Henri-Pierre Jeudy
Henri-Pierre Jeudy
Ce livre n'est ni un mode d'emploi, ni un traité « psy ». Considérée comme suicidaire, l'auto-destruction fait peur ou fascine. Elle incite à reproduire, par des mises en scène, un idéal d'équilibre. Mais c'est aussi au nom de la survie, qu'une obsession gestionnaire de la conservation impose son austérité et finit par transformer le monde en un vaste musée. Comment manifester alors une esthétique de l'auto-destruction, sans passer pour un cynique ou un nihiliste ? Pourtant, le sens se joue dans les multiples mouvements de la destruction, dans ces jeux de miroir sans fin, où les images de l'harmonie se dérobent à l'intentionnalité qui semblait les animer. Auto-détruire n'est pas faire mourir. C'est le rythme même du jeu du sens.
Le train est-il une « machine à souvenirs » et un « lieu de rencontres inattendues » ? Au cinéma, comme dans la littérature, le train joue souvent le rôle de décor actif, il paraît « donner vie » aux personnages en créant des ambiances. Quelles sont les images et les réflexions qui viennent à l'esprit des voyageurs pendant le temps du trajet ? Comment le territoire est-il appréhendé dans l'imaginaire collectif? Chacun a « ses » histoires avec le train comme si le rythme ferroviaire des déplacements ou des voyages plus lointains forgeait des bribes de récit de la vie. Quant à la vision du train qui entre en gare, quant à la fumée que la machine à vapeur lançait vers le ciel, pareilles images ne quittent pas notre mémoire... Le train sera toujours un mythe. Amplitudes propose une rencontre entre des points de vue personnels et des analyses d'experts autour de l'intensité des phénomènes qui se vivent sur les territoires dans la vie quotidienne.
Le phénomène publicitaire déborde la seule problématique de la consommation des objets et de la reproduction des besoins pour devenir une modalité de l'échange social. Plus que la répétition des images et des slogans, plus que la fascination compulsive pour un « monde des objets », le langage publicitaire pénètre tous les modes du langage quotidien. Les intonations, les structures visuelles, les tournures linguistiques sont reprises dans les rapports sociaux mais elles deviennent surtout productrices de l'échange et permettent une mise en scène sociale articulée sur les mêmes modèles culturels. La publicité sur les loisirs, sur l'habitat crée une représentation de l'espace réductrice de toute l'ambivalence propre à l'appréhension du corps dans le milieu environnant : la division, le découpage le plus rationalisé coïncident avec la représentation de l'infini, de l'ailleurs ou de l'espace sans limites. Plus que le langage de l'apparence généralisée, le langage publicitaire développe, essentiellement dans sa forme, un rythme obsessionnel de la pratique sociale. Les mots, les images, les sons devenant des choses - ou des représentations de choses - le langage publicitaire pourrait presque se comparer à une activité mentale dominante. Dès lors, le « consommateur », personnage fictif, n'est plus un récepteur harcelé de messages, il n'est que l'alibi d'un langage sans sujet qui s'accomplit dans une véritable compulsion symbolique de l'échange. Le choix du bien de consommation et l'objet de l'échange n'ont plus d'importance : la conscience d'un achat bien déterminé ferait échouer le processus consommatoire. Ainsi le phénomène publicitaire tend-il à simuler l'enjeu d'un désir absolu, dépassant les limites d'une « société de consommation » encore dominée par le culte de l'objet.
"Quand elle est l'effet d'une sensation, la densité reste abstraite, elle n'a pas de mesure, elle rompt avec les choses pour se livrer à une danse de l'apesanteur." Après avoir assisté à son propre enterrement, l'auteur revient du cimetière, marche dans un dédale de paysages insolites, pour rejoindre la maison où, parmi les revenants, l'attend Nathanaëlle, figure de la danseuse automate. Près de la grande cheminée, le clown blanc qu'elle a acheté dans une brocante, lui donne chaque jour des « nouvelles de la réalité ». Commence alors une farandole des mondes qui oscille entre le réel et l'imaginaire. L'énigme ne cesse de s'inventer elle-même au fil des fragments de récit pour annoncer chaque fois sa disparition. Le chapeau fossilisé fait allusion aux chapeaux du peintre Magritte : évoquant une Vanité, il ne couvre que la silhouette d'un homme vu de dos. Voici venir le trop rare Henri-Pierre Jeudy qui livre ici une oeuvre envoûtante et attachante. C'est un grand bonheur d'accueillir l'homme, le sociologue et l'écrivain au sein de Gwen Catalá éditeur.
L'arbitraire, une arme à double tranchant. Humeur capricieuse du tyran, insupportable aux âmes bien nées, ou marque d'une illusoire et particulière liberté, face à l'ordre établi ? Faut-il accepter l'arbitraire du pouvoir ou lui opposer son propre arbitraire ? Communément, l'arbitraire est honni, quel qu'il soit et d'où qu'il vienne. Cependant, dans un monde où le consensus est universellement requis, où le pluralisme des valeurs fait florès, d'où toute violence critique est bannie, ne convient-il pas de tenter l'éloge des humeurs singulières qui, il faut l'avouer, ponctuent la moindre de nos actions ? L'auteur tente ici l'analyse de cette notion rusée, dont on ne sait si elle est remède ou poison.
Quelle est donc cette «manie d'interdire» qui envahit aussi bien l'espace public que l'espace privé ? Qu'implique la prolifération des interdits dans notre vie de tous les jours et quelles conséquences a-t-elle sur nos liens sociaux et nos comportements individuels et intimes ? Imposent-ils une norme nécessaire pour «bien vivre ensemble» ou génèrent-ils une tentation libératrice ? Henri-Pierre Jeudy redéfinit l'interdit sous tous ses aspects, de l'enfant qui doit obéir à la censure aux politiques environnementales ou de santé publique. Un livre d'anthropologue, de philosophe, de sociologue et de poète, un regard précis et humoristique sur le monde contemporain. Henri-Pierre Jeudy, est sociologue et écrivain. Il a publié une quarantaine d'ouvrages sur les phénomènes de conservation et de destruction des sociétés.