Jean-claude Bourdin
Jean-claude Bourdin
Ces travaux, sans prétendre couvrir exhaustivement le champ "idéalisme allemand" et "lumières, Aufklärung" abordent les thèmes essentiels où ces deux moments de la culture européenne se sont confrontés : la métaphysique, la raison, la logique, la liberté, l'histoire, la religion et la foi, l'esthétique, le sujet. De d'Alembert à Foucault, de multiples trajets sont empruntés passant par Kant, Fichte, Hegel, Schelling, via Leibniz, Rousseau, Hume, Lessing, Voltaire, les matérialistes français, jusqu'à Kierkegaard et Hofmannsthal.
La singularité du matérialisme de Diderot ne réside pas tant dans l'idée que la sensibilité est une propriété générale de la matière, que dans le caractère inachevé et vraisemblablement interminable de sa pensée philosophique. Consigné dans des textes où il est l'objet d'une mise en scène et d'une mise en écriture, le matérialisme chez Diderot n'est jamais exposé sous la forme d'un traité ni ne semble dépendre de principes explicitement énoncés. Pourtant, l'auteur des Pensées sur l'interprétation de la nature semble soucieux de faire accréditer ses affirmations par les sciences de son temps (physiologie, médecine, chimie, etc.) et de vouloir confier aux savoirs positifs le soin d'achever la métaphysique la plus hardie. Mais, contrairement à ce qui est souvent avancé, ce recours aux sciences ne confère pas au matérialisme diderotien une allure, ni même une prétention scientifiques. Les sciences sont bien plutôt exploitées pour leurs ressources en images, métaphores, analogies, etc., étant mises au service d'un matérialisme ouvertement conjectural, relevant de l'imagination, seule adéquate à s'ouvrir à la possibilité des choses. Se limitant à quatre grands textes, on a seulement voulu, dans ce travail, essayer de retrouver et d'assembler les plans perdus du matérialisme diderotien. On suggérera que cette dispersion est sans doute l'effet du rapport critique de Diderot avec la spéculation, qui débouche sur une conception esthétique de l'activité de la raison et un scepticisme inattendu chez le directeur de l'Encyclopédie.
Ce livre à plusieurs voix interroge Marx sur la délicate question du droit et de la liberté. Comment la vigoureuse critique marxiste de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen est-elle compatible avec l'affirmation que le communisme est la réalisation des droits de l'homme ? Comment reconnaître l'autonomie du droit et de l'instance juridique si l'on déclare que le droit n'est qu'une superstructure, et si l'on rêve d'un état de moeurs qui se substituerait à l'état de droit ? Marx a professé que ce n'est pas le droit qui fonde la liberté mais, au contraire, la liberté réelle qui justifie le droit ; ce qui conduit à faire du marxisme une philosophie de la liberté. D'autre part, Marx affirme que la liberté suppose réalisée l'émancipation politique ; ce qui conduit à se demander si l'horizon marxiste de la liberté ne reste pas problématique et lointain.