Antonin Artaud
Antonin Artaud
1947, Paris. Antonin Artaud, sorti de l’asile, écrit en deux jours un texte fulgurant : Van Gogh le suicidé de la société. Ni essai ni pamphlet, mais un cri de révolte contre la psychiatrie et un hommage vibrant à Vincent, son frère en souffrance.
Entre mythe, histoire et littérature, Artaud s'empare ici de la vie d'Héliogabale d'Émèse, grand prêtre païen adorateur du Soleil et empereur anarchiste en son empire, qui vécut au IIIe siècle d'une Rome intensément déliquescente et fit de son pouvoir "de la poésie réalisée". Extrait: "S'il y a autour du cadavre d'Héliogabale, mort sans tombeau, et égorgé par sa police dans les latrines de son palais, une intense circulation de sang et d'excréments, il y a autour de son berceau une intense circulation de sperme. Héliogabale est né à une époque où tout le monde couchait avec tout le monde; et on ne saura jamais où ni par qui sa mère a été réellement fécondée. Pour un prince syrien comme lui, la filiation se fait par les mères; - et, en fait de mères, il y a autour de ce fils de cocher, nouveau-né, une pléiade de Julies - et qu'elles exercent ou non sur le trône, toutes ces Julies sont de hautes grues." Pour J.M.G. Le Clézio, "Qui n'a pas lu 'Héliogabale' n'a pas touché le fond même de notre littérature sauvage."
Dernière œuvre fulgurante d'Antonin Artaud, Pour en finir avec le jugement de dieu est un manifeste radiophonique censuré en 1948 pour son audace.
Et si la folie n’était qu’une lucidité trop vive pour son époque ? Dans Van Gogh le suicidé de la société, Antonin Artaud dénonce avec une verve incandescente le meurtre symbolique de Van Gogh par une société incapable de supporter son génie.
Jamais, quand c'est la vie elle-même qui s'en va, on n'a autant parlé de civilisation et de culture. Et il y a un étrange parallélisme entre cet effondrement généralisé de la vie qui est à la base de la démoralisation actuelle et le souci d'une culture qui n'a jamais coïncidé avec la vie, et qui est faite pour régenter la vie. Avant d'en revenir à la culture je considère que le monde a faim, et qu'il ne se soucie pas de la culture : et que c'est artificiellement que l'on veut ramener vers la culture des pensées qui ne sont tournées que vers la faim. À PROPOS DE L'AUTEUR Antonin Artaud, né le 4 septembre 1896 à Marseille et mort le 4 mars 1948 à Ivry-sur-Seine, est un théoricien du théâtre, acteur, écrivain, essayiste, dessinateur et poète français. La poésie, la mise en scène, la drogue, les pèlerinages, le dessin et la radio, chacune de ces activités a été un outil entre ses mains, « un moyen pour atteindre un peu de la réalité qui le fuit ». Toute sa vie, il a lutté contre des douleurs physiques, diagnostiquées comme issues de syphilis héréditaire, avec des médicaments, des drogues. Cette omniprésence de la douleur influe sur ses relations comme sur sa création. Il subit aussi des séries d'électrochocs lors d'internements successifs, et il passe les dernières années de sa vie dans des hôpitaux psychiatriques, notamment celui de Rodez. Si ses déséquilibres mentaux ont rendu ses relations humaines difficiles, ils ont aussi contribué à alimenter sa création. Il y a d'un côté ses textes « fous de Rodez et de la fin de sa vie », de l'autre, selon Évelyne Grossmann, les textes fulgurants de ses débuts.
Plongez dans l’univers tourmenté et visionnaire d’Antonin Artaud avec L’Ombilic des limbes, recueil de poèmes en prose où la souffrance et la quête d’absolu se mêlent à une écriture hermétique et fulgurante.
Et si le théâtre pouvait tout changer ? Le Théâtre et son double d’Antonin Artaud, publié en 1938, est un manifeste explosif qui redéfinit l’art dramatique comme une expérience sacrée et sensorielle.
