Yves Berger
Yves Berger
Il y a cent cinquante ans, Frédéric Chopin disparaissait. En trente-neuf années d'une brève existence, il léguait au monde une oeuvre aussi remarquable, par sa richesse mélodique, que par son caractère personnel. Chopin, en effet, avait inventé une musique aux couleurs et aux sonorités toutes nouvelles ; musique du coeur, musique de l'âme, qui jaillissait comme une source bienfaisante et provoquait, chez ceux qui l'écoutaient, la plus vive émotion. De plus, grâce à une virtuosité incomparable, Chopin ouvrait au piano des horizons nouveaux, imposait une technique éblouissante, qui faisait de l'interprète l'égal du compositeur. Au même titre que Mozart, Chopin est un pur génie de la musique, en même temps qu'un novateur. Mais Chopin ne fut pas simplement ce jeune homme romantique que l'on se plaît à décrire ; il fut aussi un personnage plein d'humour, n'hésitant pas, pour divertir ses amis, à faire, à son piano, un véritable "numéro". Il fut aussi un amoureux passionné, qui vécut auprès de George Sand une longue romance. Ce sont toutes les facettes du musicien que Claude Dufresne met en lumière dans son livre, ce sont les recoins secrets de son âme qu'il explore, les richesses de sa personnalité que l'auteur s'efforce de découvrir. Ayant eu, dans sa jeunesse, le privilège de s'entretenir avec le dernier élève survivant de Chopin, c'est donc un portrait inattendu du grand homme, que Claude Dufresne offre à ses lecteurs.
Traduit de l'anglais par Katya Berger-Andreadakis. " Tandis que j'écrivais, j'attendais continuellement tes réactions. Écrire s'apparente pour moi à l'acte de déshabiller, d'amener le lecteur au plus près d'une forme nue. Nous attendions ensemble cette nudité. Nous cherchions à épier ensemble ce qui se cachait derrière le nom des choses. " Un texte poétique à quatre mains, des dessins, des photos. C'est ce qu'ont rassemblé Yves et John Berger pour construire un portrait en creux de l'absente : une élégie.
Un comptable se réfugie la journée dans ses chiffres et la nuit dans un bar où il retrouve depuis dix ans les mêmes amis. Le visage protégé par une écharpe, on ne sait rien de son passé. Pourtant, un soir, il est obligé de se dévoiler. Tous découvrent qu'il a été défiguré. Par qui, par quoi? Il commence à raconter son histoire à ses amis et à quelques habitués présents ce soir-là. Il recommence le soir suivant. Et le soir d'après. Et encore. Chaque fois, les clients du café sont plus nombreux et écoutent son histoire comme s'ils assistaient à un véritable spectacle. Et, lui qui s'accrochait à ses habitudes pour mieux s'oublier, voit ses certitudes se fissurer et son quotidien se dérégler. Il jette un nouveau regard sur sa vie professionnelle et la vie de son immeuble qui semblent tout droit sortis de l'esprit fantasque de ce grand-père qui l'avait jusque-là si bien protégé du traumatisme de son enfance.Léger et aérien en apparence, ce roman déverrouille sans que l'on y prenne garde les portes de la mémoire. On y trouve les Beatles, la vie étroite d'un comptable enfermé dans son bureau, une jolie serveuse, un tunnel de sacs poubelle, des musiciens tziganes, une correspondance d'outre-tombe, un grand-père rêveur et des souvenirs que l'on chasse mais qui reviennent. Un livre sur l'amitié, sur l'histoire et ce que l'on décide d'en faire. Riche des échos de Vian, Gary ou Pérec, lorgnant vers le réalisme magique, le roman d'un homme qui se souvient et survit - et devient l'incarnation d'une nation qui survit aux traumatismes de l'Histoire.
Un comptable solitaire, le visage dissimulé sous une écharpe, brise enfin le silence dans un bar parisien.
