Annie Landreville
Annie Landreville
Regards obliques s'attache à faire émerger du territoire une parole en écho aux vies passées présentes et à venir ; un espace où les âmes se superposent, errent et espèrent, à mesure que les lieux se transforment et nous transforment tout à la fois. Entre d'anciennes résidences de pouvoir aujourd'hui transformées (la Villa Estevan des Jardins de Métis, le Vieux presbytère de Sainte-Flavie et le Château Landry de Mont-Joli) et une modeste, mais tenace maison d'habitant, les artistes posent leur regard pour faire naître un dialogue avec les traces de ce qui nous précède et un présent qui interroge notre relation à la mémoire.
Les couteaux dans ma gorge ne sont pas des fruits de mer convoque l'énergie des marées pour débusquer les traces du passage du temps sur le corps et la douleur. Entre failles et fractures, comment réconcilier une filiation faite de ruptures, d'échecs et de recommencements ? Dans une posture géopoétique, Annie Landreville arpente les berges bas-laurentiennes à la recherche d'une mémoire à refaire, d'un dialogue à ouvrir entre le calme d'une mer étale et la violence des tempêtes. Au fil des poèmes et des saisons se tisse une sorte « d'archéologie des eaux », un récit fait de cicatrices et de démantèlements, mais aussi de fulgurance et de métamorphoses. Le corps se littoralise, « des astres s'allument/sans attendre la nuit », tandis que les eaux circulent et se retirent pour libérer la force brute de la résilience.
Treize nouvelles noires plantent leur décor sur la plage mythique de Wellfleet, à Cape Cod. Entre sable brûlant et vagues traîtresses, chaque récit explore les recoins sombres de l’âme humaine, où le soleil ne pénètre jamais vraiment.
L'art la rue l'humain les chiens est un recueil en marche, traversé par une attention vive aux brèches du réel. Annie Landreville y cherche le poème dans l'espace public, « la faille dans le bitume comme fil conducteur », en dialogue avec les oeuvres, les passants, les bêtes, les silos qui s'effritent et les murales qui happent le regard. Au fil de ses déambulations, la beauté se fissure : sous les porches, dans les escaliers, des corps s'enroulent pour survivre à la nuit, « chrysalides nocturnes ». Entre apaisement fragile et heurt, la langue capte ce qui vacille, ce qui dérange, ce qui oblige à voir. À la croisée du poétique et du politique, ce livre interroge notre capacité d'empathie et le rôle de l'art dans un monde inégal. Un recueil lucide et vibrant, où le regard ne se détourne pas - et où la poésie s'efforce de demeurer lieu de rencontre, de tension et d'humanité.