Sylvie Dervin
Sylvie Dervin
Une île de terre rouge, surplombée d'un volcan, au milieu de l'océan. Vu du ciel, c'est le paradis. Pour l'équipe de cinéma venue y tourner un remake des célèbres Chasses du comte Zaroff, c'est plutôt l'enfer. Il y a d'abord la chaleur, l'humidité, la jungle où les insectes pullulent. Puis les indigènes, beaux comme des pharaons qui, sous les ordres de Fête-Dieu L'Kundé - qui a lu Hegel grâce aux jésuites mais sacrifie des chèvres à ses divinités -, complotent de chasser les colons de leur terre. Faustine, la scénariste du film, pressent le drame. Prise en otage avec ses compagnons par les révolutionnaires de Fête-Dieu L'Kundé, elle sera libérée par des forces occidentales extérieures à l'île, mais ne désirera rien tant que de rejoindre son geôlier, pour lequel elle éprouve un amour proche de l'adoration. Ils s'aimeront dans un climat de fin du monde, dans l'île témoin de leur passion. L'île qui, tel un être vivant, et comme animée d'une fureur mauvaise, s'apprête à précipiter dans l'abîme tous ceux qui se sont aventurés sur son sol. Une parabole baroque, à l'image de l'î
Dominique, stérile, part à la recherche d’Augusto, un enfant à adopter, dans un pays déchiré par la terreur.
Les mille et une femmes. Retour aux Mille et une nuits et à Schéhérazade qui, pour sauver sa tête, enchantait le roi Shahriyar de ses contes. Se faisant historienne et prophétesse, utilisant les voix du passé et du futur, traversant les pays d'est en ouest, racontant des destins de femmes qu'a gardées la mémoire, elle nous livre ici une nouvelle histoire de la séduction. Ainsi de la vie de Taka-O, vendue petite fille comme prostituée, mais qui, après avoir séduit de nombreux et célèbres amants par ses dons de poétesse et de musicienne, rachète son contrat et épouse l'homme qui sut l'attendre avec amour ; celle de Darima, devenue à l'âge de douze ans danseuse sacrée, mais dont la beauté et le talent font rapidement d'elle la plus célèbre courtisane du royaume avant qu'elle se convertisse au bouddhisme ; ainsi des épopées de Theophano, Véronica Franco ou Lola Montès... Histoires merveilleuses qui nous rappellent inlassablement que les femmes furent, souvent, les plus grands médiateurs de la vie artistique de leur époque.
Victor Maucoeur, homme politique en pleine ascension, s'ennuie discrètement dans Venise où l'a conduit son voyage de noces, lorsque le hasard lui fait croiser la Signora. Est-elle le sosie, le fantôme de sa première épouse décédée trois ans plus tôt ? Ou Mathilde elle-même, morte mal-aimée, vite effacée, dont Victor peine à recréer le souvenir ? La curiosité, qu'avive le désoeuvrement, l'entraîne à la poursuite de l'inconnue dans un dédale où bientôt il s'empêtre et s'irrite. Jusqu'au délire. Jusqu'au drame. Sans céder à la tentation du surnaturel, le roman se réfère au fantastique, lui empruntant l'un de ses lieux privilégiés, deux de ses thèmes majeurs - la Vénitienne est à la fois double et revenante -, et finalement son objet - explorer la frontière où basculent les certitudes. Mais on peut le déchiffrer d'abord comme un diptyque : la version d'Il puis la version d'Elle, celles-ci bien que divergentes concourant à faire le procès d'une certaine bourgeoisie. Ou comme une énigme policière classique. Plusieurs chemins mènent au but, serpentant au travers d'un livre que j'ai souhaité construire à l'image de Venise même, mirage où les réalités se confondent, où les espaces s'enchevêtrent. S.D.