Gaïdz Minassian
Gaïdz Minassian
Depuis le conflit du Haut-Karabakh en 2023, le Caucase attire à nouveau l’attention internationale en raison de son rôle dans les tensions entre l’Occident et la Russie, de ses conflits non résolus et de son importance en tant que corridor énergétique vers l’Europe. Ce dossier de Questions internationales propose une analyse approfondie des enjeux géopolitiques de la région. Il décrypte l'évolution politique, économique et sociale récente des trois "jeunes" États qui la composent (Arménie, Azerbaïdjan et Géorgie). Leurs relations complexes avec la Russie, ancienne puissance colonisatrice et allié imprévisible, ainsi qu'avec la Turquie aux ambitions grandissantes sont également étudiées. Des éclairages consacrés aux nombreuses minorités et langues du Caucase, à ses territoires sécessionnistes (Ossétie du Sud, Abkhazie) et à l'influence du facteur religieux complètent ce numéro très complet.
Depuis la chute de l'Union soviétique, Arméniens et Azerbaïdjanais se disputent dans un tourbillon de violence le territoire du Haut-Karabakh, province arménienne rattachée à l'Azerbaïdjan par Staline en 1921. Près de quarante ans après les premiers coups de feu qui ont retenti dans ces montagnes caucasiennes, ce chapelet de guerres (1991-1994, 2016, 2020) est considéré comme l'un des conflits les plus meurtriers depuis la fin de la guerre froide. Archétype des guerres post-soviétiques, il s'ouvre sur une « victoire militaire » arménienne et s'achève avec une « victoire militaire » azerbaïdjanaise sous le regard cynique d'une Russie qui se promène de Bakou à Erevan, tout en passant du statut de puissance post-communiste à celui de puissance néo-impériale... Voilà pourquoi un rocher grand comme un département français coincé dans les plis de l'Europe et de l'Asie, de la Russie et du Proche-Orient, provoque autant de passions, de déchirures et de tragédies. C'est ce que démontre Gaïdz Minassian dans ce remarquable essai aussi original que nécessaire, donnant les clés de compréhension politique, culturelle et sociale de cette guerre existentielle en relation directe avec la sécurité de l'Europe.
Que signifie « gagner une guerre » aujourd'hui ? Et comment définir la victoire au cours de l'histoire ? Si la question de la victoire est au centre de la réflexion stratégique actuelle, elle n'en demeure pas moins sans réponse. C'est dans cet esprit que Gaïdz Minassian propose une réflexion aussi subtile que novatrice, sur la longue durée. Cet essai s'ouvre sur un dialogue entre Achille, incarnation de la force, et Ulysse, personnalisation de la ruse, en présence d'Hector venu en observateur les voir s'invectiver sur les ambivalences de la victoire du Néolithique à nos jours. Puis, après avoir proposé une grille d'analyse des plus pertinentes, l'auteur revisite les trois dernières décennies d'hubris et ses impossibles victoires lors des interventions onusiennes ou des « guerres contre le terrorisme ». Enfin, et c'est toute l'originalité de ce livre, il se demande si, pour mieux comprendre cette disparition de la victoire telle que nous la concevons, il ne convient pas d'abord de renoncer à la puissance et à la ruse, pour endosser une éthique d'humilité. En somme, abandonner Achille et Ulysse pour retrouver Hector, tel est le propos de ce livre ambitieux et fondamentalement original appelé à devenir un incontournable des études sur la guerre et la paix.
Jamais le débat autour du génocide des Arméniens de 1915 n'a été aussi acerbe que ces dernières années entre défenseurs et opposants aux lois dites " mémorielles ". Pourquoi cette question suscite-t-elle tant de passions ? Analyse approfondie de l'histoire et de la mémoire arméniennes, cet ouvrage explore les spécificités d'un peuple dont l'identité nationale ne peut pas se construire à partir du seul génocide. L'histoire a commencé avant et s'est poursuivie après. L'auteur appelle ainsi les Arméniens à désacraliser 1915 afin de libérer la pensée et désinhiber les comportements collectifs. Par le passé, les empires successifs ont, en effet, empêché l'Arménie de développer une tradition de souveraineté au sein d'un territoire dont les frontières étaient trop mouvantes pour constituer un État aux fondations durables. Et la religion s'est souvent substituée à celui-ci pour organiser la société et nourrir une vision mythifiée d'une nation multiséculaire. Comment sortir de ces logiques de domination ? S'affranchir de la mémoire, se délivrer du poids du passé et devenir le sujet de son propre destin : tels sont les enjeux actuels du peuple arménien.