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"J'ai appris hier (il faut croire que je retarde, ou peut-être n est-ce qu'un faux bruit, l'un de ces sales ragots comme il s'en colporte entre évier et latrines à l'heure de la mise aux baquets des repas une fois de plus ingurgités), j'ai appris hier l'une des pratiques officielles les plus sensationnelles des écoles publiques américaines et qui font sans doute que ce pays se croit à la tête du progrès." Cette version du texte radiophonique de Antonin Artaud est livrée dans une mise en page classique mettant en valeur la puissance évocatrice de son texte.
À la fin de l'été 1936, Antonin Artaud rencontre au Mexique, dans les gorges escarpées de la sierra Madre occidentale, un peuple "étrange" et isolé de paysans philosophes, les Tarahumaras. Ils ne se déplacent qu'en courant pieds nus, infatigables, sur des sentiers vertigineux et vivent "comme les premiers hommes", en dehors de la civilisation, animés tous d'un "sentiment de solidarité spontanée". Ils l'initieront au rituel d'un cactus hallucinatoire, le peyotl. Sa vie et son oeuvre en seront bouleversées.
"Je vois à l'heure où j'écris ces lignes, le visage rouge sanglant du peintre venir à moi, dans une muraille de tournesols éventrés, dans un formidable embrasement d'escarbilles d'hyacinthe opaque et d'herbages de lapis-lazuli. Tout cela, au milieu d'un bombardement comme météorique d'atomes qui se feraient voir grain à grain, preuve que Van Gogh a pensé ses toiles comme un peintre, certes, et uniquement comme un peintre, mais qui serait, par le fait même, un formidable musicien." Dans Van Gogh le suicidé de la société, publié en 1947, quelques mois avant sa mort, Antonin Artaud rend au peintre un éblouissant hommage. Non, Van Gogh n'était pas fou, martèle-t-il, ou alors il l'était au sens de cette authentique aliénation dont la société et les psychiatres ne veulent rien savoir.
"Je vois à l'heure où j'écris ces lignes, le visage rouge sanglant du peintre venir à moi, dans une muraille de tournesols éventrés, dans un formidable embrasement d'escarbilles d'hyacinthe opaque et d'herbages de lapis-lazuli. Tout cela, au milieu d'un bombardement comme météorique d'atomes qui se feraient voir grain à grain, preuve que Van Gogh a pensé ses toiles comme un peintre, certes, et uniquement comme un peintre, mais qui serait, par le fait même, un formidable musicien." Dans Van Gogh le suicidé de la société, publié en 1947, quelques mois avant sa mort, Antonin Artaud rend au peintre un éblouissant hommage. Non, Van Gogh n'était pas fou, martèle-t-il, ou alors il l'était au sens de cette authentique aliénation dont la société et les psychiatres ne veulent rien savoir.
Texte visionnaire, charge hallucinée contre une psychiatrie qui « a créé de toutes pièces la maladie pour se donner une raison d'être », le Van Gogh d'Antonin Artaud nous offre aussi une lecture saisissante des plus célèbres tableaux de l'artiste, dont les autoportraits, « Le fauteuil de Gauguin » et le « Champ de blé aux corbeaux », en même temps qu'une méditation sur le geste même de peindre. Il est suivi comme en écho d'un poème tragique, écrit la même année 1947, dans lequel Artaud raconte pourquoi le dessin est devenu pour lui « la recherche d'un monde perdu et que nulle langue humaine n'intègre ».
Transformer le théâtre, c'est aussi révolutionner notre vie. Publié en 1938, alors qu'il vient d'être interné, Le Théâtre et son double est un recueil de conférences, articles et lettres dans lequel Artaud entend "briser le langage pour toucher la vie". Il y développe notamment, en deux célèbres manifestes, son concept de "théâtre de la cruauté". Il y défend la dimension sacrée du théâtre, la prééminence du langage du corps sur le texte, et accorde au metteur en scène ("maître de cérémonies sacrées") plus d'importance qu'à l'auteur. Il y montre aussi que le théâtre est comme une seconde réalité, une "réalité virtuelle". Avec une préface de Pacôme Thiellement.
