où ces facteurs sont également présents, on n'a pas assisté à la consolidation de ce que certains ont pu appeler un « apartheid à la française », en particulier dans le Sud de la France. Pour Benjamin Stora, cette spécificité s'explique d'abord par la prégnance, depuis la fin de la guerre d'Algérie, des représentations du racisme colonial, anti-arabe et antimusulman, reprises à leur compte par les dirigeants du FN. En analysant dans ce livre un étonnant florilège de leurs déclarations sur le sujet, il montre comment celles-ci s'inscrivent dans une mémoire mythifiée de la colonisation de l'Algérie et de la guerre qui y a mis fin. Du discours des colons « ultras » à celui de l'OAS puis du Front national et du Mouvement national aujourd'hui, c'est un étrange « sudisme » à la française que révèle Benjamin Stora : une idéologie qui fait directement référence à celle des colons américains - esprit pionnier et conquête des grands espaces, mais aussi esclavagisme et relégation des « indigènes ». Une idéologie d'exclusion qui trouve une audience d'autant plus large qu'elle se nourrit des diverses « mémoires communautaires » constituées autour du souvenir de la colonisation et de la guerre d'Algérie, dans le déni et l'occultation de leurs pages les plus noires.
La France n'en a pas fini avec son passé colonial. Il a imprégné les imaginaires et a constitué un socle idéologique sur lequel le Front national s'est construit. C'est ce Transfert d'une mémoire, de l'Algérie coloniale vers la métropole, qu'avait décrit Benjamin Stora en 1999. Cet ouvrage analysait déjà les raisons historiques pour lesquelles les questions difficiles de l'immigration ou de l'Islam en France seraient au coeur du débat public.C'était également le sujet du roman d'Alexis Jenni, L'Art français de la guerre. Un dialogue inédit entre l'historien et l'écrivain permet ici d'éclairer la nature de cet imaginaire colonial et son actualité, dans une France secouée par les grands défis qui surgissent après le « Choc de janvier 2015 ».Face aux crispations identitaires, cet échange passionnant invite à mener une bataille culturelle décisive pour sortir de la violence des mémoires et à affronter enfin, par une prise en compte sereine de l'Histoire, les enjeux du présent.
Depuis les premiers liens entre les tribus juives d'Arabie et le Prophète Muhammad jusqu'aux récents conflits du Proche-Orient, en passant par les civilisations de Bagdad et de Cordoue, sans oublier l'Empire ottoman, le monde perse et même l'espace européen, les relations tour à tour fécondes ou tumultueuses entre juifs et musulmans sont ici exposées et analysées en toute impartialité. Quelque cent vingt auteurs de tous les pays ont participé à cette encyclopédie unique en son genre, dans un esprit d'interdisciplinarité qui permet de rendre compte des multiples facettes du sujet. Les difficultés du temps présent se trouvent ainsi réinterprétées à la lumière d'une histoire resituée dans la longue durée. Un ouvrage de référence richement illustré, à la fois clair et accessible, qui constitue un outil précieux pour une meilleure compréhension entre les cultures.
L'affaire de l'exposition sur Camus, prévue à Aix-en-Provence pour le centième anniversaire de sa naissance en novembre 2013, a fait scandale. Sollicité pour la concevoir, ce qu' il fit avec Jean-Baptiste Péretié, Benjamin Stora fut ensuite brutalement évincé et remplacé par Michel Onfray, qui accepta puis finit par renoncer. Au-delà de la polémique, cette affaire est symptomatique et révèle combien les questions soulevées par l'auteur de L' Étranger restent extrêmement sensibles et provoquent des tensions toujours vives. C'est évidemment le cas de la question coloniale et de l'ombre portée de la guerre d'Algérie dans la société française d'aujourd'hui. Nombreux sont ceux qui voudraient annexer Camus, le lire de façon univoque, l'enrôler dans leur combat politique, notamment à l'extrême droite. Peine perdue, la complexité de cet homme entre deux rives ne saurait être réduite à une cause ou une identité. Dans ce texte vif et précis, Benjamin Stora et Jean- Baptiste Péretié dénoncent ces tentatives de captation multiples. Ils montrent aussi combien la position de l'écrivain pendant la guerre d'indépendance fait encore polémique en Algérie. Camus est toujours brûlant.
