Jean-pierre Moulin
Jean-pierre Moulin
Et si nous étions fous sans le savoir ? Fous de sur-consommation, de surarmement, fous de décibels et de tranquillisants ? Et si l'exaltation laborieuse et commercialisée du sexe n'était que l'envers d'un cri de révolte contre une société castratrice ? Et si nous étions, depuis mai 68 et le quadruplement du prix du pétrole, tout simplement entrés dans l'avant-guerre ? Si Brejnev et Carter, au téléphone rouge, constataient avec des larmes rentrées, qu'ils sont impuissants et que le monde est prisonnier d'une force double et démoniaque : la technologie et sa soeur l'énergie ? Satire, fragments de nouvelles, dialogues imaginaires, le livre de Jean-Pierre Moulin, vibrant d'un humour lyrique et corrosif, échappe à tous les genres. Il dit combien les idéologies sont en miettes mais aussi que, par-delà le constat d'échec, demeure l'espérance d'une prise de conscience.... À moins que la folie ne gagne davantage encore, et que le nucléaire et le bactériologique, incarnations modernes du Mal, ne l'emportent sur la Terre et dans le ciel.
Et si la France n’était qu’une illusion partagée ? Avec ironie et tendresse, Jean-Pierre Moulin interroge notre rapport à l’identité nationale. Un essai drôle et percutant pour comprendre ce qui nous unit et nous divise.
Renata est belle et célèbre. Elle est la vedette de la plus fastueuse revue nue de Paris. Elle a des admirateurs passionnés ; un grand producteur veut faire d'elle une star ; partout elle est fêtée, choyée, et pourtant Renata a tenté de se suicider. Pourquoi ? C'est ce qu'essaie de savoir Rime, le psychiatre attaché à la maison de repos où, en Suisse, Renata est en traitement. Qui pourrait dire, parmi les cinq hommes qui gravitent autour d'elle, d'où vient son incapacité à aimer, sa difficulté à vivre ? Qu'est-ce qu'il lui manque, s'il est vrai qu'« il manque toujours quelque chose aux gens » ? Qui la connaît vraiment ? Papa-Riche, le producteur ? Bernard, le voyeur ? Ibanez, le médecin mexicain ? Martin, l'éleveur d'abeilles ? Ou Rime ? À coups de flashes, en scènes rapides et d'un trait incisif, Jean-Pierre Moulin met à nu l'âme de Renata. S'il se garde de conclure, c'est que chacun de nous, comme les hommes qui l'ont connue, pourrait proposer son explication du « cas Renata ».
« Retourne-toi sur l'ange »... Cette phrase qu'il a entendue en rêve, Christophe l'interprète comme une invitation - un ordre presque - à ne pas laisser disparaître Geneviève, la jeune femme rencontrée à Genève et retrouvée à Paris. Cette femme ferme et décidée, indépendante, il lui apparaît qu'elle est cette autre partie de lui-même dont l'attente confuse entretenait sa nostalgie. Ils s'aiment. Ils pourraient vivre leur passion à leur guise, si, dans l'ombre, derrière Geneviève, ne se profilait un mystérieux personnage, que les deux amants appellent Monsieur B., et qui, de plus d'une manière, semble « tenir » la jeune femme. Absent et cependant terriblement présent, Monsieur B. fait peser sur le couple une subtile menace. Sa silhouette massive borne l'horizon de leur amour. Pour Geneviève, c'est une espèce de fatalité acceptée ; Christophe, lui, va tenter d'échapper à son emprise... Mais, peut-être l'amour n'est-il qu'un beau parc ouvert à tous, où l'on peut se promener un moment librement, mais dont on n'emportera rien : le diable garde les issues.
Sans être « à part », la France est un pays difficile à appréhender. Une entité complexe, ondoyante et riche en paradoxes. Cette nature insaisissable, un caractère particulier du chauvinisme français nous permet justement de l'entrevoir. Il s'agit en effet d'un chauvinisme tourné vers le passé, rarement vers le présent et jamais vers l'avenir. Plus que de ce qu'ils font, les Français s'enorgueillissent de ce que leurs ancêtres ont fait. Quant à ce que leurs descendants pourraient faire, ils n'ont aucune confiance à cet égard. Tout se passe comme si, pour eux, le temps ne cessait de se détériorer. L'âge d'or, une fois pour toutes, est loin derrière. Quant au futur, il ne réserve rien de bon. Difficulté à voir l'avenir et nostalgie du passé : telles sont, en profondeur, les deux racines de leur vision du monde.