Bernard Genton
Bernard Genton
En revenant sur les dimensions historiques, économiques et culturelles de l'émergence d'une « télévision de qualité » aux États-Unis, l'auteur prend le risque d'une appréhension globale des séries américaines au moment même de leur plus grand épanouissement. La méthode se veut la plus concrète possible : les typologies narratives et thématiques sont prises en compte, mais aussi les effets produits sur le spectateur, sans oublier la dimension esthétique. Les séries les plus remarquables ont indéniablement libéré la fiction télévisée du conformisme qui les entravait, et elles occupent aujourd'hui une place centrale dans la culture populaire américaine, ainsi qu'un rang élevé dans la hiérarchie des productions culturelles, au point de faire jeu égal avec la littérature ou le cinéma. D'un autre côté, on peut s'interroger sur l'enthousiasme un peu excessif qu'elles suscitent parfois chez certains commentateurs ou critiques, lorsque ceux-ci oublient un peu vite les conditions réelles de la production et de la diffusion.
Cette étude se propose de saisir un moment particulier de l'histoire européenne : la coopération, puis la confrontation culturelle entre les vainqueurs de la Seconde guerre mondiale, sur le terrain de Berlin, ville qui deviendra à l'issue de la période l'un des enjeux, et le symbole de la guerre froide. L'originalité de ce travail est double : elle tient en premier lieu à la démarche comparative, puisque l'auteur, s'appuyant sur des archives et des sources nécessairement variées et asymétriques, s'est efforcé d'interroger de manière égale les pratiques culturelles respectives des Américains, des Britanniques, des Français et des Soviétiques chargés à Berlin d'administrer l'art de la rééducation. La seconde originalité de cet ouvrage vient de l'attention prêtée aux contenus des manifestations culturelles, ainsi qu'à leurs effets sur la population berlinoise, une attention qui tient en partie à l'expérience professionnelle de l'auteur, qui fut lui-même chargé d'une mission culturelle à Berlin au lendemain de l'unification allemande. Cette enquête résolument narrative se situe à niveau d'homme, de lecteur, de spectateur. C'est ainsi que l'on a cherché à faire revivre une brève période de dialogue international, sur fond de renaissance de la culture allemande : bonnes volontés initiales, incertitudes, improvisations, mais aussi arrogance et susceptibilités de vainqueurs inégaux entre eux, humiliation et sentiment de culpabilité des vaincus, méfiances, soupçons, calculs, manipulations, ce sont aussi les émotions de l'immédiat après-guerre qui constituent le corps de ce récit.