Le talent de Benjamin Stora nous fait vivre ces dernières cruciales en un récit âcre et mélancolique, mélange d'immaturité et d'inaccompli pour les européens d'Algérie, de rage et d'espoir pour les colonisés.Le maire d'Alger - Jacques Chevallier porté au pouvoir par les partisans de l'Algérie française - finira, dans la guerre, par reconnaître l'existence d'une Algérie algérienne. Le leader Krim Belkacem tient le maquis en Kabylie depuis plusieurs années et ne sait pas encore que la guerre sera si longue et si cruelle. Des Européens d'Oran vivent leurs derniers moments d'insouciance et des paysans algériens, qui semblent oubliés de tous, n'imaginent pas leur rôle si important dans le conflit qui s'ouvre.
Harkis, pieds-noirs, descendants d'esclaves ou petits-enfants de colonisés... la guerre des mémoires enfle. Dans un dialogue avec le journaliste Thierry Leclère, l'historien Benjamin Stora décode cette formidable foire d'empoigne, riche de passions, de douleurs enfouies et d'arrière-pensées politiques. Qu'est-ce qu'être Français, aujourd'hui ? Un débat du présent, qui concerne chacun d'entre nous car il interroge le nouveau visage de la France.
Il y a cinquante ans, le général de Gaulle proposait l'autodétermination à l'Algérie. Ce livre lève le voile sur une page décisive de l'Histoire. Autour de la figure du général de Gaulle durant la guerre d'Algérie se sont cristallisées bien des passions et des haines. Et le mystère de ses positions équivoques, de ses indéterminations et de ses silences, puis de sa décision finale pour l'autodétermination algérienne continuent aujourd'hui encore d'interroger et d'opposer les historiens. Quand de Gaulle assume une fois de plus les pouvoirs de la République, en mai 1958, et forme un nouveau gouvernement, l'Algérie est à feu et à sang depuis cinq ans. Et il semble bien être le seul à pouvoir tirer la France de ce bourbier. Mais choisira-t-il l'indépendance ou la fermeté ? Après avoir prononcé le slogan " Vive l'Algérie française " à Mostaganem, puis le fameux " Je vous ai compris " à Alger, il suscite de grands espoirs parmi les Algériens français. Aussi, le 16 septembre 1959, son discours télévisé créé la stupeur : il lève l'ambiguïté grandissante de son attitude face au conflit et lâche le mot tabou d'" Autodétermination "... Un basculement décisif, le rejet de " l'intégration " : le chef de l'État offre aux Algériens le choix entre l'association et la sécession. Et c'est donc la volonté de la population musulmane, très largement majoritaire, qui l'emportera. Les partisans de l'Algérie française crient aussitôt à la trahison... et c'est le début de l'affrontement. Ce choix pour l'autodétermination a-t-il relevé d'une mûre réflexion, après bien des hésitations, ou d'une décision secrète prise de longue date ? En analysant de très nombreux témoignages, souvent contradictoires, en mettant en perspective les événements politiques, sociaux et culturels précédant le discours du 16 septembre 1959, Benjamin Stora tente de cerner les raisons profondes qui ont présidé à cette décision finale.
Une enquête passionnante sur le dernier tabou du mitterrandisme1er novembre 1954, l'Algérie s'embrase. En tant que ministre de l'Intérieur, François Mitterrand se retrouve au coeur de la tourmente. Pas question pour lui, ni d'ailleurs pour la majeure partie de la classe politique, d'envisager l'indépendance de ces départements français. Il tente en revanche d'imposer des réformes sociales. Devenu ministre de la Justice du gouvernement socialiste de Guy Mollet, il reste un homme d'ordre, fidèle à la politique répressive qui s'installe. La guillotine en devient une des armes. Quand François Mitterrand quitte la place Vendôme à la fin du mois de mai 1957, quarante-cinq condamnés à
Guerre d'indépendance, conflits de mémoire et séquelles postcoloniales, guerre civile algérienne, luttes intestines... des deux côtés de la Méditerranée les effets des combats n'en finissent pas, comme les répliques des tremblements de terre. Les rapports entre l'Algérie et la France sont ensanglantés, passionnés, obsédants, durablement marqués par une conflictuelle proximité. À distance des passions partisanes, froide par méthode, l'histoire de ces relations tourmentées s'écrit néanmoins à chaud et l'exercice est parfois périlleux. Un jour de juin 1995, Benjamin Stora reçoit des menaces et un petit cercueil en bois dans une grande enveloppe beige... Entre étude historique et témoignage personnel, ce livre singulier, jalonné par des rencontres avec quelques personnages clés, associe une réflexion sur l'écriture de l'histoire et l'engagement de l'historien à une analyse profondément originale des rapports entre la France et l'Algérie.