Kossi Efoui
Kossi Efoui
Il y a un moment, dans une vie, où l’écrivain abat ses cartes, pris par une sorte d’urgence. Le déclencheur de ce récit bouleversant, c’est un appel téléphonique d’un frère perdu de vue, annonçant que leur mère est au plus mal, à l’hôpital de Lomé. La mère qui lui a dit vingt ans plus tôt : « Va vivre. Va vivre ailleurs et ne reviens plus. » Qui se déplace une bassine sur la hanche, colportant des morceaux de pain, jusqu’au jour où des soldats interceptent son menu commerce, et où il arrive ce qui doit arriver. La mère qui chante pour exorciser « les choses dures ». Qui l’a porté sur son dos bien au-delà de l’âge habituel, prétendant que son garçon avait « les os fragiles ». Qui lui a donné, enfin, le goût des parures, des vêtures et des bijoux, transgressant la frontière des genres. « Plus je vieillis, plus je ressemble à ma mère. » De ce portrait d’une femme joyeuse, inspirée et aimante, d’une mère courage dans un monde d’absolu dénuement, surgit une grâce mystérieuse qui se confond avec la genèse d’une vocation d’écrivain. Kossi Efoui, né dans le golfe de Guinée, vit actuellement à Nantes où il se consacre en partie au théâtre. Une magie ordinaire est son sixième roman, après Solo d’un revenant (2008, prix des Cinq Continents de la Francophonie), L’Ombre des choses à venir (2011) et Cantique de l’acacia (2017).
Enfant et momentanément esseulée dans la maison de ses grands-parents, la narratrice tombe sur une revue " pour adultes ", dont elle a le temps de regarder quelques images avant que son père ne la découvre et l'interrompe. L'incident est oublié, mais se réveille à l'adolescence (les ruses du samedi soir) et surtout à l'entrée dans l'âge adulte avec le commencement des études universitaires, hors du cadre familial. C'est alors la découverte d'un univers qui a beaucoup changé entretemps, celui de la pornographie sur Internet. Comme si l'auteure était appelée là où le regard s'était autrefois interrompu, pour assouvir une curiosité longtemps enfouie. C'est une histoire personnelle, intime, de l'imagerie pornographique (de YouPorn aux variantes les plus récentes) qui est racontée ici. Le livre est pris dans une tension qui lui donne toute sa force : d'un côté la conscience des conditions le plus souvent exécrables de production du porno (domination masculine, exploitation de femmes souvent très jeunes, modèle de sexualité fondé sur la soumission), et d'un autre côté une fascination irréfrénable, qui pousse à y aller voir, encore et encore. Claire Richard ne juge pas. Son approche, sans complaisance, est littéraire. Elle nous offre, dans une écriture sobre et ciselée, ses " chemins de désir ". Les chemins de désir est aussi une fiction d'ARTE Radio disponible en podcast à partir du 7 mars sur arteradio.com Texte et narration de Claire Richard, réalisation de Sabine Zovighian et Arnaud Forest
L'enfant n'était pas encore née, mais Io-Anna s'était tatoué son prénom futur dans le bas du dos : Joyce. Et Grace, la belle-mère, devineresse, enchanteresse et guérisseuse, avait été visitée par une vision prometteuse. " Confiance est le chemin de ce qui échappe au malheur. " Cette parole, Io-Anna l'a laissée en dépôt auprès de Grace afin qu'elle soit transmise plus tard à Joyce. Car elle ne sait pas si elle aura le cœur à lui dire, elle-même, ce qu'elle a eu pourtant le cœur à vivre : comment, pour échapper à un ordre patriarcal honni, elle s'est enfuie sur un vélo, à travers la boue des marais, avec Sunday le colporteur qui deviendra plus tard le père de l'enfant ; comment la petite Joyce leur est arrivée, inanimée, sur un radeau flottant. " Il faut se mettre à trois pour faire un enfant ", dit Grace, " le mâle, la femelle et l'Invisible. " Au pied de l'acacia, l'arbre de l'innocence, un magnifique hymne au courage de vivre, porté par trois générations de femmes en révolte dans l'Afrique d'aujourd'hui. Kossi Efoui est né dans le Golfe de Guinée. Cantique de l'acacia est son cinquième roman, après Solo d'un revenant (2008, prix des Cinq continents de la francophonie) et L'Ombre des choses à venir (2011). Comme auteur de théâtre, il travaille en France au sein de la Compagnie Théâtre Inutile.
Lorsque les dimensions du monde se ramènent à celles d'une cellule. Lorsque le temps qui reste avant de comprendre se réduit à une nuit, une seule, durant laquelle un tout jeune homme nous souffle à voix basse une enfance sortie des âges archaïques. Et lorsqu'un père trop longtemps attendu, un père revenu du bagne, devenu bien malgré lui un héros, préfère s'enfuir aux confins de la réalité, réservant aux oiseaux, dans la boue des marais, les seuls sons qui s'échappent de sa gorge... Après Solo d'un revenant, Kossi Efoui poursuit le fil de la plus tragique des histoires : celle d'une guerre interminable où la fausse parole s'allie à la violence des armes. Ici ou ailleurs, cela nous concerne intimement. Un livre éblouissant et visionnaire, sur fond de mélancolie radicale, de dérision absolue, de générosité désespérée. Kossi Efoui, né au Togo, se consacre en partie au théâtre. Ses pièces sont jouées sur les scènes africaines et européennes. L'ombre des choses à venir est son quatrième roman.
" Quiconque ne pouvait chanter sa généalogie et la faire remonter jusqu'à l'octave juste, jusqu'au Totem, était appelé l'Anomalie : quelqu'un dont l'apparence humaine allait compter pour contrefaçon. " La panique pour l'instant n'a gagné que les mots ", écrivait Mozaya, le ton toujours aussi buté que s'il avait parlé de ces pluies calamiteuses qui s'annoncent par de grands vents, mais qui ne s'abattent pas, que les hommes se préparent à fuir, avant de s'apercevoir que le ciel s'est à nouveau éclairci sans raison. " Et je sais que la fanfaronnade est la pudeur des grands blessés ". Le narrateur revient dans son pays après dix ans de massacres. Ce faisant, il cherche à comprendre comment son ami Mozaya est mort, et à retrouver un certain Asafo Johnson avec lequel il avait fondé une troupe de théâtre en ses années d'étudiant. La vie renaît, hantée par de vieilles et mortelles litanies, ces phrases-talisman qui se recourbent sur elles-mêmes comme la queue du scorpion. Kossi Efoui, né au Togo, se consacre en partie au théâtre. Ses pièces sont jouées sur les scènes européennes et africaines. Il a publié deux romans, La Polka (1998) et La Fabrique decérémonies (2001).