Sylvie Goulard
Sylvie Goulard
Les dirigeants européens ont décidé : ils ont promis à l'Ukraine, à la Moldavie, à la Géorgie et à tous les pays des Balkans occidentaux qu'ils rejoindraient l'Union européenne. Les bons arguments ne manquent pas mais, face à un Vladimir Poutine déterminé à abattre tout ce qu'elle représente, l'UE n'a pas droit à l'erreur. Or le processus a été lancé sans plan précis ni accord sur l'essentiel. Loin de renforcer l'UE, cette décision pourrait bien entraver son action, tout en la privant de son originalité. C'est une fuite en avant alors qu'elle n'a toujours ni politique extérieure, ni défense unifiée, ni budget digne de ce nom. Enfin, ces dirigeants ne se sont guère souciés de ce qu'en pensent les citoyens européens. N'ont-ils rien appris de l'illusion turque, il y a vingt ans, ou du Brexit ? Rien n'est jamais acquis en Europe, surtout quand le nationalisme revient en force. Il n'est plus l'heure de prétendre que l'union fait la force sans s'occuper d'abord de faire l'union.
L'Europe se meurt ? À qui la faute ? Au fil des ans, les dirigeants nationaux détruisent ce qu'ils prétendent construire, ils séparent ce qu'ils prétendent unir. Autant vanter l'amour en faisant chambre à part...
L'Europe se meurt ? À qui la faute ? Au fil des ans, les dirigeants nationaux détruisent ce qu'ils prétendent construire, ils séparent ce qu'ils prétendent unir. Autant vanter l'amour en faisant chambre à part...
Les Européens voudraient être aussi forts que si l'Europe était unie, conserver autant de souveraineté nationale que si elle ne l'était pas. Cette contradiction est devenue intenable. Car, au-delà des dérives de la finance et de l'endettement, la crise a révélé l'ampleur de l'interdépendance et les failles de la démocratie en Europe. D'où l'intérêt de relire Tocqueville. Selon lui, depuis des siècles, la marche vers l'égalité est irrésistible : elle invite à créer, par le libre concours des volontés, une démocratie par le peuple, où les Européens choisiraient ensemble ceux qui les dirigent, et pour le peuple, au service du bien-être de tous. Ce livre propose de substituer la connaissance de nos intérêts aux instincts plus aveugles, de découvrir les affinités profondes qui lient les Européens, de retrouver confiance. Pour sortir l'Europe de la crise, il faut "voir plus loin".
Les Européens voudraient être aussi forts que si l'Europe était unie, conserver autant de souveraineté nationale que si elle ne l'était pas. Cette contradiction est devenue intenable. Car, au-delà des dérives de la finance et de l'endettement, la crise a révélé l'ampleur de l'interdépendance et les failles de la démocratie en Europe. D'où l'intérêt de relire Tocqueville. Selon lui, depuis des siècles, la marche vers l'égalité est irrésistible : elle invite à créer, par le libre concours des volontés, une démocratie par le peuple, où les Européens choisiraient ensemble ceux qui les dirigent, et pour le peuple, au service du bien-être de tous. Ce livre propose de substituer la connaissance de nos intérêts aux instincts plus aveugles, de découvrir les affinités profondes qui lient les Européens, de retrouver confiance. Pour sortir l'Europe de la crise, il faut "voir plus loin".
50 notions clés pour comprendre l'Europe
"Les Britanniques vont-ils décider seuls du destin de l'Europe ? Courons-nous le risque d'une dislocation sans prendre la moindre initiative pour préserver l'Union européenne et l'euro ?" Députée européenne (commission des Affaires économiques et monétaires), Sylvie Goulard a travaillé au ministère français des Affaires étrangères et auprès de Romano Prodi quand il était président de la Commission européenne. Elle a cosigné avec Mario Monti "De la démocratie" en Europe et est l'auteur de "Europe : amour ou chambre à part ?" (Café Voltaire)
"Les Britanniques vont-ils décider seuls du destin de l'Europe ? Courons-nous le risque d'une dislocation sans prendre la moindre initiative pour préserver l'Union européenne et l'euro ?" Députée européenne (commission des Affaires économiques et monétaires), Sylvie Goulard a travaillé au ministère français des Affaires étrangères et auprès de Romano Prodi quand il était président de la Commission européenne. Elle a cosigné avec Mario Monti "De la démocratie" en Europe et est l'auteur de "Europe : amour ou chambre à part ?" (Café Voltaire)
L'Europe, l'Europe, l'Europe ! " L'Europe ? Trop compliqué ! ", " C'est la faute à Bruxelles ! ", "L'Europe, ce sont des technocrates qui décident pour nous"... Voici quelques uns des jugements que l'on entend fréquemment au sujet de l'Europe. Idées reçues ou idées fixes, ces idées finissent par ternir l'image de l'Europe, et par éloigner les citoyens de l'Union d'un sujet qui les concerne au plus haut point. Certes, l'Union européenne n'est pas parfaite - mais quel gouvernement peut prétendre l'être ? - mais à force de ne parler que de ses supposés défauts, on en oublie ses bienfaits : la paix entre les peuples, l'abondance alimentaire, l'euro, une politique environnementale exigeante. Et surtout, un apprentissage mutuel permanent. L'Europe, c'est un travail d'équipe, une école de respect et d'ouverture. Dans bien des domaines, il faudrait davantage d'Europe : pour éviter que les Russes coupent le gaz ou que les mafias prolifèrent au sein de cette zone économique. Autant de bonnes raisons de réviser votre opinion sur le sujet. Histoire, institutions, politiques, lacunes et espoirs... Ce livre fait le pari qu'il est possible de parler clairement de l'Europe. Dans l'espoir de donner un nouvel élan à cette aventure extraordinaire.
Les gouvernements de l'Union européenne ont ouvert avec la Turquie des négociations ayant pour but son adhésion. Faute de débat public sur le principe de cette adhésion, la démocratie a été bafouée. De plus un risque majeur a été pris : faire aux Turcs des promesses que les populations n'ont guère envie de tenir. Les Français, en majorité défavorables à cette perspective, s'interrogent. Où seront en définitive les frontières de VUE ? Quelle Union européenne bâtissons-nous ? Une entité forte, intégrée, capable de se faire respecter dans le monde ? Ou l'Europe minimaliste chère aux Britanniques ? Restera-t-il demain dans l'Union des politiques communes, porteuses de solidarité, ou auront-elles été bradées en raison de l'entrée d'un pays immense, très peuplé et - pour longtemps encore - fort pauvre ? Tout se passe comme si les gouvernants et la Commission n'avaient pas compris le message des deux référendums négatifs du printemps 2005 en France et aux Pays-Bas. Leur attitude défie le bon sens. Surtout lorsque les Turcs refusent de reconnaître l'un des vingt-cinq États de la famille européenne, Chypre, et bâillonnent ceux qui osent dire la vérité sur le génocide arménien. C'est à la France de susciter une prise de conscience pendant les négociations d'adhésion. Pour respecter la démocratie et rester fidèle à l'esprit européen, il n'est jamais trop tard. Sylvie Goulard enseigne à Sciences-Po (Paris) et au Collège d'Europe (Bruges) ; elle est spécialiste de l'Allemagne et de l'Europe. Elle a passé trois ans à la Commission européenne entre 2001 et 2004. Pour cet ouvrage, elle a reçu le prix du Livre pour l'Europe 2005.