Cécile Folschweiller
Cécile Folschweiller
1918, annus mirabilis pour les Roumains, année de l'Union, celle qui ouvre la Grande Roumanie, dont le centenaire fut fêté en grande pompe en 2018. Au-delà des commémorations, c'était l'occasion de réinterroger la complexité du moment, du déroulement, des engagements, des narrations. Car les enjeux de 1918 ne sont pas seulement militaires mais aussi politiques, idéologiques, intellectuels. Les acteurs sont roumains mais également européens. Le moment est national et révolutionnaire. Et cet avènement est aussi un écroulement - celui des empires - dont le nouvel État porte une part d'héritage. Cent ans après, onze spécialistes de la Roumanie et de la République de Moldavie revisitent avec acuité ce lieu de mémoire. Les enjeux d'hier éclairent ceux d'aujourd'hui.
Connu dans le monde savant français pour ses talents de bibliographe et comme spécialiste du théâtre médiéval, Émile Picot fut aussi le premier professeur de roumain à l'École des langues orientales entre 1875 et 1909. C'est un événement historique important qui l'a amené à Bucarest en 1866 : l'arrivée sur le trône des Principautés roumaines du prince Charles de Hohenzollern, dont le jeune Picot devient alors le secrétaire français. Ses lettres privées, en majeure partie inédites, relatent les circonstances et le déroulement de sa mission, témoignent de la vie politique et culturelle roumaine de l'époque, éclairent l'implication française dans cet épisode de la question d'Orient et nous font connaître la personnalité du prince de Roumanie mais aussi celle du futur savant français découvrant alors les confins danubiens.
Les guerres balkaniques sont longtemps restées dans l'oubli. Mais c'est en 2014, alors que les Européens et leurs alliés tentent de comprendre la tragédie de la Grande Guerre, qu'analystes et historiens se penchent sur les fractures anti-ottomanes, puis fratricides, de 1912 et 1913. Quelles sont les passions et les intérêts en jeu ?