Dans une Provence que le Père confond avec l'Amérique au point d'appeler sa fille Virginie, dans une époque qui est la nôtre mais qu'il refuse, au point d'élever ses enfants dans le culte des Indiens d'il y a plus d'un siècle, un étrange drame se joue : le Père campagnard, fidèle à son bogey attelé de la jument Indiana, en proie à l'obsession d'arrêter le temps, de figer le temps dans une éternité exotique, hostile non seulement aux voitures, au progrès, mais à la vie dans son dynamisme même ; le Fils enfin, cadet de Virginie, déchiré entre une fidélité impossible au Père et une attirance impudique vers sa soeur, ne se résolvant à vivre ni dans un attachement morbide au pssé ni dans un lien incestueux avec le présent. Qu'arrivera-t-il ? Le Père terrien réussira-t-il à retenir son fils dans les mirages du Paradis terrestre ? Virginie réussira-t-elle à faire de son frère un adulte ? Yves Berger évoque ici, dans un langage d'une poésie entièrement nouvelle, le passage déchirant de l'enfance à l'âge d'homme. Mais le thème, déjà si riche de résonances, se développe sur d'autres plans : l'opposition de la campagne et de la ville, de la terre-mère et de la femme-soeur, du monde clos et du monde ouvert, de la stagnation et du mouvement. Où est la « vraie vie » ? Dans une participation active, mais impure et tourmentée, à l'existence ? Ou dans la contemplation du temps perdu ? Yves Berger se garde de répondre : c'est au lecteur d'interroger longuement le secret de ces trois êtres, qui s'aiment, se fuient et se retrouvent au terme de leur aventure intérieure. Publié en 1962, prix Fémina, Le Sud a eu un retentissement considérable. Ce livre plein de l'amour de la vieille Amérique, Yves Berger l'écrivit alors qu'il n'avait pas encore fait son premier voyage aux Etats-Unis, qui devait plus tard lui inspirer le célèbre Fou d'Amérique.
L'Attrapeur d'ombres (Shadow Catcher) : un Indien de la tribu des Nez Percés. Peut-être un personnage vivant, peut-être un être de fiction... Partout en Amérique il attend Yves Berger, le guide dans ses voyages, vieux et sans doute immortel, tourné vers le passé où il cherche des ombres, inlassable, et lui-même une ombre qui hante l'auteur du livre. Dans L'Attrapeur d'ombres, il précède, suit, escorte le narrateur de Los Angeles à Salt Lake City, dans la beauté de cinq parcs nationaux d'un Ouest dont l'écrivain ambitionne de faire "la conquête littéraire". On retrouve ici sa prose minérale, sa frénésie d'espace, sa religion incantatoire de la nature, toutes célébrations d'une Amérique particulière, celle d'Yves Berger.
Le dictionnaire obligatoire pour apprendre tout ce qu'il faut savoir sur les Etats-Unis.
Des nouvelles qui interrogent (sans jamais conclure, juger ni enseigner) notre vie de chaque jour, ses petits drames et ses grands problèmes. Qui s'étonnent que malgré les injures du destin, les difficultés, les obstacles, les entraves, les offenses et les coups, notre vie de chaque jour chaque jour continue. Qui demandent avec Henri Michaux : " On attend donc encore quelque chose de la vie. " Quoi ? "
« La dernière page du Sud livre le credo d'Yves Berger. « Chercher des hommes pour qui les mots soient des images, presque des choses ». Voilà quel rêve poursuivait Yves Berger. Rêve impossible, rêve pathétique, de celui qui souffrait de voir les autre se servir des mots comme d'instruments sans valeur propre, alors que pour lui, les mots, c'était la substance du monde, c'était le tout de sa vie. On ne peut aimer ses livres que si on subit leurs cadences, leurs syncopes, leur âpreté, leur pierreux scintillement comme une incantation. Alors, ils opèrent sur vous avec une force magique. » Dominique Fernandez Ce volume contient les titres suivants : Le Sud, Le fou d'Amérique, Les matins du Nouveau Monde, La pierre et le Saguaro, L'attrapeur d'ombres, Immobile dans le courant du fleuve, Le monde après la pluie.
