Elisabeth Suetsugu
Elisabeth Suetsugu
Sôseki écrivit pour un journal le feuilleton de ses Petits contes de printemps au printemps 1909. Ces fragments de journal intime ont chacun une tonalité très différente, tantôt intime et familière, tantôt d'une drôlerie délicate, étrange, ou encore empreinte de nostalgie. Ils donnent à voir le temps qui passe, la douceur d'un soir de neige ou la beauté des flammes. Une façon de lire l'impermanence des choses.
Un livre comme un koân zen : d'une simplicité désarmante, il raconte avec allégresse comment la décision d'un petit garçon de devenir moine zen va bousculer toutes les certitudes de ses parents, changer leur rapport au monde, et les éveiller à des vérités qu'ils n'avaient jamais soupçonnées.
Certains livres, parfois, semblent portés par l'aile frémissante d'un oiseau. En voici un, né de la joie intense d'avoir échappé à la mort. En 1910, hospitalisé pour une grave maladie qui met ses jours en danger, Sôseki note au quotidien l'évolution de son état et ses réflexions. Choses dont je me souviens. Ce qu'il tente de retenir avec tant de hâte, malgré son extrême faiblesse, c'est bien sûr le miracle de la vie rendue, mais surtout la paix du coeur, la clarté pleine de grâce qu'a atteinte sa conscience libérée de la pression de la vie réelle par cette expérience si particulière de la maladie.Si je fais le compte des occasions où j'ai pu me dire au cours de ma vie qu'une chose m'avait rendu réellement heureux, réellement reconnaissant, réellement humble, je m'aperçois qu'elles sont infiniment rares. Mon souhait le plus cher est de conserver intacts dans le fond de mon coeur, le plus longtemps possible, ces sentiments privilégiés qui m'habitaient alors...Si ce texte, prose entremêlée de poèmes,a une tonalité unique dans l'oeuvre de Sôseki, c'est que l'écrivain en a fait la mémoire du bonheur.
« Un jour, tandis que j'étais dans mon bureau, occupé comme d'habitude à confier au papier des choses mélancoliques, un bruit étrange est parvenu à mon oreille. La véranda bruissait. On aurait d'abord pu croire qu'une femme avançait en retenant le bas de son kimono de soie, mais le froissement de l'étoffe sur le plancher était par trop vif pour un simple bas de robe. J'ai alors comparé ce bruit au crissement des plis de l'ample pantalon que porte le chambellan, lors de la fête des Poupées, évoquant le glissement de la soie sur les marches du palais fictif. Laissant mon roman, je suis sorti sur la véranda, le stylo entre les doigts : le moineau de Chine prenait son bain. »
C'est un roman âpre et poignant sur la relation tumultueuse entre le mythique saxophoniste de free jazz Abe Kaoru et l'écrivaine sulfureuse Suzuki Izumi.Ils ont vingt-quatre ans, s'aiment d'un amour d'écorchés vifs, ils se droguent pour endormir le malaise de vivre et rêvent d'une musique absolue, libre, qui pourrait d'un seul son détruire l'ordre du monde. De 1973 à 1978, jusqu'à ce que dans un dernier excès Abe Kaoru meure d'une overdose, ils vivent un amour-haine qui défie les codes et se mesure à la violence. Ce sont les années de la pop culture, qui traverse tout le livre, dans son versant sombre.Inspiré d'une histoire vraie. INABA Mayumi (1950-2014) écrit depuis l'adolescence. Elle a publié de la poésie, des nouvelles et des romans couronnés par de prestigieux prix littéraires : le prix Kawabata en 2008, le MEXT Award for the Arts l'année suivante, et surtout le grand prix Tanizaki pour La Péninsule aux 24 Saisons en 2011. Elle est connue pour son amour des chats et y a d'ailleurs consacré un livre de mémoires : 20 ans avec mon chat, Picquier 2014.
Dans un paysage de mer et de falaises d'une beauté paisible, bien loin de Tôkyô, une femme en désaccord avec le monde entreprend la redécouverte d'elle-même et passe des jours heureux d'une grande douceur. En compagnie de son chat, elle fera durant douze mois l'apprentissage des vingt-quatre saisons d'une année japonaise. A la manière d'un jardinier observant scrupuleusement son almanach, elle se laisse purifier par le vent, prépare des confitures de fraises des bois, compose des haïkus dans l'attente des lucioles de l'été, sillonne la forêt, attentive aux présences invisibles, et regarde la neige danser. Dans ce hameau au bord du monde, l'entraide entre voisins prend toute sa valeur, les brassées de pousses de bambou déposées devant sa porte au moment de la récolte, et les visites chaleureuses à l'atelier du miel de son amie Kayoko. Vingt-quatre saisons, c'est le temps qu'il faut pour une renaissance, pour laisser se déployer un sensuel amour de la vie.
Tout a commencé avec la rencontre d'un chaton égaré. Une boule de poils vaporeuse accrochée de toutes ses griffes au grillage d'un collège près de Tôkyô. Une chatte friande de sardines et de bonite aigre-douce, qui va s'introduire dans la vie de l'auteur pour très longtemps. Mî va partager avec elle quatre-vingts saisons, la rendre sensible à l'odeur du vent, aux signes de la nature, à la température de la lumière, et accompagner chacune des transformations de sa vie. Car ce roman étoilé de poèmes est aussi celui d'une femme habitée par le désir d'écrire, qui tous les soirs égrenait sur le papier des choses qui apparaissaient, ou disparaissaient, les yeux posés sur Mî blottie à ses côtés. La naïve et craintive chatte va se transformer, avec la vieillesse, en une belle endormie, et sa maîtresse, presque sans s'en apercevoir, va devenir écrivain.