C'est dans la nuit du 23 au 24 avril 1915, à Constantinople, qu'eut lieu la première rafle d'Arméniens, annonçant la longue série de déportations, tueries et massacres qui vont durer plus de trois ans. 1 500 000 personnes y perdent la vie, soit deux tiers des Arméniens de l'Empire ottoman. Les autres fuient la fureur des soldats, constituant une diaspora importante en Europe, au Proche-Orient et en Amérique. Depuis un siècle, la Turquie nie toujours ce génocide. Mais que s'est-il passé exactement ? Comment en est-on arrivé là ? Pour saisir cette histoire dans toute son ampleur, Gaïdz Minassian a choisi de la raconter à travers les parcours des révolutionnaires arméniens, fascinés par le modèle français des Lumières et prêts à tout pour faire reconnaître leurs droits mais aussi défendre l'égalité entre les peuples. De leur mobilisation politique, encore pacifique, à la radicalisation armée, l'auteur retrace l'aventure de ces idéalistes grâce à leurs Mémoires ou journaux qui témoignent de leur vie clandestine, de leurs doutes et leurs espoirs perdus. Parmi eux, au premier rang, la figure charismatique de Christapor Mikaelian, le fondateur de la Fédération Révolutionnaire Arménienne (FRA) et chef de file du mouvement de libération nationale, hante ces pages... Quoi de mieux, quoi de plus vibrant que ces éclats de vie pour raconter cette histoire au souffle épique. Le dénouement - tragique - est à l'image du rêve brisé de ce peuple, partagé entre Orient et Occident et condamné à l'exil...
C'est dans la nuit du 23 au 24 avril 1915, à Constantinople, qu'eut lieu la première rafle d'Arméniens, annonçant la longue série de déportations, tueries et massacres qui vont durer plus de trois ans. 1 500 000 personnes y perdent la vie, soit deux tiers des Arméniens de l'Empire ottoman. Les autres fuient la fureur des soldats, constituant une diaspora importante en Europe, au Proche-Orient et en Amérique. Depuis un siècle, la Turquie nie toujours ce génocide. Mais que s'est-il passé exactement ? Comment en est-on arrivé là ? Pour saisir cette histoire dans toute son ampleur, Gaïdz Minassian a choisi de la raconter à travers les parcours des révolutionnaires arméniens, fascinés par le modèle français des Lumières et prêts à tout pour faire reconnaître leurs droits mais aussi défendre l'égalité entre les peuples. De leur mobilisation politique, encore pacifique, à la radicalisation armée, l'auteur retrace l'aventure de ces idéalistes grâce à leurs Mémoires ou journaux qui témoignent de leur vie clandestine, de leurs doutes et leurs espoirs perdus. Parmi eux, au premier rang, la figure charismatique de Christapor Mikaelian, le fondateur de la Fédération Révolutionnaire Arménienne (FRA) et chef de file du mouvement de libération nationale, hante ces pages... Quoi de mieux, quoi de plus vibrant que ces éclats de vie pour raconter cette histoire au souffle épique. Le dénouement - tragique - est à l'image du rêve brisé de ce peuple, partagé entre Orient et Occident et condamné à l'exil...
Roland Dumas a été lun des principaux acteurs dune période exceptionnelle sur le plan des relations internationales : chute du mur de Berlin, fin de la guerre froide, émergence d'un Sud contestataire, création de l'euro, avènement de la mondialisation autant de ruptures qui ont refaçonné le monde contemporain.L'ancien ministre d'État, qui fut un ami proche de François Mitterrand et le maître duvre, si ce nest à penser, de sa politique étrangère, analyse ici ce lent et difficile passage entre deux siècles. S'exprimant avec distance et lucidité, il est sollicité par les questions, les commentaires et les objections dun universitaire reconnu dans le domaine des relations internationales et dun journaliste spécialisé sur ces questions. À la croisée des mémoires et du livre de débat, ce document mêle récits et confidences sur la façon dont furent prises les décisions gouvernementales et multilatérales à des moments décisifs de lhistoire, avec les considérations sur lavenir du monde et des relations entre les pays dun homme dÉtat qui a toujours aimé se présenter hors des « passages cloutés » de la diplomatie.