Mervaud Christiane
Mervaud Christiane
Comment écrire quand l'Histoire est finie ? Quand le Marché a gagné ? Quand on a tout abjuré ? Au début des années 1970, en pleine ferveur néo-avant-gardiste, Pasolini revêt les défroques longtemps délaissées du romancier, revenant à une forme d'écriture considérée alors comme réactionnaire. Inconscience ? Maladresse ? Provocation ? Et écrit Pétrole, roman magmatique et hétérogène, creuset difforme et bouillonnant, kaléidoscope flamboyant d'où jaillissent corps et contes, mères et massacres, saints et lucioles disparues. Entre paradis et enfers, le roman se disloque. Vire au document, magnifiquement brutalisé par d'incessantes digressions. Bascule dans l'onirisme et le fantastique, possédé par de puissantes visions. Se niche dans l'archaïsme structurel du mythe. Joue si loin le jeu des citations que vole en éclats la dérisoire figure de l'auteur. De quel étrange roman s'agit-il ? S'agit-il même encore d'un roman, sinon d'un roman radicalement désoeuvré ? Pétrole, ce texte essentiel du xxe siècle, ce chant barbare et ironique, cet adieu inéluctable à la poésie, forme question ouverte sur les fondements mêmes de la littérature et de notre postmodernité.
La préoccupation des nourritures du corps traverse l'oeuvre de Voltaire, qui devait mériter le surnom d'« aubergiste de l'Europe ». La présente enquête, menée à partir de la correspondance de l'auteur comme de ses écrits d'histoire et de fiction, s'attache à reconstituer le mode de vie régnant aux Délices et au château de Ferney, les modes d'approvisionnement, le choix des mets, la préparation des plats, pour restituer enfin à nos yeux une table de riche au XVIIIe siècle. Mais la table est avant tout un lieu de convivialité. Ces plaisirs du corps ne seraient rien sans ceux de l'esprit qu'ils ont pour fin de susciter et de rehausser. Les soupers philosophiques où Voltaire régale ses invités de bons mots sont des festins de paroles. L'esprit encyclopédique de l'hôte de Ferney y développe maintes considérations sur les rapports entre nourriture et économie, nourriture et sacré, exhortant les philosophes à célébrer des agapes et à « dresser un autel à la raison dans leur salle à manger ».