Theodor W. Adorno
Theodor W. Adorno
Les différents essais regroupés par Adorno lui-même sous le titre schubertien de Moments musicaux appartiennent à des époques très différentes : certains sont des écrits de jeunesse datant de la fin des années vingt et des années trente ; d'autres ont été écrits après la guerre, jusqu'au plus récent publié au début des années soixante. Ils témoignent de l'évolution d'Adorno dans son effort pour articuler la réflexion philosophique et une approche sociologique de la musique à la logique interne des oeuvres. Les sujets traités sont extrêmement divers : Schubert, le style tardif de Beethoven, le Freichütz de Weber, les Contes d'Hoffmann d'Offenbach, Parsifal de Wagner, mais aussi le jazz, le Quintette à vents de Schoenberg, Mahagonny de Kurt Weill, Krenek, le rapport entre progrès et réaction, etc. Adorno y déploie une pensée engagée, liée à la musique de son temps, mais dans laquelle le passé demeure un enjeu. Martin Kaltenecker, traducteur de cet ouvrage qu'il a également annoté, propose en fin de volume un commentaire développé et approfondi dans lequel il replace les problématiques abordées dans les Moments musicaux à l'intérieur du contexte général de la pensée d'Adorno.
Les douze essais qui composent les Figures sonores (Klangfiguren) de Theodor W. Adorno datent, à une exception près, de la fin des années cinquante. Ils forment une vaste constellation d'approches du phénomène musical contemporain: la réflexion sur une sociologie de la musique, aussitôt appliquée à la question de l'opéra, à celle du public, et à l'interprétation, croise une réflexion esthétique s'interrogeant sur ses propres critères et une tentative de penser les éléments techniques de la composition, comme ceux de la série ou du contrepoint. Deux essais sur Berg et Webern tracent un portrait, de l'intérieur, des deux compositeurs. Cet ouvrage est traversé par une profondeur de vue qui, liée à une connaissance intime des oeuvres, des problématiques compositionnelles et de leurs enjeux historiques, est extrêmement stimulante pour l'esprit.
Quarante ans de réflexions intimes et d’observations sensibles se cristallisent dans ce recueil poétique d’une intensité rare.
Les Notes sur la littérature ont paru en quatre tomes (le dernier à titre posthume) aux éditions Suhrkamp de 1958 à 1974. Un premier choix de textes avait été mis à la disposition du public français en 1984 par les éditions Flammarion. Le présent volume regroupe l'ensemble des essais et articles qui étaient absents de cette édition, notamment d'importantes études consacrées à Heine, Kraus, Goethe, Dickens, Proust et Walter Benjamin. De ces études comme des réflexions sur le statut de la ponctuation ou encore sur l'usage des mots étrangers se dégagent les enjeux essentiels de la pensée d'Adorno. Perturbation du sens par la forme, la tension propre au texte littéraire ne sert pas à illustrer quelque thèse philosophique sur le langage; elle fournit plutôt le modèle de la « dialectique négative » qu'Adorno entendait mettre en oeuvre dans le langage - et jusque dans son usage conceptuel.
Le fascisme ne revient jamais sous les mêmes traits : il peut changer de langue, de visage, de stratégie. Mais il prospère toujours sur les mêmes peurs, les mêmes aveuglements, les mêmes renoncements. En 1967, l'extrême droite renaît en Allemagne autour d'un parti néonazi, le NPD. Theodor W. Adorno situe les racines de cette inquiétante résurgence dans la concentration du capital, le règne de la marchandise et le fétichisme de la technique - dynamiques dont il pressent déjà les prolongements contemporains, jusqu'aux formes actuelles du techno-fascisme. Il en montre aussi la grammaire politique : un langage qui découpe et simplifie le réel, fabrique des boucs émissaires et transforme le mensonge en vérité alternative. Si la peste brune est aujourd'hui de nouveau en ordre de marche, sa victoire n'a rien d'inéluctable. Car l'histoire n'est jamais écrite d'avance . Comme le rappelle Adorno : « La manière dont ces choses évolueront, et la responsabilité de leur évolution, c'est de nous qu'elles dépendent en dernière instance. » « Cette conférence de Theodor W. Adorno de 1967, alors que le NPD, parti d'extrême droite, était en pleine ascension en Allemagne, n'a rien perdu de son actualité et de son acuité. » L'HUMANITÉ
Pendant le semestre d'été 1963, Adorno a dispensé un cours intitulé Problèmes de la philosophie morale. Il ne s'agissait nullement pour le philosophe de Francfort de prendre, selon ses propres mots, « la posture d'un gourou » en donnant des conseils à ceux qui auraient voulu mener une « vie juste », mais plutôt, comme les « femmes des ruines » de l'après-guerre, de considérer ce qui pouvait être « sauvé » des décombres de la philosophie morale pour que celle-ci ne fût pas abandonnée à sa dilution dans la culture. Adorno engageait là une critique approfondie de la conception kantienne de la liberté en même temps qu'il répondait implicitement au négativisme, c'est-à-dire au pessimisme aporétique dont on lui avait souvent fait le reproche, par une élaboration du concept de résistance (Widerstand). Indissociable de l'effectivité de la liberté, la résistance « contre ce que le monde a fait de nous et veut faire de nous » découvre la force propre de la pensée critique : « la raison qui se donne à elle-même une figure dans le monde et la raison critique qui lui fait face ne sont pas une seule et même raison, comme Hegel voudrait nous le faire croire » lit-on dans Problèmes de la philosophie morale. La dialectique de la résistance contre la « vie fausse », qui innerve tout ce cours, permet de comprendre pourquoi Adorno est resté attaché à la philosophie morale au point d'avoir projeté d'en écrire une après la Théorie esthétique, et elle offre une entrée décisive dans le livre princeps de 1966, la Dialectique négative.
En 1967, Theodor Adorno tient une conférence à l'université de Vienne, à l'invitation de l'Union des étudiants socialistes d'Autriche, sur la remontée de l'extrême-droite en Allemagne, et notamment l'ascension inquiétante d'un parti, le NPD, qui a toutes les apparences du néonazisme et manquera de peu son entrée au Bundestag allemand deux ans plus tard. Transcrit d'après un enregistrement, cet essai inédit a les avantages d'un texte pour partie improvisé : un style direct et très accessible. Adorno y recense les « trucs » auxquels recourt le discours d'extrême-droite, et qui ressemblent à ceux qui reviennent actuellement en vogue sur les réseaux sociaux : la volonté de mêler tous les problèmes dans une accumulation de faits invérifiables ; la « méthode du salami », ou le fait de découper, dans un complexe de réalités, une réalité particulière sur laquelle on concentre le débat ; l'utilisation d'arguments absurdes, etc. En somme, Adorno décrivait en 1967, à peu de choses près, une réalité proche de celle de nombreux pays européens aujourd'hui. Sa conclusion est un appel à l'intelligence et au combat : refusant de pronostiquer l'avenir de ces mouvements, Adorno rappelle que « la manière dont ces choses évolueront, et la responsabilité de cette évolution, tiennent en dernière instance à nous-mêmes».
"Tous se pressent dans la crainte de manquer quelque chose." Professeur de philosophie et de sociologie à l'université de Francfort, Max Horkheimer (1895-1973) a fondé et dirigé l'Institut de recherche sociale à Francfort, institut qui reprendra ses travaux aux États-Unis, Horkheimer étant contraint à l'exil en 1933. Il est le principal penseur de la « théorie critique » des années 30. Philosophe et sociologue allemand, Theodor W. Adorno (1903-1969) suit des études de philosophie, et s'intéresse en particulier à George Lukacs et Karl Korsch.