Guy Millière
Guy Millière
Je disais dans un livre publié il y a dix ans que s'opérait en France un délite- ment lent, un glissement progressif vers le chaos, une décomposition coton- neuse et lymphatique striée de violences récurrentes : attentats, émeutes, raids de pillage. Je parlais de l'anomie qui venait s'installer. Je reprenais la définition de l'anomie : disparition des règles, normes, références, valeurs qui permettent à une société de fonctionner. Je dirai que la France aujourd'hui n'a jamais été aussi proche de l'anomie. Les règles en vigueur sont de plus en plus fragiles. Les références sont profondément ébranlées. Les valeurs aussi. La société française continue à fonctionner, et reste une société où subsistent de la richesse et des vestiges de création. L'anomie n'empêche pas les sociétés de fonctionner, et ne détruit pas la richesse et la création en quelques instants. L'anomie est un poison insidieux qui ne provoque pas une mort brutale. Les sociétés sont des organismes trop complexes pour mourir brutalement et d'un seul coup. La mort vient néanmoins prendre possession du pays. Peut-elle encore être évitée? J'aimerais le penser. Mais j'en doute. J'explique ici pourquoi. J'espère, bien sûr, me tromper. "Malheur, destruction, ruine et décomposition ; le pire est la mort et la mort aura son jour." William Shakespeare, Richard II, 1595
"You asked me why I support the Jewish state and why I am ready to put myself in harm's way to do it. You said that I am not a Jew and that I am not directly concerned. You can see that the Jewish state is criticized, insulted, and vilified, relentlessly, and you think there is a reason for that. You think that many other causes deserve my support, and that my life and yours would be less complicated if I chose another cause and abandoned this one. I'm not a Jew, that's right, and even if I have the highest respect for Judaism, I have no intention to convert. But, and I insist: it is not necessary to be a Jew to support the Jewish state and to be directly concerned by its fate. Knowing history, having ethical values imply making choices. I know history, I have ethical values; ergo, I made a choice. The Jewish state is criticized, insulted, vilified, relentlessly, and there is a reason for that; that's right again, but the reason is not the one you may imagine, really not at all. There are undoubtedly many other causes that deserve my support, and they already receive my support, you know it. I support liberty and human rights wherever they are threatened. But it does not mean that I should turn away from the cause of the Jewish state, even if it made my life (and yours) easier. I have to explain".
Aux yeux de beaucoup, la chanson québécoise tient en quelques grands noms : Charlebois, Leclerc, Vigneault. Ou, plus récemment apparus : Diane Dufresne, Beau Dommage. Mais au-delà d'informations vagues et éphémères, au-delà de l'écoute d'un instant, que savons-nous du vaste mouvement qui les porte et leur donne, malgré leurs différences, un « style » reconnaissable entre tous, et bien distinct de ce que nous pouvons par ailleurs entendre en France ? Que savons-nous de la culture et du pays dont ils viennent, ce pays qui commence tout juste à s'éveiller, et semble porteur d'autant de promesses que d'incertitudes ? C'est à ces questions que ce livre aimerait répondre. Pour défaire les images pittoresques ou stéréotypées par lesquelles se reconduit en nos mentalités un impérialisme culturel latent vis-à-vis du Québec et des Québécois. Pour analyser les divers méandres selon lesquels une mentalité encore principalement paysanne voici une vingtaine d'années a su s'ouvrir à la modernité sans rien perdre de son identité. Pour comprendre en quoi la chanson peut être plus qu'un sous-produit des arts dits "majeurs" et se faire porteuse des aspirations cruciales d'un peuple en train de se lever, sans tomber pour autant dans l'ornière de proclamations strictement politiques. G.M.