Chantal Vattan
Chantal Vattan
Descente en enfer schizophrénique où l'enfermement en soi le dispute à la menace de l'Autre... Une introspection terrifiante ! « Je m'apaise sous l'eau chaude. Sous les douches répétées, mon corps disparaît pour se mélanger à l'eau qui coule. Parfois je vois des morceaux entiers qui s'engouffrent dans la bonde. Je ferme les yeux, retiens ma respiration. Le flot brûlant fabrique une nouvelle enveloppe. Je dois m'y habituer. Je mentalise chaque organe sous la peau. Il ne faut pas que je pense au ventre, sinon je dois tout recommencer. Je m'attarde sous mes globes oculaires. Dernier bastion de recensement. C'est un lieu stratégique. Je contrôle l'arrivée des images. Je peux enfin fermer l'arrivée d'eau. » Chantal Vattan nous donne deux nouvelles d'une grande maitrise illustrant un talent consommé de nouvelliste noire, très noire.
La passion mortelle de Gisèle s'appelle Edouard mais ils finiront par faire lit à part... « La lumière disparaît sous les plinthes. Le froid s'installe. Il a bien fallu allumer la lampe. Je suis lasse. La radio gémit sur des ondes inaudibles. Je m'accroche aux lambeaux des mots. Encore une nuit à affronter. Une nuit d'attente. J'appréhende la disparition complète du jour. Quand les ombres surgissent, j'ai peur de ne plus rien maîtriser et de me mettre à hurler. Je ne peux pas, je ne veux plus dormir. » Ça commence par une conversation de pipelettes, pour terminer par un drame familial d'un noir désespérant. Une juxtaposition créant la dynamique d'un récit rudement bien conduit par cette nouvelle auteure.