Jean-marie Forget
Jean-marie Forget
A partir d'une clinique qui bouscule famille, école, société, les auteurs explorent ces notions universelles d'amour et de haine. Comment enfants et adolescents se « débrouillent-ils » de leurs engagements affectifs qui sont le lot de tout un chacun, à une époque où les réseaux sociaux, dans une circulation incessante en pervertissent le sens ?
La notion de séparation ne renvoie pas à un cadre théorique bien défini mais elle ouvre de multiples questions, des plus banales liées aux situations ordinaires de la croissance de l'enfant aux plus dramatiques qui s'apparentent davantage à des ruptures. Leur retentissement est variable selon chacun : entre une banalisation totale de l'événement et un vécu de catastrophe d'un traumatisme singulier ou collectif. Dans la clinique quotidienne, les jeunes confrontés à une séparation peuvent réagir par des moments d'angoisse, de panique, de désespoir ou par des explosions de rage, voire par des effondrements dépressifs. Ces expressions parfois extrêmes peuvent surprendre, bousculer, voire heurter les proches de l'enfant. Elles exigent d'évaluer la gravité de la situation, d'en rechercher la compréhension, voire d'en effectuer une « traduction » comme on le ferait d'une langue étrangère. Celle-ci permet de repérer que souvent l'enjeu est tout autre que celui qu'on pouvait initialement supposer. Les adultes qui entourent l'enfant et l'adolescent - parents, enseignants, responsables de tous ordres, cliniciens - se doivent d'être attentifs à ces manifestations symptômes qu'il convient de considérer comme des appels à l'aide nécessitant de comprendre ce qui se joue ainsi pour permettre une approche de soins adaptée.
Quels appuis les enfants et les adolescents peuvent-ils trouver dans un monde où l'impératif de jouissance et d'immédiateté, d'urgence même, prend le pas sur l'acte d'une parole fiable et sur le symbolique ? La clinique nous montre de jeunes patients désemparés, désespérés et des parents en désarroi. Les initiatives des jeunes se manifestent plutôt par des mises en actes, des agitations, des « crises », par des troubles du comportement ou des conduites addictives (toxiques, écrans, etc.), par des phobies et des décrochages scolaires. Les enseignants et les éducateurs en témoignent et les cliniciens sont désormais très sollicités sur ces questions. Les auteurs explicitent tout d'abord ce que le monde humain attend d'une transmission du symbolique et en quoi consiste le symbolique. Ils présentent les manifestations par lesquelles se révèle la quête des jeunes dans leur famille, à l'école, et dans les demandes d'aide qui sollicitent les cliniciens. Si leurs apparences sont souvent surprenantes, l'analyse qui leur est consacrée permet parfois de déboucher sur des issues singulières tout aussi inattendues. Ils situent ensuite la tonalité de cette clinique des jeunes dans la logique sociale du monde actuel, en s'interrogeant sur la pertinence des repères qui ont jusqu'alors servi de référence au monde adulte et qui, s'ils ne sont pas pensés autrement, sont condamnés à perdre leur efficience. La fiabilité des appuis offerts aux jeunes dans leur quête est liée à la rigueur de la parole et du langage de l'adulte. C'est cette assurance qui permet à l'enfant ou à l'adolescent d'oser se lancer pour construire son identité.
Pour des raisons historiques, les psychoses de l'enfant et de l'adolescent sont référées à une sémiologie héritée des psychoses de l'adulte, ce qui peut empêcher de préciser leurs spécificités, leur diversité, tant en fonction de l'âge que des particularités du transfert. Par ailleurs, la fertilité de la vie imaginaire chez l'enfant rend difficile de premier abord le diagnostic de psychose. Le clinicien est interpellé sur ses repérages diagnostiques, sur le déterminisme de la structure, sur les suppléances éventuelles qui se mettent en place, sur sa responsabilité dans l'évolution présente et future de son patient. En effet, la clinique des psychoses infantiles s'avère parfois surdéterminée, laissant préjuger d'un destin inexorable. Pourtant, pour nombre de cas de psychoses de l'enfant, il y a des surprises, des aptitudes à la subjectivation, des suppléances qui émergent du transfert et qui justifient le pari thérapeutique du praticien. Les auteurs s'attachent à préciser les repères structuraux sur lesquels ils se fondent pour les caractériser et les distinguer des cas d'autisme, d'arriération ou d'autres pathologies, et pour interroger les pratiques thérapeutiques possibles. À partir de leur engagement transférentiel au cas par cas des sujets rencontrés, ils s'efforcent de penser et de remettre à l'ordre du jour cette clinique des psychoses qui ne manque ni de complexité ni de diversité. Cet ouvrage est le fruit d'un travail collectif mené pendant deux ans au sein de l'École de psychanalyse de l'enfant et de l'adolescent de Paris (EPEP).
