Jacques Nassif
Jacques Nassif
Des symptômes, qui n'en a pas ? Beaucoup s'affairent pour l'oublier, certains en font une maladie, d'autres poursuivent un procès contre eux-mêmes. Mais que se passe-t-il quand le malaise persiste, quand la médecine ne s'y reconnaît pas ou quand le dire juste est manquant ? On peut en parler : à quoi bon cependant si c'est pour répéter la même chose ? Pourtant, si le symptôme fait énigme et que le transfert est de la partie, passer à l'analyse est possible. Il ne s'agit pas alors de s'en remettre à un instrument magique, de se convertir à une foi ou d'appliquer une science exacte. Au cours d'une expérience aussi particulière, telle qu'elle s'instaure avec un psychanalyste, la vérité n'est pas donnée à l'avance et un nouveau rapport à l'inconscient est mis en jeu. Ici les rêves et les faits comptent également, les pensées folles ont droit de cité, les enfants en disent comme jamais sur les grandes personnes et celles-ci se risquent à parler d'autant plus librement qu'elles ont à reconnaître leurs servitudes et leurs désirs. Mais voilà qui n'empêche pas que l'analyse elle-même puisse devenir un symptôme, comme c'est le cas quand on en fait un système d'interprétation ou quand le transfert reconduit l'assujettissement. Dès lors, l'exigence est de mettre à jour les conditions de sa pratique et d'élucider ce qu'elle génère, sans méconnaître son ressort et ses limites. Autrement dit :
« Le titre de ce livre pourrait faire croire que la psychanalyse tend à devenir une langue étrangère, à traduire donc. Pourquoi pas ? Car il est bien vrai qu'à chaque nouvelle génération, son savoir s'obnubile, refoulé qu'il se voit par la banalisation de ce qu'avaient de plus vif ses trouvailles les plus bouleversantes. Nestor Braunstein s'emploie justement à sortir la langue de la psychanalyse du confinement dans les cabinets de ceux qui la pratiquent. Il la confronte à celle qui se profère sur la place publique où confluent les savoirs et où se déchaînent les mises en question. Son discours en ressort renouvelé et ragaillardi. La question du sens occupe une place centrale dans la recherche ici déployée, qu'il s'agisse de celui à retrouver lors du passage de la langue des fondateurs, Freud et Lacan, à celle de leurs épigones, ou de celle des procès mis en jeu dans la compréhension des énoncés : ceux convoqués dans le transfert ou ceux qui sous-tendent la croyance en l'effectivité de la Science ou au Dieu de la religion, surtout quand on lui prête l'interdit de toute représentation. On le verra, cet essai, qui pourrait devenir un classique, travaille donc le même thème en six variations qui donnent l'impression de parvenir à l'épuiser, mais qui ne font que le reprendre pour en aiguiser les arêtes et le relancer jusqu'à rendre la psychanalyse elle-même aussi limpide qu'insubmersible. À traduire donc et retraduire sans trêve.» Jacques Nassif
La réédition de ce roman d'initiation épistolaire, où Julie, désirant devenir psychanalyste, pousse jusque dans ses derniers retranchements un psychanalyste usé sous le harnais en lui posant les questions les plus simples, se trouve actualisée par un épilogue évoquant la situation actuelle de la psychanalyse. Entre Genève et Paris, puis à présent entre Rome et Buenos Aires, les questions fusent entre une jeune fille qui voudrait devenir psychanalyste, puis une jeune femme qui l'est devenue, mais en Amérique Latine, et un psychanalyste, témoin avisé de l'Histoire du mouvement psychanalytique et qui s'essaye à le rester, malgré tous les soubresauts de l'Histoire actuelle et les puissances du refoulement de la psychanalyse qu'elle met en oeuvre. Jacques Nassif est psychanalyste (Paris et Barcelone), il fait partie des cartels constituants de l'analyse freudienne et de Invenció Psicoanalítica. Mise en vente le 30 août 2012