Bétarice N'guessan Larroux
Bétarice N'guessan Larroux
On éprouve le besoin d'approcher la rue, unité apparemment simple dont l'intérêt est sans cesse renouvelé par les sciences humaines. La rue intrigue par cette faculté de se soustraire à un sens univoque, manifestée par le titre même du colloque : non seulement la rue dans tous ses états induit l'idée de multiplicité et de diversité mais elle soumet au regard l'expression idiomatique « dans tous ses états » traduisant la quiétude rompue et donc l'affolement, la nervosité, le bouleversement, l'anormalité, etc. Versatilité qui fait passer des états de dormance à ceux d'agitation imputables à l'Histoire et à des pratiques sociales situées. Vingt-sept auteurs venus de disciplines diverses s'emploient ici à défendre la rue et à en illustrer les usages et les fonctions.
Il n'y aurait pas, selon Aragon, de différence fondamentale entre la prose et le vers pas plus qu'entre le roman et le poème. En 1956, "Le Roman inachevé", l'autobiographie en vers d'Aragon, joue sur cette indifférenciation, mêlant récit de vie et lyrisme, récit factuel et fictionnel, franchissant la ligne de partage entre vers et prose. Dans sa diversité et sa démesure même, elle annonce, en ce milieu du vingtième siècle, le renouvellement des formes à venir comme elle anticipe étrangement certaines interrogations de notre modernité littéraire.