Serge Lesourd
Serge Lesourd
Tant historiquement que dans sa pratique quotidienne, la protection de l'enfance est jalonnée de conflits : conflits au sein de la famille qui motivent l'intervention sociale, conflits entre la famille et les représentants de la société au sujet du « bien » pour l'enfant, conflits entre les divers acteurs sociaux sur le mode de travail à privilégier (assistance à la famille, retrait de l'enfant, soins psychothérapeutiques, etc.). Ces conflits trop souvent vécus par les professionnels comme des échecs de la prise en charge, des impossibilités à faire sortir l'enfant de sa dynamique familiale sont à l'origine du malaise croissant des professionnels (travailleurs sociaux, psychologues, magistrats). Ce livre, issu des réflexions du groupe de recherche permanent sur la protection de l'enfant du GRAPE, propose un bilan, à un moment donné de l'histoire des idées, des droits de l'enfant et de la famille. Les conflits, qui en constituent l'axe dominant, sont analysés en profondeur comme une composante fondamentale de tout lien social et familial. Dans cette perspective, il était donc indispensable qu'une large place soit réservée à l'éthique, non pour constituer une éthique monolithique théorique, mais pour souligner que chaque intervenant doit élaborer une éthique de sa pratique, qu'elle soit éducative, sociale ou thérapeutique, qui tienne compte de tous les acteurs impliqués... pour que l'enfant en souffrance puisse se construire une identité, et que sa famille ne soit ni rejetée ni oubliée ou niée.
La violence des jeunes est au coeur des préoccupations des éducateurs de notre fin de siècle, mais de quelle violence parle-t-on ? Avant de stigmatiser la jeunesse comme violente, il nous faut comprendre en quoi l'adolescence (cette classe d'âge moderne) est en elle-même une violence faite au sujet qui traverse ce passage. Cela implique de prendre en compte trois dimensions : - celle de l'agressivité nécessaire pour pouvoir se séparer des images infantiles de référence, agressivité qui est la source des conflits entre la jeunesse et la société. Le passage du monde infantile au monde adulte implique une reconstruction de son image de soi qui fait violence à l'adolescent ; - celle de la violence inhérente à toute contrainte sociale qui semble difficilement acceptable dans notre société des Droits de l'homme mais que doit rencontrer tout adolescent quand les interdits s'intériorisent ; - celle, plus contingente, des réponses de notre société à la crise identitaire et sociale de l'adolescence. Ces réponses modernes semblent laisser la jeunesse dans un no man's land qui bloque leur accession à une autonomie d'adulte.
L'adolescence, période de mutation décisive au travers de laquelle l'enfant construit l'adulte qu'il deviendra, a une fonction sociale fondamentale... mais ne va pas sans poser de problèmes : - aux intéressés eux-mêmes fragilisés par les transformations dont ils sont l'objet et qui bouleversent leurs repères identitaires, - aux parents qui doivent accepter de se remettre en cause sans démissionner devant les exigences parfois violemment exprimées de leurs adolescents, - aux responsables et élus politiques qui doivent gérer l'espace communautaire où les jeunes tentent d'imprimer leurs marques, - aux enseignants, travailleurs sociaux et à la société en général qui doit les accompagner dans leurs démarches d'insertion ! En effet, comment permettre aux adolescents de s'instituer dans le social, sans les renvoyer à un avenir hypothétique de travailleurs ou de parents ? Comment répondre à l'urgence sociale que représentent les demandes multiples des adolescents de notre société de consommation et de marché ? Comment se situer face à la montée de la violence dans les cités de banlieues des grandes villes, à l'isolement des campagnes ou à la violence autodestructrice du suicide ou des accidents ? Comment enfin mettre en accord notre société avec la Convention internationale des droits de l'enfant et poser la question du statut juridique de l'adolescent dans notre société ? Si la paix sociale nécessite la résolution des conflits, l'adolescent a besoin des conflits actifs pour construire sa personnalité. Dans ces échanges entre praticiens, chercheurs et décideurs, les contradictions entre place de l'adulte et place de l'adolescent, société et individus, ont été mises au travail pour donner, à tous ceux que l'adolescent concerne, les outils nécessaires à la mise en place d'une politique globale de la jeunesse reconnaissant à l'adolescent sa place de citoyen.
En partant de ce qui s'origine dans la petite enfance et de son expérience clinique de vingt ans avec des adolescents et des adultes, l'auteur définit les opérations psychiques qui permettent le passage, chez ceux, garçons ou filles, qui accèdent pour la première fois à la sexualité adulte. Ce temps, plus logique que chronologique même s'il s'ancre dans la transformation pubertaire du corps, ouvre sur une rencontre nouvelle avec le plus radicalement différent : l'autre sexe. Affronter la bisexualité psychique inhérente à l'être humain est la caractéristique de ce temps de passage dans la découverte du féminin en soi, pour le garçon comme pour la fille. Se pose alors pour l'adolescent une série de questions sur l'amour, l'identité, la jouissance, qu'il est amené à résoudre à partir de sa place, symbolique et sociale, nouvelle, d'homme ou de femme, à la fois sujet et être social dans l'inconscient et les rôles sociaux. Serge Lesourd, psychanalyste, professeur à l'université Louis Pasteur de Strasbourg, propose ici, à la lumière des dernières recherches en psychologie, ses premières élaborations sur les causes des bouleversements et des malaises adolescents dans la culture moderne. L'ajoût d'une postface « L'incontournable hystérisation de l'adolescence » prolonge sa réflexion.
L'auteur analyse ici la façon dont l'adolescent construit son lien aux autres, aux objets et à lui-même en fonction des discours modernes sur la place de l'individu dans le monde. A partir de sa pratique, il envisage les nouvelles expressions psychopathologiques de l'adolescence ainsi que leur sens pour l'avenir du sujet et de ses liens aux autres. Trois grands domaines sont étudiés : le rapport à l'espace et l'envahissement de l'espace public par les jeunes ; le rapport aux jouissances extrêmes (toxiques et violentes) ; le rapport à l'autre dans le lien sexuel.A chaque fois, l'auteur pose la question de l'articulation entre sychopathologie comme expression individuelle et inscription dans le lien social comme conséquence et suite de l'éducation et de la transmission intergénérationnelle. Serge Lesourd est psychanalyste, professeur de psychologie clinique à l'université Louis Pasteur de Strasbourg.
La proposition de Freud en 1923 de faire de l'adolescence le temps où se construit, enfin, la différence masculin/féminin dans le psychisme humain n'a pas reçu, c'est le moins qu'on puisse dire, un bon accueil, ni de la part des psychanalystes, ni de la part des féministes. Après un siècle de recherches en sciences humaines et les transformations des références symboliques de la différenciation homme/femme qui en ont découlé, cette question de ce qu'est le Féminin différencié de la féminité reste ouverte. Cet ouvrage réarticule dans notre modernité, du point de vue la psychanalyse, cette difficile question du Féminin comme position subjective et part psychique de tout être parlant. Il ouvre ainsi une réflexion sur les rapports hommes/femmes dans le lien social moderne, et les effets, sur tout sujet, de cette rencontre avec cette part psychique dans le passage adolescent et la construction des liens amoureux.