Tout enfant déjà, le narrateur était amoureux d'une « riche étrangère ». Puis vient le jour où l'homme, jamais guéri, part à la découverte de son rêve, nouveau Colomb. New York est une femme nommée Luronne. Ensemble ils vont vivre « leur Amérique ». Celle des commerçants, celle des millénaires, avec ses espaces infini, ses exodes, ses Indiens, puis celle de la conquête, des massacres, qui est en même temps la terre de leur amour émerveillé. Qu'ils visitent les forêts inquiétantes par leur touffeur sauvage, les bayous de Louisiane où viennent mourir les oiseaux hallucinés, c'est la même célébration d'un mythe fascinant. Peuples sans histoire, peuples décimés, tous les Indiens ressuscitent ici par le seul miracle de la parole. Après tant de livres sur les Etats-Unis, celui d'Yves Berger est peut-être le premier roman vrai de l'Amérique. Ce n'est pas un songe ni un poèmes, bien que ce le soit aussi, c'est une histoire d'amour. Amour avec un monde, amour avec les aubes d'un passé fantastique, lyriquement rappelé à la vie. Amour avec une femme qui se perd peu à peu dans le sol qui la porte. On savait que l'auteur du Sud n'étais pas un romancier comme les autres. Après un long silence, le Fou d'Amérique nous le ramène soudain, mûri, éclatant, comme délivré. Une aventure commence : celle d'un grand écrivain.
Roque a dépassé la soixantaine. Cest un heureux mélancolique. "Je suis rangé des voitures" - une expression qui lui plaît - dit-il volontiers. Pas si bien rangé qu'il ne puisse éviter un petit bolide de 18 ans, Léa, la beauté même. Le choc est rude, où sa vie, bien assurée, malgré lui éclate. Comment magnifier cette rencontre ? se demande-t-il. Avec l'Amérique, qu'il va lui offrir en la lui révélant. Sans doute Léa ne peut-elle rêver meilleur guide. Roque connaît le Nouveau Monde septentrional par mille livres, autant de films et cent voyages. Ils partent. Reviendront-ils ? Ensemble ? Dans ce road book, le roman de Roque et Léa se déploie le long d'une route historique et mythique : la National 66, qui part de Chicago pour atteindre Los Angeles. Santa Fé, ou la double passion d'un homme : celle qu'il porte à une femme et celle qu'il voue au Nouveau Monde. Dans les deux cas, la quête d'une jeunesse perdue, où le chemin du bonheur croise la Piste des Larmes... Editeur, critique littéraire, romancier, Yves Berger a obtenu le prix Femina pour Le Sud et le prix Médicis pour Immobile dans le courant du fleuve.
Quand s'ouvre Le Monde après la pluie, la fin du monde vient tout juste de s'accomplir. Peut-être que, lasse d'être de plus en plus exploitée, bouleversée, empoisonnée, martyrisée, la Terre s'est révoltée, après quelque 6 000 ans d'une patience que beaucoup ont pu penser éternelle, malgré l'avis d'observateurs qualifiés qui, de plus en plus nombreux ces derniers temps, prédisaient l'universelle catastrophe. En voici le résultat, en tout cas : la planète n'est plus, d'un pôle à l'autre et de l'Est à l'Ouest, qu'une immense surface de boue, villes rasées et campagne noyée. Des milliards d'êtres humains, on compte 7 survivants dont un Blanc, Arcadi, un Indien américain de la tribu des Corbeaux, Mocassin, un Noir joueur de trompette, Am on my Way, deux jeunes femmes, Aube et Anne. De la condition animale, un seul miraculé, le koala Hip Hop. Sous le commandement d'Arcadi, la petite troupe se met en marche - que pourrait-elle faire d'autre ? Arcadi, dans le sillage des grands troupeaux qui ont fui vers l'Ouest, choisira cette direction, que fut celle que prit, voici 500 ans, Christophe Colomb. Grand voyage au coeur de l'espace, que le groupe, dans la ruine et le dénuement absolus et dans l'effroi provoqué par le dérèglement de la machine cosmique, mènera jusqu'au coeur du temps. Arcadi et les autres se sauveront-ils ? Accéderont-ils à un monde nouveau ? La condition humaine - ce qu'il en reste - peut-elle, en mieux, recommencer son Histoire ?