Dernier recueil de textes composé par Antonin Artaud peu avant sa mort, Suppôts et Suppliciations rassemble des éléments apparemment disparates : des poèmes, des récits de rêves, un essai sur Lautréamont, un commentaire de dessin et des lettres. Comme le souligne Évelyne Grossman, 'il faut immédiatement renoncer à chercher dans ce recueil une "unité" quelconque de lieu, de temps ou d'action, sur le modèle de la dramaturgie classique. Car Suppôts et Suppliciations est bien un drame, dans tous les sens du terme, la dramaturgie d'un cri de douleur et de révolte qu'Artaud met une dernière fois en scène dans ces pages éblouissantes. Le livre est composé de trois parties (entendons, trois actes au sens théâtral du terme) : Fragmentations, Lettres, Interjections. Au centre du volume, les lettres envoyées à quantité d'interlocuteurs constituent ce qu'Artaud appelle "le pont d'une correspondance vraie". Elles dessinent la scène centrale sur laquelle se dresse "l'homme acteur", lui Antonin Artaud, qu'on veut empêcher d'être Dieu, d'incarner le corps infini de la création, lui qui inlassablement hurle son refus de la mort, sa haine d'une anatomie où il étouffe, son exécration d'une société qui chaque jour le dévore. Le 13 mars 1946, il écrit à Henri Thomas : "Cet appel est celui d'un poète qui vent aimer les coeurs qui ont bien voulu lui faire l'honneur de l'écouter et de l'entendre, et qui veut par toutes les projections de son souffle leur donner lieu de respirer dans ce monde d'asphyxiés."
L'histoire des Cenci - viol, inceste et mort - avait tout pour satisfaire le goût des romantiques, de Shelley à Stendhal, pour l'horrible et le monstrueux. Quand Artaud s'en empara à son tour pour enrichir ce qui aurait pu n'être qu'un atroce fait divers d'intentions philosophiques, elle lui permit de développer des thèmes chers : la révolte, le déchaînement des pulsions, l'abjection des puissants, la quête de l'absolu. Il en fit, en 1935, un spectacle ambitieux pour lequel il sut s'entourer d'artistes promis au plus bel avenir : Balthus, Blin, Barrault. Malgré le peu de moyens, il réussit à innover dans des domaines essentiels de la mise en scène et ouvrit la scène à un imaginaire libéré de toute sujétion au réel.
L'histoire des Cenci - viol, inceste et mort - avait tout pour satisfaire le goût des romantiques, de Shelley à Stendhal, pour l'horrible et le monstrueux. Quand Artaud s'en empara à son tour pour enrichir ce qui aurait pu n'être qu'un atroce fait divers d'intentions philosophiques, elle lui permit de développer des thèmes chers : la révolte, le déchaînement des pulsions, l'abjection des puissants, la quête de l'absolu. Il en fit, en 1935, un spectacle ambitieux pour lequel il sut s'entourer d'artistes promis au plus bel avenir : Balthus, Blin, Barrault. Malgré le peu de moyens, il réussit à innover dans des domaines essentiels de la mise en scène et ouvrit la scène à un imaginaire libéré de toute sujétion au réel.
