28/09/2026
L'IA comme instrument littéraire
Une intelligence artificielle au service des lecteurs
Et si Thélyson Orélien était à l’écriture ce que Jean-Michel Jarre était à la musique ? La question dérange peut-être. Elle mérite pourtant d’être posée. Quand une technologie entre dans la création, comment distinguer ce qu’elle enrichit de ce qu’elle remplace ? Et qui décide du moment où un outil devient un instrument artistique ?
Avec Oxygène, sorti en 1976, Jean-Michel Jarre a contribué à populariser la musique électronique. Les synthétiseurs ouvraient de nouvelles possibilités sonores, dont le compositeur faisait la matière de son œuvre. Pourrait-on imaginer une évolution comparable en littérature ? Un écrivain pourrait-il travailler avec une intelligence artificielle tout en conservant une voix personnelle ?
La polémique entourant C’était ça ou mourir, de Thélyson Orélien nous invite cependant à dépasser un cas individuel. Qu’attendons-nous exactement d’un livre et de son auteur ?
Jusqu’où l’utilisation de l’IA nous semble raisonnable ?
Nous acceptons qu’un manuscrit soit relu, corrigé, et parfois profondément retravaillé avec son éditeur. L’écriture publiée résulte souvent d’échanges, même si l’auteur reste seul signataire. Où placer alors la frontière entre une aide acceptable et une délégation qui changerait la nature de l’œuvre ?
Demander à une IA de repérer une répétition semble différent de lui confier un chapitre. Mais que penser d’un dialogue qu’elle propose, puis que l’auteur transforme ? D’une structure narrative suggérée par un logiciel ? D’une description entièrement réécrite après plusieurs essais ? À partir de quel niveau d’intervention considère-t-on que l’écrivain n’est plus pleinement à l’origine de son texte ?
Le parallèle avec la musique devient ici intéressant, mais aussi imparfait. Le synthétiseur permet au musicien de façonner des sons. L’IA générative peut proposer des phrases déjà construites, touchant directement à ce que nous associons au travail littéraire. Choisir parmi ces propositions constitue-t-il une forme d’écriture ? Composer un livre pourrait-il un jour signifier aussi sélectionner, assembler et transformer une matière produite par une machine ?
Notre expérience de la lecture
Ces questions ne concernent pas seulement les auteurs. Elles touchent notre expérience de lecteur. Imaginons un roman qui nous bouleverse. Nous aimons ses personnages, nous soulignons certaines phrases, nous le recommandons. Puis nous apprenons qu’une IA a participé à sa rédaction. Que devient alors notre jugement ?
L’émotion ressentie était réelle. Pourtant, notre regard peut changer. Est-ce parce que nous estimons le travail moins difficile ? Parce que nous nous sentons trompés ? Ou parce que nous pensions rencontrer une personne à travers ses mots ?
L’écriture naît souvent d’une expérience vécue, d’une émotion qui persiste : une rencontre heureuse, un deuil, une peur ou un souvenir d’enfance. L’auteur puise dans ce qui l’a traversé pour nourrir son imagination et donner corps à ses personnages. L’IA générative, elle, peut décrire la joie ou la douleur sans n’avoir connu ni l’une ni l’autre. Elle travaille à partir de récits de l’expérience humaine, sans posséder de vécu personnel. Peut-elle alors donner aux mots la même profondeur ? Sommes-nous sensibles aux seules phrases que nous lisons, ou aussi à ce que nous imaginons derrière elles ?
« faute » avouée est à moitié pardonnée
Et si le premier « crime » d’un livre écrit par l’IA était justement de ne pas le dire ? Au-delà de la qualité du texte, c’est la confiance entre l’auteur et son lecteur qui se joue. Nous pouvons choisir de découvrir une œuvre créée avec une intelligence artificielle, être curieux de l’expérience et même nous laisser émouvoir. Mais notre regard change lorsque nous découvrons après coup qu’une part importante de l’écriture a été déléguée à une machine. Ce qui dérange alors, est-ce l’usage de l’IA ou juste le sentiment d’avoir été trompé ? A ce stade, ne faudrait-il pas préciser le rôle de l’IA : simple aide à la correction, partenaire de réflexion ou générateur de passages entiers. La transparence ne réglerait pas tous les débats, mais elle leur donnerait un point de départ plus honnête.
L’histoire de Jean-Michel Jarre invite à ne pas confondre nouveauté technique et absence de création. Mais elle ne suffit pas à faire de toute utilisation de l’IA une innovation artistique. La différence se trouve peut-être dans l’intention, dans le travail de transformation et dans la singularité du résultat.
L’IA comme prolongement de l’expérience
Chez My Smart Book, nous avons pris un angle différent. Nous considérons que l’œuvre écrite par l’être humain doit rester au cœur de la lecture, avec sa singularité, ses émotions et le regard de son auteur. L’intelligence artificielle peut, quant à elle, ouvrir d’autres chemins dans le texte : proposer un nouvel angle de lecture, éclairer un passage, susciter une question ou explorer une interprétation. Le rôle de notre chatbot conversationnel est d’accompagner le lecteur dans sa rencontre avec l’œuvre, l’aider dans sa compréhension ou le pousser à aller plus loin dans son interprétation. L’œuvre de l’auteur reste au centre des discussions, notre agent permets ainsi aux lecteurs de discuter avec son livre.
C’est cette approche que nous défendons à travers notre vision d’une IA éthique qui respecte la chaîne de valeur de l’édition, au service des œuvres, des éditeurs et des lecteurs. Une IA qui établit un pont entre le livre et celui qui le découvre, nourrit sa curiosité et l’invite à approfondir sa compréhension.
C’est une IA offensive et positive au service des lecteurs et de la lecture.