Sylvie Aprile
Sylvie Aprile
Entre 1815 et 1870, la France oscille entre Restauration, monarchie de Juillet, Deuxième République et Second Empire, sans jamais achever la promesse révolutionnaire.
ici la nuit est chaude et nue et transparente tes pieds fondent dedans comme un comprimé au fond d'une pinte quelqu'un fume il y a cette épaisseur dans l'air tu laisses brûler les sons à travers les bouffées petit à petit tu parles on a levé la main avant toi tu attends tu crois voir poindre un hasard tu regardes un vieux chien tu ne vois pas toujours ce qui doit être vu parfois tu passes tu laisses la locomotive traîner ton regard et tu avances tu es ici chez toi tu peux laisser tomber tes membres sur n'importe quel meuble tu peux laisser pendre ta tête très très près du plancher prétendre à l'immobilité ici tu dors tu suspends ton corps aux clôtures des ruelles aux arbres des champs c'est un jardin un accueil un insecte sur une particule de roche c'est main par main refaire les liens diviser toute matière
Ce livre s'attache à faire revivre un bref XIXe siècle, aujourd'hui bien oublié. Des années qui séparent la Révolution française et l'Empire de la Troisième République, c'est la littérature et plus généralement la culture qui nous restent en mémoire. Ainsi, les noms de Balzac, Chateaubriand, Hugo, Degas ou Haussmann sont plus familiers que ceux de Villèle, Ledru-Rollin, Persigny ou Pereire. Sylvie Aprile interroge les grandes inflexions et ruptures traditionnelles qui dissocient le premier et le second XIXe siècle, les césures de la monarchie parlementaire, la libéralisation du Second Empire. Alors que le vote s'institutionnalise et que la fonction publique se développe, comment comprendre que la liberté, revendication de 1789 la mieux ancrée dans la société, ne s'impose pas comme le soubassement politique majeur des régimes qui se succèdent, déclenchant deux révolutions ? Tout cela est souvent considéré comme constitutif de "l'exception française". La France est bien cependant connectée à un monde où l'expansion de la colonisation, les rivalités entre puissances, les enjeux économiques tissent une histoire globale qu'on doit affranchir du regard franco-français.
L'histoire et la mémoire de l'immigration restent un phénomène méconnu en région Centre. Perçue avant tout comme « le berceau de la France » avec le Val-de-Loire et ses châteaux, la région Centre dispose pourtant d'un héritage migratoire non négligeable. Cet ouvrage propose les résultats d'une recherche menée par des historiens et des sociologues et montre la pluralité des situations locales où la figure du migrant s'incarne aussi bien dans des trajectoires d'ouvriers de l'industrie ou du bâtiment, que de bûcherons ou d'ouvrières agricoles, de nurses et autres emplois domestiques, ou encore dans la résidence de quelques migrants aisés venus étudier ou acheter de belles propriétés... Les courants migratoires, envisagés ici sur le temps long de 1789 à aujourd'hui, présentent au moins trois caractéristiques originales. La première est celle d'une tradition de migrations forcées incarnées par les Carlistes et réfugiés polonais au XIXe siècle, opposants espagnols durant les années 1930, la présence de camps d'internement durant les conflits du XXe siècle. La seconde est celle d'une immigration rurale peu visible, d'autant moins qu'il s'agissait pour partie de femmes. Ni région frontalière ni région polarisée par une grosse métropole régionale, la région Centre est enfin particulièrement intéressante pour la constante diversité de ses immigrations pour peu qu'on s'attache non seulement à la période récente mais aussi au XIXe et au premier XXe : Russes, Arméniens, Chinois, Polonais, Espagnols, Italiens, Américains, Maghrébins, Turcs, etc. s'y sont succédés et côtoyés.
Entre 1815 et 1870, l’Europe n’était pas seulement celle des nations et des révolutions industrielles : c’était aussi un laboratoire d’idées audacieuses.