Un jour, un homme entre, à cheval, "dans la partie du monde que gouverne le méridien de Smith and Son, dans l'hémisphère Nord, entre le cercle polaire arctique et le tropique du Cancer, par 408ø40 de latitude et 243ø60 de longitude". Pays que les cartes ont oublié d'enregistrer, dernière partie de la planète encore inexplorée, qu'Oregon, le cavalier sur sa jument Appaloosa, va parcourir dans l'enchantement et le bonheur répétés. Seul occupant du Pays qui, depuis ses origines, ne connaît que fleurs, arbres, animaux, jeux de lumière, Oregon va introduire une femme, Faustine, qu'il est allé chercher hors le Pays, bien sûr, par-delà la Frontière. Ils auront une petite fille, Salicorne, et tous trois vont tenter la grande aventure du bonheur, de recommencer, en mieux, la condition humaine enfin débarrassée du Mal et de la plus tenace des fatalités (au vrai, la seule), la mort. Un jour, l'idée vient à Oregon de se livrer à la culture des plantes, des légumes et des fruits oubliés. Ils ne peuvent, dans ce pays de magie, qu'être les plus beaux. Ce qu'ils seront et, par malheur, le bruit se répand de leur splendeur. Par milliers, une masse de malheureux, de marginaux, d'immigrés, se
"Adolescent, dans un livre qui est l'un des grands de notre temps, Nadja, d'André Breton, une phrase m'avait frappé : Breton lui faisait dire que la beauté absolue est indescriptible. A partir de là, au lieu de décrire des merveilles, il les reproduisait en photo. J'avais alors ressenti un malaise - sans aller plus loin. Ce malaise a perduré en moi et, au fil des ans, je me disais : comment peut-on douter de son instrument, la langue ? Dans la Pierre et le Saguaro, j'ai voulu donner à voir (expression et titre d'Eluard) la beauté absolue, pour moi (et pour tant d'autres), le désert américain. Celui du Sud-Ouest, riche de deux éléments emblématiques, l'un la pierre, dont les hauts lieux sont Grand Canyon, Bryce Canyon et ce Monument Valley que j'ai vu quatorze fois : chaque fois, en le découvrant et le redécouvrant, je suis tombé à genoux... L'autre, le saguaro, dit aussi cactus-candélabre, géant incroyable d'allure, de force, de splendeur, l'arbre-roi du désert de Sonora." (Y.B.) La Pierre et le Saguaro : à travers ces deux symboles, Yves Berger a écrit un livre comme tissé d'images. Roman minéral, cantique végétal, tout, ici, célèbre le descriptible bonheur de voir et de se perdre sur un territoire qui est, à jamais, celui des songes et de la littérature.
Comment devenir le contemporain de Fenimore Cooper et du général Lee ? Comment respirer le parfum de Scarlett dans l'incendie d'Atlanta ou suivre, le coeur battant, les exploits de Mur de Pierres Jackson et ceux des héros de Jack London ? Comment revivre au présent l'immense légende américaine, depuis le jour où trois caravelles quittèrent l'ancienne Europe jusqu'à cet instant, béni entre tous, où un jeune Français découvre, à la fin de la dernière guerre, que les héros de ses songes libèrent son propre pays ? Telles sont, à grands traits, les questions qui, comme les thèmes d'un opéra, hantent les Matins du Nouveau Monde. On découvrira là, à travers les rêves intenses d'un adolescent d'Avignon, l'entrelacs de deux histoires : la sienne, celle de sa famille, à l'heure où l'armée allemande envahit la France et la piétine ; et l'autre, celle du Nouveau Monde, dont les mythes et les symboles furent sa première respiration. On passe ainsi de la défaite de Gettysburg à celle de 1940, de la chute de Richmond à l'éternelle débâcle du Sud face aux barbares qui, depuis des millénaires, déferlent du Nord. Gloire du Sud vaincu, humilié mais rayonnant d'un impérissable éclat...