Françoise Frontisi-Ducroux
Françoise Frontisi-Ducroux
Alain Rilly parvient, d'une manière semble-t-il naturelle, à restituer la couleur et les parfums du cheminement d'un homme naissant. Tout est là, sous nos doigts : les soirs et les matins avec leurs questionnements, les amitiés qui naissent pour une heure ou une vie, la folle ivresse de l'amour. De ses années où il fut étudiant, cet auteur a ramené comme d'un voyage des sensations contrastées et pittoresques. Beaucoup de rêves, aussi ! ils font de ce recueil un ensemble fort et attachant, sur les rives duquel le lecteur aimera se ressourcer. Cette moisson-là est celle des jours brûlants de la vie qui s'offre. Il y a en elle ce que l'existence nous apprend. Il y a surtout le plus beau : ce que l'on espère de chaque minute, lorsque l'on a vingt ans.
Françoise Frontisi-Ducroux raconte quelques grands mythes du féminin liés à la quenouille et au métier à tisser. Par ce choix, elle nous convie à une traversée de la politique des sexes où l'on passe sans cesse des figures de la mythologie aux réalités du quotidien chez les mortels. Si l'art d'entrelacer est un savoir-faire des femmes, le tissage suppose jeux et tensions entre masculin et féminin – comme dans le rapport nécessaire entre la chaîne et la trame sur le métier à tisser. Pour notre bonheur, l'auteur met en scène quelques grandes dames de la mémoire de nos cultures d'aujourd'hui : Ariane, Hélène, Pénélope, Philomèle et Procné, Arachné... Ce livre nous éclaire sur une histoire sans fin qui met en jeu des mécanismes imaginaires où s' " entrelacent " masculin et féminin. Françoise Frontisi-Ducroux, helléniste, sous-directeur au Collège de France a publié, entre autres, Dédale, mythologie de l'artisan en Grèce ancienne (Maspero, 1975/ La Découverte, 2000), Le Dieu-masque (La Découverte/ École française de Rome,1999), Du masque au visage (Flammarion, 1995), L'Homme-cerf et la Femme-araignée (Gallimard, 2003) et, avec Jean-Pierre Vernant, Dans l'oeil du miroir (Odile Jacob, 1997).
Pourquoi, dans les mythes grecs de métamorphoses végétales, les jeunes filles sont-elles transformées en arbres, tandis que les garçons donnent en mourant naissance à de jolies fleurs ? Cette question, point de départ du livre, est d'abord déterminée par la langue française, qui veut que la fleur soit un nom féminin et que l'arbre soit masculin. L'étonnement est peut-être moins grand pour un Italien habitué à penser les fleurs au masculin. Et que dire des langues qui prudemment font appel au neutre ? Mais chacun pense dans sa langue. De fait nos noms de fleur font alterner les deux genres. À côté de la rose, paradigme du féminin depuis rosa - rosam - rosae... combien de lis, de narcisses et de glaïeuls dans nos jardins ? De roses d'ailleurs (neutre en grec : rhodon) il ne sera pas question, non plus que de marguerites, ni en tant que fleurs ni en tant que filles. Et, si l'on creuse un peu, les " jeunes filles en fleurs " se révèlent plus garçonnières encore que dans le récit proustien. ¿Françoise Frontisi-Ducroux raconte des mythes anciens où des jeunes gens, filles et garçons, exposés au désir amoureux des dieux, se transforment en plantes. Syrinx poursuivie par le dieu Pan devient une brassée de roseaux. Hyacinthe, malencontreusement frappé par le disque de son amant, Apollon, meurt en faisant naître une jacinthe. Daphné, Myrrha, Narcisse, Adonis et quelques autres connaissent un sort semblable où le tragique s'associe à l'érotique.