Smartphones, tablettes, ordinateurs, les écrans devenus indispensables dans nos vies modernes, exercent une fascination sur les enfants et les adolescents. Internet, réseaux sociaux, jeux en ligne, snapchat, textos, skype... multiplient les communications possibles, abolissent les distances, ouvrent sur un univers d'informations, de savoirs, de liens sans intermédiaires. Par leur accès immédiat et leurs potentialités qui semblent sans limite, les écrans constituent de nouveaux outils de plaisir et de pouvoir dont les jeunes usent avec avidité : pour le meilleur ou pour le pire ? Parents et professionnels s'interrogent sur les incidences de cette révolution numérique sur le développement des enfants. Les écrans ne risquent-ils pas de court-circuiter les détours nécessaires à tout enfant dans la mise en jeu des apprentissages et dans la construction de sa subjectivité ? Comment tenir sa place d'adulte pour offrir aux jeunes les conditions nécessaires à leur structuration interne et à leur inscription dans la vie sociale ? Des spécialistes du numérique, des psys et des professionnels de l'enfance proposent un tour d'horizon des enjeux - sociaux et psychiques - liés à l'utilisation des écrans par les enfants et les adolescents. Ils s'intéressent aux risques qu'elle comporte notamment dans ses excès, mais aussi aux créations et aux initiatives inattendues qu'elle révèle dans la vie économique et sociale mais aussi dans l'espace intime de chacun.
Les médicaments psychotropes sont des substances chimiques susceptibles de modifier l'activité mentale. S'ils peuvent avoir des effets bénéfiques indiscutables et reconnus chez les adultes, les prescrire à des enfants divise les praticiens quant aux objectifs recherchés dans des situations cliniques différentes : difficultés scolaires, troubles du comportement, dépressions, troubles du sommeil, difficultés de l'attention, agitation, etc. Le recours aux médicaments doit rester exceptionnel chez l'enfant et l'adolescent et intervenir à l'initiative d'un clinicien familier des difficultés des jeunes. Les agences de médicaments en conviennent elles-mêmes. Ce domaine complexe nécessite que le clinicien dispose de repères précis et rigoureux pour ajuster au mieux sa position thérapeutique et évaluer le « sur mesure » le plus pertinent pour chacun. C'est l'enjeu de l'ensemble des travaux proposés dans cet ouvrage, à partir de l'expérience de praticiens de la clinique, de l'institution et des prescripteurs de traitements appropriés.
La transmission maternelle est la terre d'éveil de l'identité de l'enfant et, pour une fille, le relais de la féminité et de la reproduction de la vie. Elle correspond à une plaque tournante importante rarement étudiée comme telle. L'auteur met en évidence la complexité de ce processus à l'oeuvre tout au long de la vie. Concernant différemment le garçon et la fille, les conditions de la transmission maternelle exigent de prêter attention dans le même temps à deux versants du champ féminin - fonction maternelle et position féminine - qui peuvent s'intriquer entre eux de manière subtile ou s'exclure réciproquement comme des contradictions. Jean Marie Forget s'intéresse à cet entre-deux et aux différents écartèlements de la position subjective féminine que rencontre tout être de parole à sa naissance, qu'il soit garçon ou fille, dans le rapport à sa mère. La transmission particulièrement délicate du féminin et du maternel, à différentes étapes de la vie, est abordée spécifiquement.
Si les positions sexuées sont liées à la structure de la parole et du langage, leurs assises sont éminemment précaires, ce que révèle la clinique contemporaine des enfants, des adolescents et des adultes. L'auteur s'attache à analyser les enjeux des positions sexuées et de leurs intrications. En s'appuyant sur le schéma de la sexuation de Lacan, il tente de décoder les manifestations symptomatiques du monde actuel qui relèvent des difficultés à faire valoir les différences sexuées et à reconnaître l'altérité comme fondement de la subjectivité de chacun : l'altérité entre les êtres qui, quand elle est bafouée, resurgit dans des débordements racistes, et l'altérité à l'égard de soi-même quand l'enjeu de nos actes, corrélé au refoulement originaire qui fait de nous des êtres de parole, nous échappe.