Le 30 septembre 1937, Antonin Artaud, expulsé d'Irlande, est "débarqué" au Havre. Quelques jours plus tard, il est transféré à l'asile départemental d'aliénés de Seine-Maritime de Sotteville-lès-Rouen, dans le quartier hommes de Quatre-Mares. Les lettres qu'il rédige alors décrivent avec acuité le vécu d'angoisse et de désespoir d'un aliéné, masquant son identité sous des noms d'emprunt pour manifester toutes ses récriminations avec une énergie hors du commun qui le caractérisera tout au long de sa vie. Il est ensuite placé à Paris, à l'hôpital Sainte-Anne, le 1er avril 1938 ; il y demeurera jusqu'au 27 février 1939. Les lettres présentées confirment l'état pathologique d'Artaud, son obsession : sortir de ces lieux. Malgré ses conditions de vie et d'enfermement, il ne cesse d'écrire, de dessiner, et réclame sans cesse du papier. Après Sainte-Anne, Antonin Artaud est interné à l'asile de Ville-Évrard, où il demeurera jusqu'au 22 janvier 1943. La quantité et la qualité des documents qui sont présentés sont d'une imposante richesse sur l'état psychologique et physique d'Artaud, avec toujours cet impérieux besoin de s'exprimer malgré la maladie, les privations. Compte tenu de la misère régnant alors dans les asiles, qualifiée d'"extermination douce", et du danger que courait l'artiste, sa famille et ses amis vont réussir à obtenir un nouveau transfert pour l'asile de Paraire, à Rodez, en février 1943. Dans ce volume sont transcrites les lettres, dans leur graphie originale, qu'Artaud a rédigées entre 1937 et 1943. Nombreuses sont celles qui furent retenues par l'administration. À Roger Blin ou à André Gide, à Balthus ou au chancelier Hitler, Artaud lance ses invectives, ses suppliques et ses cris de souffrance. Ces écrits témoignent de la puissance d'une pensée fulgurante, météorique, prophétique, géniale dans ses possibilités d'expression et de création, un réservoir d'énergie inépuisable qui va oeuvrer toute sa vie, pour le conduire dans l'au-delà des rivages de la raison.
Fouiller la moelle ou la langue, jusqu'à mettre les nerfs à vif. Ne jamais rien y expier, mais chercher le néant pour se chercher soi-même. Décomposer les intérieurs de la parole. Et assassiner l'esprit, pour que la vie même se rétracte en un unique point d'une unique durée, et que se déploient seules « la douleur perpétuelle et l'ombre, la nuit de l'âme ».
" Pour en finir avec le jugement de dieu ", est une création radiophonique du poète français Antonin Artaud qui fut enregistrée dans les studios de la radio française entre le 22 et 29 novembre 19471. Cette création radiophonique était une commande de l'Office de radiodiffusion télévision française (ORTF) et fut censurée la veille de sa première diffusion, le 1er février 1948, par le directeur de la Radiodiffusion française. Les textes étaient lus par Maria Casarès, Roger Blin, Paule Thévenin et l'auteur. L'accompagnement était composé de cris, de battements de tambour et de xylophone enregistrés par l'auteur lui-même.
Car ce n'est pas à force de chercher l'infini que Van Gogh est mort, qu'il s'est vu contraint d'étouffer de misère et d'asphyxie, c'est à force de se le voir refuser par la tourbe de tous ceux qui, de son vivant même, croyaient détenir l'infini contre lui
À l'occasion de la rétrospective « Vincent Van Gogh » organisée au musée de l'Orangerie en 1947, le galeriste Pierre Loeb suggère à Antonin Artaud décrire un texte sur le peintre. Contestant la thèse soutenue par le Dr Beer dans Du démon de Van Gogh, l'écrivain s'insurge contre le jugement porté par la société sur la santé mentale de ce génie doué d'une lucidité supérieure et accuse ses détracteurs de l'avoir poussé au suicide. Pour étayer sa thèse, Artaud s'appuie sur les tableaux découverts à l'Orangerie. Il précise ses souvenirs en consultant deux livres abondamment illustrés et demande qu'on lui lise des lettres du peintre à son frère Theo. Son analyse inspirée révèle le sens profond et souvent occulté des toiles et des dessins de Van Gogh. Suivi de "Combats esthétiques : Vincent van Gogh", par Octave Mirbeau. Format professionnel électronique © Ink Book édition.
L'Ombilic des limbes d'Antonin Artaud est un recueil fulgurant où poésie, lettres et théâtre s'entremêlent pour révéler l'esprit tourmenté d'un des plus grands auteurs surréalistes.