Geneviève Dermenjian
Geneviève Dermenjian
Entre l'atelier du peintre et les légendes polynésiennes, Dévergondages interroge l'acte de créer comme une prière. Jean Rasthe y mêle chair et transcendance, offrant une méditation poétique sur la beauté et l'éphémère.
Ce livre indique comment, pendant la période française (1830-1962), la population juive d'Algérie s'est transformée par un processus social et politique d'accès à la citoyenneté. Ce processus continu fut largement troublé d'une part par l'hostilité plus ou moins ponctuelle des Français, des Européens de la colonie et des Musulmans, et d'autre part par les polémiques incessantes qui ont accompagné ce passage progressif d'un groupe d'indigènes colonisés en citoyens de la République française. L'ouvrage analyse l'évolution du statut des Juifs entre 1830 (où ils ne sont que des dhimmis) et le décret Crémieux de naturalisation collective de 1870, la « mission civilisatrice de la France » qui s'est accompagnée de l'attachement rapide et définitif des Juifs, l'importance à travers le temps de l'« antijudaïsme » et de l'antisémitisme dans la colonie. Leur inscription dans la sphère française aux XIXe-XXe siècles fait d'objet d'études de cas : les rabbins, les Juifs de Constantine, les interprètes, la vie quotidienne, la presse antijuive. Les textes proposés font revivre leurs identités plurielles : citoyens français, ils revendiquent leur judéité inscrite dans la sphère séfarade, imprégnée de culture berbéro-arabe. La période de la Deuxième Guerre mondiale est abordée à travers les camps d'internement et la présence de Juifs d'Algérie à Marseille. Le livre s'achève avec un regard sur la situation actuelle et des témoignages sur la mémoire de l'Algérie.
Pendant la période française (1830-1962), les Juifs d'Algérie ont tout d'abord été soumis à un antijudaïsme qui prit la forme d'une forte hostilité de la part de nombreux Européens envers la personne des Juifs, puis à un antisémitisme fondé sur la haine de ces Juifs en tant que groupe ethnique ou racial. Antijudaïsme et antisémitisme ont donné naissance à des comportements, des mises à l'écart, des campagnes d'opinion agressives. Cette animosité éclata en crises violentes, à la fin du XIXe siècle et dans l'entre-deux-guerres, avec des manifestations, des émeutes, des » mesures antijuives », prises par les « conseils municipaux antijuifs », soutenus par des « députés anijuifs ». En dehors des moments de crise ouverte où la population descendait dans la rue, les relations interpersonnelles indiquaient la persistance de l'antisémitisme dans la population. Après avoir décrit les grandes périodes de cette « idéologie de masse » selon l'auteur, cet ouvrage détaille l'implication de la population européenne et musulmane dans cet antisémitisme et les conséquences qui en résultèrent pour les Juifs. Enfin, l'accent est mis sur ce qui explique la prégnance de l 'antisémitisme en Algérie : ses fondements idéologiques et son appareil, son expression dans l'espace public - occupation de la rue et manifestations, fêtes, langue spécifique, journaux et caricatures - lui ayant permis de s'imposer dans l'espace public tant auprès de ses fidèles que de ses détracteurs.