Laurence Rosier
Laurence Rosier
Forte de son expertise linguistique, l'auteure analyse des dizaines d'insultes de la vie quotidienne et apporte un éclairage nouveau sur leur impact dans la société et vis-à-vis des femmes. Bienvenue dans l'arène du langage ! Nourrie par une foule d'exemples historiques et contemporains, la réflexion de Laurence Rosier nous emmène dans l'univers des insultes, des insulteur.e.s et des insulté.e.s avec Raymonde la syndicaliste, George l'écrivaine, Nabilla, la star de la téléréalité, Christiane la ministre mais aussi Colette, Marguerite Duras, Audre Lorde, Margareth Thatcher, Laurette Onkelinx, Myriam Leroy, Christine Angot, Brigitte Macron, les femen, les gameuses... La violence verbale sera passée au crible de l'analyse à travers le genre, les archétypes, les lieux, les règles explicites et implicites de l'injure en société et sur la toile. En filigrane, on lira l'histoire de la « pisseuse » : le sobriquet reçu avant la naissance pour déjà (dé)classer la future petite fille... Un ouvrage au coeur de l'actualité qui explore les rapports entre la langue, le pouvoir, la violence et les femmes. EXTRAIT À quoi réduit-on la pisseuse ? Outre que l'urine est au centre d'autres mots négatifs comme pisse-vinaigre, pisse-froid, ou expressions vulgaires comme je te pisse à la raie, le terme rejoint une manière d'appeler les enfants par leurs excrétions : chiard, merdeux, morveux... Ceux-ci se déclinent cependant au féminin alors que pisseuse a emporté avec lui un sens dérivé péjoratif par rapport à son homologue masculin (le pisseur est seulement celui qui pisse) jusqu'à avoir le sens de pleurnicheuse (encore des sécrétions !) et d'emmerdeuse. À PROPOS DE L'AUTEUR Née en 1967, Laurence Rosier est professeure de linguistique, d'analyse du discours et de didactique à l'Université Libre de Bruxelles (ULB). Elle est l'auteure et co-auteure d'ouvrages sur la langue française, la citation, la ponctuation, l'insulte, et est commissaire de l'exposition « Salope et autres noms d'oiselles » (Bruxelles et Paris).
Automne 2017 : déflagration #metoo. Comme chaque fois qu'un progrès arrive, le backlash le suit de près : des femmes revendiquent le droit d'être importunées, les raids de harcèlement masculiniste augmente sur internet, le décompte glaçant des féminicides rythme l'année... L'image classique de la riposte est une réaction à chaud, empruntant les mêmes chemins rhétoriques que l'attaque. Mais cela peut heureusement être mille autres choses : le silence, l'autodérision, le détournement, l'écriture, la déclamation ou le refus de répondre... De tous temps, des femmes ont fait riposte - de façon individuelle ou collective, par l'action ou la création - et, ce faisant, ont posé une action politique. Cet ouvrage dessine une poétique de la riposte en temps de backlash, puisant tant dans la théorie que dans les pratiques engageant la parole, la langue et le corps des femmes. Nos ripostes sont plurielles : des mères chantent et jurent, récitent des poèmes ; des autrices publient des livres qui bouleversent l'ordre littéraire ; des militantes font des collages de rue et révèlent l'inceste ; des actrices se cassent, des travailleuses font grève ; partout, des femmes dansent, hurlent, légifèrent, s'entraînent, battent des records, se retirent du monde, font des alliances inédites, portent plainte... Cet ouvrage retrace le récit d'une libération au crible du langage, des mots et des discours qui (re) construisent car la langue n'a plus peur du réel : elle le constitue et le modifie. Laurence Rosier est professeure de linguistique, d'analyse du discours et de didactique du français à l'Université libre de Bruxelles (ULB). Féministe engagée, elle travaille depuis trente ans sur les insultes faites aux femmes et sur le pouvoir performatif de la langue.