Caille Anne-Renee
Caille Anne-Renee
L'homme dont il est question ici a longtemps préparé les morts pour une dernière exposition. Il aime le travail bien fait. Venu à ce métier à rebours des vivants par une sorte de vocation, il a accepté de répondre aux questions de sa fille et de raconter les corps. Pour plus d'efficacité, il a griffonné une liste : le pompier, le prêtre, deux jeunes filles retrouvées près d'une forêt, le métro, etc. Des dizaines et des dizaines de cas que l'embaumeur n'a pas oubliés. Anne-Renée Caillé a su faire de ces conversations avec son père un premier livre fort, sobre et profond.
À la croisée des chemins, la narratrice de Voyances décide de partir à la rencontre de cartomanciens, de médiums et d'astro¬logues. Pendant trois ans, elle écoutera leurs langages pleins de symboles, leurs clichés, leurs promesses et leurs avertissements. «Déplace la matière» ou «Reste toujours près de l'eau.» Au début, c'est une manière de se laisser être racontée par d'autres, de sous-traiter le récit de soi. Mais peu à peu, dans ce processus d'écoute, quelque chose se remet en marche. Des motifs, des figures surgissent, celles du jeune fils et de la mère disparue par exemple. Des emboîtements s'opèrent entre les récits de vies imaginées ou antérieures et le présent : celui de la maternité, de la famille, et bien sûr de l'écriture. En vérité, ce sont les contours d'un avenir qui se dessinent, et les façons de l'habiter.