Les manifestations actuelles de la souffrance psychique - hyperactivité, anorexie mentale, addictions de toutes sortes, etc. - mettent à mal les repères habituels des professionnels du soin. Elles ne sont plus centrées sur un sujet qui demande de l'aide mais « déballées » à qui veut s'en charger. Elles ne sont plus liées aux difficultés d'un sujet à tenir compte d'un fantasme qui puisse organiser sa vie psychique mais à l'émergence désordonnée de pulsions qui l'agitent. Jean-Marie Forget analyse ici, à partir de son expérience avec des enfants et des adolescents, cette nouvelle clinique des pulsions qu'il lie à l'évolution du discours social. Il donne des outils de compréhension qui devraient permettre aux professionnels de ne pas stigmatiser ces manifestations et d'en saisir l'enjeu pour en favoriser la résolution. Jean-Marie Forget est psychanalyste à Paris, membre de l'Association lacanienne internationale.
Les mises en actes incompréhensibles des adolescents, des plus jeunes, comme des adultes parfois, témoignent d'un défaut de recours à la parole pour manifester la souffrance qui est la leur. Il importe de décrypter les modalités de ces manifestations pour en comprendre les conditions d'émergence et les impasses qu'elles révèlent. Le temps de l'acte est spécifique de l'adolescence. Il s'agit pour chacun de mettre en jeu sa subjectivité dans la société et d'y engager l'essence de sa vie psychique. Les freins, les refus, voire les récusations, que l'adolescent rencontre dans les tentatives d'affirmation de lui-même, le conduisent à des mises en actes pour exprimer sa souffrance. Elles mettent parfois sa vie en danger. L'auteur fournit aux professionnels des repères théoriques et cliniques pour décoder ces manifestations et permettre aux adolescents de trouver une issue à des crises graves.
Cet ouvrage approfondit les questions théoriques et pratiques que pose la psychanalyse à partir de la cure chez l'enfant et chez l'adolescent. En quoi consiste aujourd'hui la psychanalyse de l'enfant et de l'adolescent ? Quelles sont les incidences de la logique sociale actuelle sur la constitution des manifestations symptomatiques ? Comment la pratique de la psychanalyse avec l'enfant ou l'adolescent engage-t-elle le clinicien, autrement ? Ou spécifiquement ? Chez l'enfant comme chez l'adulte, la libre association reste « l'ombilic » du travail analytique. Le sujet n'y vient pas toujours aisément, mais seulement après un certain parcours. Quels en sont les jalons ? Des psychanalystes de l'Association lacanienne internationale (ALI) se posent une question théorique au sujet d'un enfant ou d'un adolescent qu'ils ont suivi, exposent dans le groupe leurs hésitations et soulèvent, aussi bien en théorie qu'en pratique, les embarras auxquels les confronte le discours de l'enfant. Marika Bergès-Bounes, Jean-Marie Forget et Catherine Ferron sont sychanalystes à Paris, membres de l'Association lacanienne internationale.
Comment parler du corps de l'enfant sans le chosifier, sans en faire seulement un paquet de chair, en le reconnaissant comme marqué du sceau du désir des parents et chargé de leurs rêves ? Cet ouvrage s'efforce d'offrir des outils de compréhension des manifestations du corps souffrant, souvent difficiles à décrypter chez l'enfant. Des psychanalystes et des professionnels engagés dans leurs rencontres avec l'enfant et l'adolescent proposent un tour d'horizon de la clinique actuelle qui permet d'ajuster leurs questionnements théoriques à la singularité de chacun. Ils s'efforcent de différencier, dans la constitution du symptôme corporel, la part respective qui revient à l'initiative de l'enfant manifestant sa subjectivité, à la trame familiale dans laquelle il s'inscrit et à l'incidence du discours consumériste actuel. Marika Bergès-Bounes et Jean-Marie Forget sont psychanalystes à Paris, membre de l'Association lacanienne internationale.
Avant que les manifestations de souffrance des enfants et des adolescents ne s'exposent sur la scène publique et qu'elles ne conduisent à des situations extrêmes, elles s'expriment de manière discrète dans les familles et dans les liens que ces enfants et ces adolescents entretiennent avec les adultes proches qui, s'ils sont un peu avertis, se trouvent démunis. L'auteur souhaite susciter une vigilance précoce, qui est l'affaire de tous, pour que les malaises des jeunes puissent être abordés à temps par leurs proches et d'une manière appropriée débouchant sur des solutions. La connaissance des mécanismes qui conduisent à des mises en acte permet d'éviter la stigmatisation et favorise la résolution des problèmes générés. Parents et professionnels devraient trouver là matière à réflexion. Jean-Marie Forget est psychanalyste et psychiatre.