Yann Fouere
Yann Fouere
En pleine guerre, au début de 1941, se créa - en Bretagne - un nouveau journal quotidien. Son but n'était pas d'être un quotidien d'information comme les autres, mais un organe d'opinion indépendant, créé essentiellement dans le but de conquérir - pour la Bretagne et le peuple breton - un statut d'autonomie régionale au sein de la France. Face aux autorités françaises de Vichy et à l'armée d'Occupation allemande, se créa ainsi un mouvement d'opinion suffisamment puissant, pour conduire à la création du Comité consultatif de Bretagne, première Assemblée régionale bretonne, dont les assemblées régionales d'aujourd'hui ne sont que la réplique et la continuation. Yann Fouéré, qui fut le directeur politique de ce quotidien et le secrétaire général élu du Comité consultatif de Bretagne, retrace - dans ce livre - la genèse et les raisons de la fondation du journal La Bretagne, et les circonstances qui le conduisirent à assumer également la direction politique de La Dépêche de Brest. Youenn Didro - en retraçant le procès de La Bretagne - et Yann Fouéré, complètent ainsi de manière pertinente - et souvent contredisent - les commentaires faits par Henri Fréville, ancien sénateur-maire de Rennes, dans un récent ouvrage sur les événements qui aboutirent à la condamnation des dirigeants de La Bretagne en 1946. Ils mettent en cause les hautes personnalités régionales, Henri Fréville et Victor Le Gorgeu en tête, qui dirigèrent la répression anti-bretonne systématiquement menée après la Libération, et dont les poursuites contre le journal La Bretagne et ses responsables furent l'un des épisodes les plus significatifs. Ce faisant, ils dévoilent aussi les intérêts financiers, qui motivèrent nombre de poursuites intentées à cette époque contre les anciens journaux. Ni l'historien, ni l'opinion bretonne, ni le grand public, ne pourront porter - sur cette période de l'histoire de la Bretagne - un jugement serein, sans avoir pris connaissance des faits décrits dans ce livre et des documents révélateurs qu'il contient.
Secrétaire général du Comité consultatif de Bretagne, directeur politique de deux quotidiens bretons, l'auteur de ce livre a été contraint à l'exil à la suite des événements politiques qui ont marqué la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Réfugié au Pays de Galles d'abord, en Irlande ensuite, il décrit les nombreuses aventures qui le menèrent du pays du Dragon rouge au pays de la Harpe d'or. Finalement fixé à l'extrême ouest irlandais, dans le Connemara - dont il décrit les paysages prestigieux -, il y bâtit sa maison au dessus des viviers de homards et de langoustes qu'il exporte vers le continent. Ses observations sur les sociétés galloises et irlandaises - au sein desquelles il a vécu - seront, pour beaucoup de lecteurs, une découverte inattendue. Revenu en Bretagne vers la fin des années cinquante, il y reprend - sans faiblir - son action de militant breton et européen. La maison du Connemara est le deuxième volume des « Mémoires » de Yann Fouéré. Comme le précédent, La patrie interdite, il est un véritable roman, et se lit comme tel. Mais il est aussi un document fondamental pour une histoire aujourd'hui encore occultée.
On a coutume d'appeler Mouvement breton, ou Emsav, l'ensemble des mouvements, partis, associations, groupements et activismes de toute nature qui, depuis l'annexion de la Bretagne à la France, luttent pour le maintien de l'identité bretonne, et l'obtention - pour le peuple breton - des libertés politiques administratives, sociales, et culturelles, qui sont nécessaires à ce maintien. Depuis la suppression autoritaire du Statut d'autonomie de la Bretagne par la Révolution française, et le centralisme bureaucratique généralisé institué par l'Empire qui en est résulté, et sous le règne duquel nous vivons encore, le combat pour la reconnaissance de ces libertés n'a pas cessé. Il a pris - au cours des XIXe et XXe siècles - des formes et des méthodes d'action diverses, que Yann Fouéré - qui est lui-même, depuis plusieurs décades, l'une des figures de proue de ce combat - s'efforce de décrire et de retracer, sous une forme résumée, simple et schématique. Yann Fouéré retrace cette histoire du Mouvement breton jusqu'en 2002.
Cette histoire d'un Breton est en fait un véritable roman, riche en événements, en péripéties, en dangers, et en retours de fortune, un roman qui a été vécu par l'auteur lui-même. On le suit avec passion, des landes et des grèves de Bretagne aux plus grandes cités d'Europe, des bancs de la Faculté de droit et de l'École des sciences politiques de Paris aux cabinets ministériels et aux fonctions préfectorales, de la direction politique de deux quotidiens bretons au secrétariat du Comité consultatif de Bretagne, des prisons de Rennes à celles de Quimper, de sa vie de "clandestin" recherché par les polices francaises jusqu'à son départ incognito pour la Grande-Bretagne en 1946. Encore ne s'agit-il que du début des aventures qui marquent cette vie mouvementée, qu'il nous conte avec humour, émotion et clarté. Connu surtout pour le rôle prépondérant qu'il a joué dans le mouvement culturel et politique breton, Yann Fouéré n'en a pas moins été toute sa vie un militant "européen" exemplaire. On lui doit, pour une large part, grâce à ses livres et à une action infatigable, la conception moderne de l'Europe des peuples et des régions, une Europe qu'il découvre au cours de ces pages en parcourant les "nations sans État" de notre continent. Il éclaire en passant certains points de l'Histoire restés obscurs, et brosse les portraits de nombre de personnages connus en Bretagne, en France et en Europe qui croisent son chemin.
La « propagande » quotidienne, orchestrée par la haute administration, les techno-bureaucrates, les mass media, l'école, les universités et tous les cercles dirigeants de la France, a fini par convaincre la masse des citoyens de l'État français qu'ils sont non seulement les citoyens les plus libres, mais encore les mieux administrés du monde. Il suffit cependant d'étudier les institutions et les lois qui régissent des pays et des États divers, et de niveau de vie comparable, voisins ou non de la France, pour s'apercevoir qu'il n'en est rien et qu'ils comptent en réalité parmi les plus soumis, les plus mineurs et les moins libéralement administrés et gouvernés, et qu'ils ont ainsi moins de droits que les autres. L'auteur de ce livre, en se promenant à travers les institutions des USA, de l'Italie, de la Suisse et de la Yougoslavie, le démontre avec autant de science que d'humour et de vie. Ses interviews et ses conversations avec ses interlocuteurs de ces quelques pays, aux régimes différents, échappent avec bonheur à la technicité et au didactisme, et lui permettent ainsi de mettre ces sujets à la portée du grand nombre. Les réflexions et les dialogues les plus actuels sur la politique, le régime présidentiel, le suffrage universel, l'autogestion, l'économie, les libertés locales, l'administration, le partage du pouvoir, éclairent avec bonheur la législation, le droit et la science politique. Cet ouvrage contribue ainsi, de manière efficace, à démystifier le mythe de l'État un et indivisible qui continue d'emprisonner la France et ses peuples dans le corset de fer du centralisme.