Patrick Nardin
Patrick Nardin
« Le cinéma sans le film » explore la trace du cinéma dans des oeuvres d'art contemporain qui ne sont pas des films. Dans une telle optique, le cinéma se libère du spectacle et rompt avec les configurations techniques attendues. Des opérations qui impliquent le son, le décor, le texte ou la lumière en véhiculent l'imaginaire sans jamais donner lieu à un défilement d'images. Comme l'a suggéré Jean-Louis Schefer, le cinéma est « un art du passage dans nos vies », imprimant dans notre mémoire un continuum d'images dispersées. Les souvenirs des films se recomposent là en un montage discontinu surgissant par bribes. Mais ce qu'il provoque en termes d'affects, de situations, de réminiscences constitue une matière ouvrant la voie à l'invention de dispositifs où il peut y avoir du cinéma en un certain sens, mais aucun film. Le cinéma devient alors un mode de pensée, une lecture du monde se déployant dans des espaces qui lui sont en principe étrangers. Patrick Nardin est professeur des universités émérite à l'université Paris 8 et artiste plasticien. Il a récemment publié FXMVT, une histoire de Faux Mouvement (Les Presses du réel, 2022) et co-dirigé avec Soko Phay Le paysage après coup (Naima, 2022). Ouvrage publié avec le soutien de l'Université Paris 8 (Laboratoire AIAC - Arts des images et art contemporain-équipe EPHA).
Ce recueil rassemble des essais, des analyses et des propositions visuelles qui montrent l'actualité et l'hétéro-généité des débats qui se cristallisent autour des pratiques contemporaines de l'archive. Les pratiques d'archives relèvent aujourd'hui d'une inquiétude face à l'enregistrement historicisant des objets artistiques, et de la volonté des artistes de s'affirmer comme tels face à l'archivage de leurs oeuvres par les institutions académiques et muséographiques. Il s'agit pour eux d'anticiper sur l'archivage à venir de leurs travaux et de proposer d'autres manières d'écrire l'histoire non seulement de leurs oeuvres, mais plus généralement de l'art. Dans cette perspective, les artistes interposent entre l'enregistrement matériel des choses et l'institution symbolique des oeuvres des dispositifs d'inscription qui excluent que l'un vaille pour l'autre, qu'enregistrement vaille institution. Ils restituent à ce qu'ils font le statut d'archives au sens historien du terme : d'archives non encore validées.
Altération des captures d'images, défaillances des appareils, hésitations, ratures, ruines, traces, remontages, techniques obsolètes : ces gestes qui enlèvent et qui détruisent participent à un second temps du regard. De ces dysfonctionnements apparents émerge un moyen de révéler, dans l'art, l'événement perceptif avant le discours. Il faut endurer l'absence de repères techniques ou stylistiques ; un état indécis des oeuvres-mêmes apparaît alors, indécision essentielle à la définition de l'expérience esthétique contemporaine.