Yann Picq
Yann Picq
Aventures et mésaventures loufoques sont toujours au rendez-vous de ce deuxième volume des Tribulations alpines. Mais cette fois, par l'extravagance de leurs réactions, nos trois mousquetons, plus si ordinaires, vont faire vibrer l'alpe et pas seulement chez les demoiselles. Extrait du récit « Grimpeurs humanitaires » :« Le concept de la chaussure biodégradable serait écologique, lance Daniel.- Je te parie que c'est déjà dans les tuyaux, pronostique Claude.- Ça sert à quoi ? questionne Raph.- Au cas où ça tourne mal... Tes chaussures, tu les bouffes. C'est un classique de la littérature d'aventure ! l'informe Gégé.- Pas idiot, siffle Raph avec admiration.- C'est l'avantage sur le plastique... » ajoute Claude en tapotant amoureusement le cuir de ses chaussures.Assis sur le toit de l'Europe, les mousquetons devisent en se réchauffant aux premiers rayons du soleil. La nuit a été fraîche, mais le rêve de Claude s'est accompli : dormir sur le plus haut sommet des Alpes.Dans l'air cristallin couleur de miel, les quatre amis contemplent les innombrables sommets qui s'embrasent les uns après les autres.« C'est marrant, j'entends comme un bourdonnement » remarque Raph au bout d'un moment.Le front de Claude vient de se froisser d'une ride. Il se lève, une main en visière. Du fond de la vallée, côté italien, un minuscule insecte s'élève vers eux suivant une rectiligne impeccable. Un éclat de métal en fusion gicle bientôt de sa carapace comme il atteint le bas du glacier.« On ne peut être tranquille nulle part ! » lâche Claude. Où il se révèle que nos trois mousquetons sont de furieux poètes opposés à la société de consommation. Sensibles à la musique des cimes, un peu moins à celles des poulies de la modernité, les voici tels des Quichotte et Sancho des sommets, partis combattre les envahisseurs de la montagne, même les plus avenants. Ça va cogner, et pas que pour enfoncer du piton...
Chaque randonneur, chaque grimpeur du dimanche, chaque alpiniste amateur se retrouvera dans les aventures et mésaventures loufoques du premier volume de ces Tribulations alpines. Ils sont quatre, comme... Les Trois Mousquetaires, en un peu moins héroïques. Comme Les Quatre Filles du docteur March, en un poil plus frustres. Comme Les Quatre Cavaliers de l'Apocalypse, à peine moins hallucinés, mais indiscutablement plus foutraques. Quatre montagnards ordinaires qui parcourent cimes et arêtes à la recherche de quelque bonheur embusqué. Le fil doré d'un pilier, les perles argentées d'un ruisseau saisi par le gel ou les courbes voluptueuses d'une randonneuse croisée sur le chemin ! " - On a combien à l'altimètre ? demande Gégé.Après avoir secoué la fine pellicule de givre qui recouvre son duvet et sorti un boîtier métallique dissimulé sous plusieurs couches de vêtements, Claude répond :- Plus ou moins 6 300 mètres.- Tu vois, je n'imaginais pas qu'on puisse autant s'emmerder à 6 300 mètres d'altitude.Trois jours d'immobilité sous la tente avaient transformé la section d'assaut de l'équipe des Français en un ramassis de vauriens contrariés et maussades. L'image du sommet s'était racornie à celle d'un indiscernable repli de terrain à la surface du globe ; relief infécond et dérisoire. Retrouver le camp de base, la tente collective, ses chants, Dina, Irina, Sérafim, le réfectoire et ses patates bouillies leur apparaissait désormais comme le seul horizon enviable. La montagne, sans le rêve, n'est qu'une géologie abstraite et périlleuse."