Des Roches Roger
Des Roches Roger
NUIT, PENSER Toujours, depuis si longtemps, des poèmes: manières de voir ou de vivre, on le dit, mais peut-être aussi, un à un, manières de penser ou de vieillir, maintenant. Dix mille nuits sans dormir font des poèmes, encore. La nuit - avec tous ces objets qui s'échangent leurs noms et ces souvenirs qu'il faut inventer - fait des poèmes. Des yeux, dans l'obscurité, je cherche des mots qui me suivront jusqu'au lendemain, sans doute dans le bon ordre. Je fume, j'écoute les voix qui sont la mienne quand les autres dorment. Elles sont des poèmes. DIXHUITJUILLETDEUXMILLEQUATRE La mort de la mère: ce moment où le fils est anéanti et... libéré. Rarement la poésie a témoigné de façon aussi personnelle de l'entrée en agonie d'un parent. Quand la mort fait de la mère son pantin, le fils veut fuir ce qui crie entre les murs «gris de la couleur du jour de la chambre de la seule avec / Dieu qui gratte et Dieu qui tire et Dieu qui mord: / douzejuilletdeuxmillequatre». La mère en allée, la famille envolée avec elle, rien ne reste au poète que sa poésie pour trouver grâce devant leur mémoire.
Supposons une plaine qui s'étend, très grande, avec au-dessus un ciel encore plus grand. Supposons que cette image est une immense toile que le peintre s'est promis de recouvrir. La plaine, le ciel sont le vivant, la pensée. Roger Des Roches s'attaque, dans Faire crier les nuages, à ce paysage large et profond. Après l'intime et le personnel (dixhuitjuilletdeuxmillequatre, Le corps encaisse), l'auteur s'est donné le défi de détourner l'objectif de lui-même pour le diriger sur ce qui l'entoure. Une plaine réelle, un ciel réel. Et devant, derrière, dedans, avec les nuages, malgré eux, des poèmes pour les faire travailler, pour les faire déborder. Faire crier les nuages. C'est à un fourmillement d'images violentes ou subtiles et de brefs récits que le poète convie le lecteur. Un livre animé par un souffle débridé, joueur et puissant comme le vivant, comme la pensée.
Le corps de l'homme encaisse. Celui qui se comprend vieilli avance lentement, dans les douleurs, l'inquiétude, la paix, l'invention, alors que des gouffres qui l'entourent jaillissent petites et grandes violences, les désirs, les visions du monde tissées de folie et d'espoirs fous. Avec Le corps encaisse, Roger Des Roches refabrique pour nous une langue de l'appétit, de l'éclat, de la bousculade, de la profusion. « Je plante un théâtre ici j'écrase le théâtre ici les décors la trace de la vie la chargée j'attends je suis caché je cherche la nourriture urgente j'écris devant vous je suis caché devant vous. »
La mort de la mère : ce moment où le fils est anéanti et... libéré.Rarement la poésie a témoigné de façon aussi personnelle de l'entrée en agonie d'un parent. Quand la mort fait de la mère son pantin, le fils veut fuir ce qui crie entre les murs «gris de la couleur du jour de la chambre de la seule avec / Dieu qui gratte et Dieu qui tire et Dieu qui mord : / douzejuilletdeuxmillequatre».La mère en allée, la famille envolée avec elle, rien ne reste au poète que sa poésie pour trouver grâce devant leur mémoire.
Le passé, l'étendue du corps des femmes, la vie fabriquant des chimères.Promenade d'homme nu dans un paysage mal réfléchi. Comment interpréter ce qui fut, ce qui fuit? Seul but du poème. Comment retrouver ses chemins dans le noir?Travail de mémoire et d'invention. Plutôt qu'écriture automatique, mémoire automatique.Capturer des images du passé, dont on ne sait plus, dont on ne saura jamais, si elles sont vraies ou fausses.Spectacle organique, voix de chair. Avec l'image d'un Christ vaincu qui traverse l'espace, la tête et le corps.R. D. R.
Ce lieu touffu dans lequel nous entrons, vaste, furieux, peuplé d'êtres et d'idées et d'images, une cathédrale de mots, cette Cathédrale de tout, là où ça s'affronte et se bouscule sur la route vers le sens. L'histoire, des histoires, une et mille et mille, comme une collection de mondes aux personnages étonnés. Des tableaux habités, hantés, foisonnants, furieux. La vie dans des souffles.